Paracha Tétsavé : l’habit fait-il le moine ?

Le Tabernacle des hébreux est édifié dans le désert du Sinaï. Le culte religieux juif, dicté par l’Éternel à Moïse, prend naissance.

Aaron אַהֲרֹן)), frère de Moïse de la Tribu de Lévi, devient le premier Grand Prêtre, le premier « Cohen Gadol », du Judaïsme.

Chémot 28:1. « Quant à toi, fais venir à toi Aaron ton frère, avec ses fils, du milieu des enfants d’Israël, pour exercer la fonction de prêtre en mon honneur: Aaron, avec Nadab, Abihou, Éléazar et Ithamar, ses fils. »

Aaron, le Grand Prêtre, officiera assisté par ses fils. Comment devront-ils pratiquer et quels habits sacerdotaux revêtiront-ils ?

Réfléchissons à l’importance de leur tenue vestimentaire dans le cadre de leur mission.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Tétsavé du sefer Chémot (Éxode) 27:20 à 30:10 et l’importance de l’apparence

En matière de communication, la forme a beaucoup plus d’incidence que le fond (95% contre 5%), selon certains spécialistes. La façon de s’exprimer fait partie de la forme, de même que la façon de se montrer, et en particulier de se vêtir. On pourrait s’inquiéter de cette grande part liée à la « forme », mais il est sans doute préférable de simplement en prendre acte pour mieux comprendre le sens du monde qui nous entoure.

La paracha Tétsavé nous décrit en détail l’habit que les Grands Prêtres et prêtres d’Israël, les Cohanim issus de la Tribu de Lévi, devaient porter.

Chémot 28:2. « Et tu feras confectionner pour Aaron, ton frère, des vêtements sacrés, insignes de gloire et de majesté. »

Suffit-il de porter une tenue exprimant la dignité, la gloire et la majesté pour être un bon Cohen ? L’habit fait-il le moine ?

Cette expression peut prêter à sourire, car dans la tradition juive, le moine (le nazir), qui fait vœu de privation pour atteindre la pureté, n’est pas un personnage particulièrement vanté. En fait, nous parlons ici des prêtres (les Cohanim) et non des moines. Les prêtres ont à servir Dieu avec dignité et majesté. Leurs tâches sont du domaine de la célébration, de la pratique de l’offrande, de l’éducation du peuple. Ils sont au service du Temple quel qu’en soit la forme. Les Cohanim sont l’incarnation du lien entre le peuple et Dieu.

Les lettres du nom « Cohen » peuvent former les termes « ken », signifiant « oui » et « he », évoquant la permanence de Dieu dans le temps.

Parlons maintenant de l’habit du Grand Prêtre en nous référant au texte de la paracha.

Chémot 28:4 à 28:39. « Voici les vêtements qu’ils feront: un pectoral, un éphod, une robe, une tunique à mailles, une tiare et une écharpe…Ils feront l’éphod d’or, de fil bleu, de laine teinte en pourpre et écarlate et de lin…Et deux épaulières d’attache…Tu prendras deux pierres de choham sur lesquelles tu graveras les noms des fils d’Israël…six noms sur une pierre et six autres noms sur l’autre pierre, selon leur ordre de naissance…Tu adapteras ces deux pierres aux épaulières de l’éphod…Tu feras le pectoral du jugement…que tu composeras à la façon de l’éphod…Tu le garniras de pierres précieuses..Ces pierres porteront les noms des douze fils d’Israël…Et Aaron portera ainsi sur son cœur, lorsqu’il entrera dans le sanctuaire, les noms des tribus d’Israël…Tu ajouteras les ourim et les toummim…Aaron portera ainsi le destin des enfants d’Israël sur sa poitrine, devant l’Éternel…Tu feras la robe de l’éphod, uniquement de fil bleu…Tu adapteras au bord de la robe des grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate et des clochettes d’or entremêlées…Aaron la portera lorsqu’il officiera, pour que le son s’entende quand il entrera dans le Sanctuaire, devant l’Éternel, et quand il en sortira…Tu feras une plaque d’or pur, sur laquelle tu graveras, comme sur un sceau: « Consacré a l’Éternel »…Tu la fixeras sur le devant de la tiare…Elle sera sur le front d’Aaron qui se chargera ainsi des péchés…des enfants d’Israël…Tu feras la tunique à mailles en lin, ainsi que la tiare, et l’écharpe tu l’exécuteras en broderie. »

Apportons quelques précisions. L’éphod est un tablier richement brodé. Les ourim et les toummim sont des objets cultuels ayant trait à la révélation prophétique de la vérité.

Les épaulières et le pectoral sur lesquels les noms des 12 tribus sont gravés,  nous montrent que le Grand Prêtre porte le poids de l’unité du peuple d’Israël directement sur sa personne. Cela nous fait penser à la tunique bariolée que portait Joseph, le  fils de Jacob, qui symbolisait, elle aussi, l’unité des douze fils d’Israël.

Le fronteau, fait d’une plaque d’or sur laquelle est gravé « Consacré à l’Éternel », est destiné à rappeler au Grand Prêtre, en permanence, la dimension de sa charge et de sa responsabilité.

Qu’en est-il de l’habit des simples prêtres ? À nouveau référons-nous à la paracha Tétsavé.

Chémot 28:40 à 28:42. « Et pour les fils d’Aaron également tu feras des tuniques et aussi des écharpes, puis tu leur feras des coiffures, signes d’honneur et de dignité…Fais-leur aussi des caleçons de lin pour couvrir la nudité de la chair, depuis les reins jusqu’aux cuisses. »

Leur tenue vestimentaire est quand même plus simple que celle du Grand Prêtre.

Interprétons et actualisons ce que nous venons d’apprendre :

Suffit-il de bien habiller les Cohanim pour qu’ils soient à la hauteur de leur mission et de leurs responsabilités ? Ce n’est bien-sûr pas suffisant. Les Cohanim doivent être parfaitement conscients de la difficulté de leur mission et de leur responsabilité envers ceux qui leur font totalement confiance et qui les considèrent comme le lien avec l’Éternel.

Cependant, de façon générale, l’apparence d’un personnage chargé d’importantes responsabilités est absolument à prendre en considération; l’apparence étant l’habit, l’attitude et le comportement dans l’exercice de la fonction.

L’apparence influe sur le personnage lui-même, au niveau de sa personnalité, de son sens des valeurs, de sa conscience et, en conséquence, au niveau de ses actes. Sans parler du pouvoir de l’apparence sur ceux auxquels le personnage s’adresse. Depuis longtemps les militaires, le clergé catholique, les légistes, les commerciaux soutiennent cette thèse.

L’habit des Cohanim ne suffit donc pas à faire d’excellents Cohanim, mais il est l’un de leurs facteurs de réussite.

Revenons au thème précis de la paracha. Le fronteau en or est à mettre en relation avec les téfilines que nous portons aujourd’hui. Question à se poser : le talit a-t-il une correspondance précise avec un des vêtements du Grand Prêtre ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est que les franges (tsitsit)  du talit symbolisent l’ensemble des commandements de la Torah.

Au tout début de la paracha, il est demandé d’entretenir en permanence la flamme d’un luminaire dans le Sanctuaire. Il est fait de même, actuellement, dans les Synagogues.

Chémot 27:20 à 27:21. « Quant à toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël qu’ils te procurent une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence…C’est dans la Tente de réunion, en dehors du rideau qui abrite le Témoignage [les Tables de la Loi], qu’Aaron et ses fils le disposeront, pour brûler du soir au matin… »

L’habit des prêtres Juifs d’autrefois était destiné à symboliser à la fois leur identité et la dignité, le sacré, la solennité, la bienveillance. Les Rabbins d’aujourd’hui s’appliquent, avec beaucoup moins de faste, à en faire tout autant en prenant en considération leur apparence, donc leur façon de se vêtir. L’habit ne fait pas le moine mais fait quand même, un tout petit peu, le Rabbin.

Paracha Téroumah : où Dieu habite-t-il ?

« Téroumah » (תְּרוּמָה) signifie « contribution » ou « offrande » en hébreu. Nous rencontrons ce terme dans le deuxième verset de notre paracha.

Chémot 25:1 à 25:2. L’éternel parla à Moïse en ces termes:…« Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande de la part de toute personne incitée par son cœur »…

Il s’agit-là, de demander aux membres du peuple d’Israël de contribuer à la construction de la toute première « maison de Dieu », le Tabernacle.

En remontant le temps, les « maisons de Dieu » ont pris différentes formes dans le Judaïsme : les Synagogues, les deux Temples de Jérusalem, les lieux consacrés à Dieu, et au commencement ce fut le Tabernacle dont Moïse, à la demande de l’Éternel, supervisa la fabrication. Le Tabernacle était un sanctuaire transportable. Il abritait l’Arche d’Alliance dans laquelle étaient enfermés les premiers écrits de la Torah, les Tables de la Loi.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Téroumah du sefer Chémot (Éxode) 25:1 à 27:19 et la « maison de Dieu »

Les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte et se trouvent sur la péninsule du Sinaï. Ils ont reçu la Torah et commencent à construire la « maison de Rendez-vous » qui lui servira d’abri et que l’Éternel habitera. Ils commencent également à organiser le rituel religieux juif.

Pourquoi construire une maison pour Dieu, quand on sait ce que représente le divin pour le peuple Juif ? Question étrange mais pleine d’intérêt.

Concentrons-nous sur deux versets de la paracha :

Chémot 25:8 à 25:9. « Et ils me construiront un Sanctuaire, car je résiderai au milieu d’eux,..semblable en tout point à ce que je t’indiquerai, c’est-à-dire au plan du Tabernacle et de toutes ses pièces; c’est ainsi que vous devrez le faire. »

L’Éternel veut dire ceci : ils me feront un Tabernacle (michkan – מִּשְׁכָּן) et c’est en eux que j’habiterai. Ce qui signifie que les enfants d’Israël mèneront à bien, tous ensemble, une réalisation concrète qui établira pour toujours la présence de Dieu dans leur conscience. Cette réalisation matérielle deviendra – et c’est là, le plus important – une réalisation intérieure au sein de chaque être.

Insistons sur le fait que la construction du Sanctuaire est collective. Elle unit tout le peuple d’Israël. Chacun, par sa contribution matérielle et sa part de travail, participe à la cohésion du peuple et renforce sa cohésion spirituelle personnelle.

Parlons maintenant de l’Arche d’Alliance et arrêtons-nous sur les versets suivants :

Chémot 25:17 à 25:21. « Tu feras aussi un couvercle d’or pur…Puis tu feras deux Chérubins d’or, tu les fabriqueras tout d’une pièce, ressortant aux deux bouts du couvercle…Ces Chérubins déploieront leurs ailes vers l’avant, abritant de leurs ailes le couvercle, leurs faces l’une vers l’autre…dirigées vers le couvercle…Tu placeras ce couvercle sur l’Arche, après avoir déposé dans l’Arche le témoignage que je te donnerai. »

La présence des deux Chérubins (kérouvim – כְּרֻבִים) à visages humains, sur le couvercle de l’Arche, est surprenante. Les lieux de culte juifs sont dépourvus de toute image humaine et de toute décoration matérialisant le divin. Nous nous rappelons que les Dix Paroles interdisent toute représentation de Dieu. Et pourtant deux Chérubins se trouvent, à la demande de l’Éternel, sur le couvercle du réceptacle des Tables de la Loi.

Les deux Chérubins, légèrement penchés, se font face. Selon la tradition, ils se font face quand tout va pour le mieux entre Dieu et son peuple et à l’intérieur de son peuple. Dans le cas contraire, ils se détournent l’un de l’autre. Ils sont en relation intime avec Dieu et c’est d’entre eux que Dieu désire se manifester.

Chémot 25:22. « C’est là que je me présenterai à toi; c’est d’au-dessus de cette couverture, d’entre les deux Chérubins placés sur l’Arche du témoignage, que je te communiquerai tous mes ordres pour les enfants d’Israël. »

L’élaboration du Sanctuaire et l’instauration d’un rituel religieux nous montrent que l’être humain, sans avoir une perception précise de ce que Dieu est, a le sens du sacré et du divin au fond de lui-même; il éprouve souvent le besoin de répandre ses croyances, d’extérioriser et de communiquer à ceux qui l’entourent.

Un récit illustre, d’un humour tragique, l’étrangeté fréquente des rites religieux :

– Cela s’est passé il y a longtemps, dans une Synagogue de Safed en Israël (Tsfat en hébreu). L’anecdote a pour base l’ancienne tradition d’apport de pains spéciaux au Temple de Jérusalem. Depuis la destruction du Temple, cette tradition n’a plus cours et on n’apporte pas d’offrande à Dieu dans les Synagogues.

Un jour, un ex-Juif d’origine portugaise, un « converso », arriva à Safed et décida de fréquenter une des Synagogues de la ville pour renouer avec le Judaïsme. Il souhaitait fortement se sentir à nouveau appartenir au peuple juif. Il eu l’occasion d’écouter le Rabbin parler de la tradition révolue d’apport de pains au Temple de Jérusalem.Pensant bien faire, il demanda à sa femme de fabriquer les pains qu’il voulait apporter à la Synagogue et déposer tout près des rouleaux de la Torah. C’est ce qu’il fit. Peu après, le bedeau de la Synagogue (le « chamach ») découvrit ces pains et crut qu’un miracle avait eu lieu à son intention. Le bedeau ramena ces pains chez lui, à la grande joie de sa femme et de ses enfants. La semaine suivante, le « converso », de retour à la Synagogue, s’aperçut que les pains avaient disparu. L’Éternel les avait donc acceptés et consommés.

Satisfait, le « converso » apporta chaque semaine des pains à la Synagogue et le bedeau continua à s’en saisir, les supposant toujours destinés à lui et à sa famille. Le « converso » et le bedeau ressentaient tous les deux, chaque semaine, un grand moment de bonheur. Il en fut ainsi jusqu’au jour où le Rabbin de la Synagogue découvrit l’affaire. Le Rabbin invita le « converso » à l’écouter. Il lui expliqua la réalité des faits. Le « converso » très triste arrêta d’apporter des pains à la Synagogue, et le bedeau se retrouva démuni.

Informé de l’événement, le Rabbin Isaac Louria écrivit au Rabbin de la Synagogue de Safed pour lui indiquer qu’il avait très mal agi, qu’il fallait qu’il comprenne que Dieu, lui-même, était content, chaque semaine, de constater la grande joie de deux êtres humains. Il l’informa qu’il cesserait de vivre au-delà du Chabbat. Et c’est ce qui se passa. À la fin du Chabbat, le Rabbin de Safed, accablé par le remord, mourut d’avoir anéanti deux joies et d’avoir brisé des illusions de bonheur.

Ce récit aborde deux sujets : d’une part, l’étrangeté de certains rites religieux, et d’autre part, le besoin que nous éprouvons toujours de nous sentir appartenir « à quelque chose ».

Une personne non juive, qui désire intégrer le peuple des enfants d’Israël, peut attacher plus d’importance qu’il n’en faut à certains rites, comme ce fut le cas pour le « converso ». Il est nécessaire, pour elle, de prendre du recul, d’échanger et de bien réfléchir à la signification profonde des actes religieux avant de « foncer tête baissée » dans la pratique. Pratiquer est, en un certain sens,  facile, mais comprendre l’esprit dans lequel se déroule la pratique juive, est plus compliqué.

Se sentir appartenir, et en ressentir du bonheur, est souvent beaucoup plus simple qu’il n’y paraît. Sans s’en être rendu compte, l’ex-Juif portugais y était parvenu en fournissant discrètement du pain au bedeau. Sans le savoir, il avait accompli un acte sacré. Dans une vision idéale, le « converso » aurait peut-être pu s’arranger avec le rabbin pour poursuivre sa pratique d’une façon plus éclairée, mais tout aussi signifiante.

Alors, où Dieu habite-t-il ? Aussi-bien entre les Chérubins de l’Arche d’Alliance qu’en nous-mêmes. Nous-mêmes, par notre comportement et par nos relations avec les autres, avons le pouvoir de créer le sacré et d’approcher le divin.

Paracha Chémot : l’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Nous ouvrons le deuxième livre de la Torah, le livre de l’Éxode, sefer Chémot en hébreu. Chémot (שְׁמוֹת) signifie les noms, les sens, les lignées, les recensements; en particulier les recensements des personnes qui ont contribué, de façon remarquable, à la constitution du peuple Juif.

Le livre de l’Éxode décrit trois grands événements : la sortie d’Égypte des enfants d’Israël, l’Alliance scellée entre Dieu et son peuple et la construction du Sanctuaire.

Sa première paracha, la paracha Chémot, aborde la question de l’esclavage des hébreux, la tyrannie de Pharaon, et l’apparition de Moïse dans des circonstances très singulières.

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La paracha Chémot du sefer Chémot (Éxode) 1:1 à 6:1 et la puissance des alliances féminines

Les recensements des grandes figures de l’Alliance et de l’histoire d’Israël citent surtout des personnages masculins. Pourtant, de nombreuses femmes ont joué un rôle décisif en ce domaine. La paracha Chémot en fait la démonstration.

Cette paracha nous présente un Pharaon, successeur de celui qui a accueilli Joseph et sa famille avec bienveillance, qui condamne les hébreux aux travaux  forcés puis tente de les détruire, en tant que peuple, par l’élimination des nouveaux-nés mâles, dès leur venue au monde.

Chémot 1:11 à 1:16. Et on imposa à ce peuple des chefs de travail forcé afin de l’accabler de labeur. Il dut bâtir pour Pharaon des villes d’entreposage, Pithom et Ramsès…Mais, plus on opprimait ce peuple, plus il se multipliait…et les Égyptiens éprouvèrent pour lui de l’aversion…Alors, le roi d’Égypte  fit venir les accoucheuses hébreues qui se nommaient, l’une Chifrah, l’autre Pouah…Il leur dit: « Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous regarderez le sexe de l’enfant: si c’est un garçon, faites-le mourir, si c’est une fille, laissez-la vivre. »

Ces versets citent deux personnages féminins, les sages-femmes hébreues, dont nous reparlerons.

Une autre figure féminine, qui nous accompagnera tout au long de la Torah, apparaît très vite. C’est Myriam la prophétesse, sœur d’Aaron, qui réussit à convaincre ses parents, Amram et YoHéved, de concevoir un troisième enfant. Il sera nommé  » Moïse « .

Moïse n’est pas tué à sa naissance, malgré les exigences de Pharaon, car les deux sages-femmes hébreues, Chifrah et Pouah, désobéissent à ses ordres.

Chémot 1:17. Mais les sages-femmes craignaient Dieu. Elles ne firent pas ce que leur avait demandé le roi d’Égypte, et laissèrent vivre les enfants hébreux mâles.

Myriam convainct sa mère YoHéved de donner naissance à Moïse, Chifrah et Pouah l’épargnent, elles transmettent le relais à une autre héroïne de la paracha, Batiha (בִּתְיָה), la fille de Pharaon.

Chémot 2:3 à 2:6. [YoHéved] ne pouvant le cacher plus longtemps, lui prépara un berceau de papyrus qu’elle enduisit de bitume et de poix. Elle y plaça l’enfant et le déposa dans les roseaux, sur la rive du fleuve…Sa sœur [Myriam] se posta à distance pour voir ce qu’on ferait de lui…Cependant, la fille de Pharaon [Batiha] descendait pour se baigner dans le Nil, ses servantes la suivant sur la rive. Elle aperçut le berceau parmi les roseaux et envoya une servante le prendre…Elle ouvrit le berceau et y vit l’enfant qui pleurait. Elle eut de la compassion pour lui, tout en disant: « c’est l’un des enfants des hébreux. »

Batiha sauve Moïse des eaux et décide de l’adopter. Elle demande à YoHéved, par l’intermédiaire de Myriam, d’allaiter le petit garçon et de le lui rendre ensuite.

Chémot 2:7 à 2:10. Sa sœur [Myriam] dit à la fille de Pharaon: « faut-il aller trouver une nourrice, parmi les femmes hébreues, qui allaitera cet enfant? »..La fille de Pharaon lui répondit: « Va. » Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant…La fille de Pharaon dit à celle-ci: « emporte cet enfant et allaite-le moi, je t’en donnerai un salaire. » La femme prit l’enfant et l’allaita…L’enfant devenu grand, elle le rendit à la fille de Pharaon et il devint son fils. Elle lui donna le nom de Moïse en disant: « c’est que je l’ai tiré des eaux. »

Une véritable boucle d’alliances féminines s’est formée, pour donner la vie à Moïse et le prendre en charge. Ainsi, Moïse reçoit à la fois l’éducation juive par sa mère naturelle, YoHéved, et l’éducation égyptienne, qui lui sera précieuse par la suite, par la fille de Pharaon, Batiha.

Quel rôle ont joué les personnages de sexe masculin dans cet événement ? Rien de glorieux au départ. C’est d’abord Pharaon qui fait le mal et veut détruire, puis Amram, le père de Myriam, qui, selon le Talmud Sota (12b) décide de se séparer de YoHéved, peu après l’annonce des décisions de Pharaon. Pire encore : Amram est une personnalité respectée de la communauté Israélite, en conséquence tous les maris choisissent de l’imiter, et se séparent de leurs épouses. L’alliance se rompt alors entre les hommes et les femmes.

L’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Amram se rattrape en acceptant d’écouter sa fille, Myriam. Myriam lui dit qu’en ne voulant plus faire d’enfant, il entre dans le jeu de Pharaon : tous les nouveaux-nés disparaîtront, masculins comme féminins. Myriam le critique aussi, très fortement, en affirmant que le décret de Pharaon n’est encore qu’au stade du risque, un risque très grand, mais seulement un risque pour le moment, alors que sa décision va au-delà des espérances de Pharaon en aboutissant à l’anéantissement du peuple hébreu en Égypte.

La grandeur d’Amram est d’abord d’avoir écouté les reproches de sa fille, puis d’avoir fait preuve d’humilité en reconnaissant ses erreurs de jugement et de comportement. Au point d’aller au devant de YoHéved afin de se faire pardonner en la reprenant pour épouse. Les autres maris hébreux en feront tout autant.  L’alliance entre les hommes et les femmes Israélites est restaurée. Moïse naîtra du renouveau de ces liens dans la continuité.

La paracha Chémot nous a montré la force d’une alliance entre femmes de conditions différentes, de peuples différents et surtout de rangs sociaux différents : une princesse égyptienne, Batiha, a accepté de tendre la main à des esclaves hébreues pour sauver un enfant inconnu d’elle. La sensibilité de ces femmes a bousculé des barrières qui se révèlent être de peu de poids à posteriori.

Cette alliance féminine a permis de rétablir l’alliance hommes-femmes, nécessaire à la vie matérielle comme à la vie spirituelle du peuple.

La mise en oeuvre du concept d’alliance s’exprime dans tous les domaines: il s’agit de considérer tous les êtres humains comme nos alliés. Les discriminations hommes-femmes, riches-pauvres, élites-esclaves, ou les discriminations religieuses n’ont pas de légitimité dans cette approche, car c’est ensemble que nous pouvons « sauver Moïse » et contribuer à construire une société de liberté.

À l’occasion de l’entrée en scène de Myriam la prophétesse, nous vous suggérons de lire un ouvrage intitulé « Les cinq livres de Myriam » (The five books of Myriam). Ellen Frankel y met en scène des personnages féminins traditionnels et leur donne la parole pour exprimer leur compréhension de la Torah.

Paracha Houkat : êtes-vous purs ?

A la question « êtes-vous purs » il est difficile de répondre simplement. La pureté est un caractère à sens divers : inaltération, propreté, intégrité, perfection, probité, transparence morale, authenticité spirituelle… Par antinomie on en déduit aisément ce qu’est l’impureté.

Pour encore compliquer les difficultés liées à cette notion, rappelons le danger lié à l’idée de pureté ethnique et les problèmes liés à une mauvaise compréhension de ce qu’est la « pureté féminine ».

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Notre paracha aborde le problème de la pureté requise pour accomplir les rites religieux et la place de la pureté dans la spiritualité juive.

La pureté dans la tradition juive.

  • Ce que nous dit la paracha Houkat du sefer Bamidbar (19:1 à 22:1) :

Bamidbar 19:1 à 19:9. « L’Eternel parla à Moïse (et Aaron)…: dis aux fils d’Israël qu’ils te procurent une vache rousse…Et vous devrez la donner à Eléazar, le prêtre…et on devra l’égorger devant lui…Et on devra brûler la vache sous ses yeux…Et un homme pur devra recueillir les cendres de la vache… elles devront servir à l’assemblée des enfants d’Israël comme une chose à garder pour l’eau de purification. »

Dieu demande que soit mise au point la méthode de purification : aspersion de la personne « impure » avec l’eau de purification et de cendres de la vache rousse, avant période de mise à l’écart. Le retour à une vie normale étant ensuite possible.

Bamidbar 19:11 à 19:19. « Quiconque touche au cadavre d’une âme humaine quelconque sera impur pendant 7 jours…Quand un homme meurt dans une tente : quiconque entre dans la tente ou est dans la tente sera impur pendant 7 jours… »

L’Éternel précise ce qui rend impur.

Bamidbar 19:20. « Mais l’homme impur qui ne se purifiera pas…devra être retranché de l’assemblée, car c’est le sanctuaire de l’Éternel qu’il a souillé. »

Un être impur n’a pas le droit d’approcher le tabernacle (plus tard le Temple.) Il ne peut pratiquer aucun rite important et/ou public. Il commet une grave faute s’il le fait avant d’avoir subi le processus de purification.

  • Pureté et religion.

Le retour à la pureté permet de renouer avec la vie.

Un passage de la paracha nous aide à comprendre cette thèse : les enfants d’Israël arrivent dans le désert de Sin. Myriam meurt et y est enterrée. Le « puits » d’eau qu’elle portait avec elle disparaît (selon le traité Taanit du Talmud). Moïse, pris au dépourvu par le manque d’eau, interpelle Dieu qui lui dit de saisir un bâton et de parler à un rocher pour faire sortir l’eau. Moïse frappe 2 fois le rocher avec le bâton au lieu de lui parler. L’eau jaillit quand même. L’Éternel proclame son mécontentement, car pour lui c’est la pureté de la relation avec l’autre et non la violence qui permet de renouer avec la vie. Ici, l’autre est le rocher et la vie est l’eau.

Est-ce mal d’être impur ? Impureté et péché sont souvent liés sur le plan religieux. On pense naturellement au péché originel dont on a fait un péché emblématique. En fait, la religion juive accorde peu d’importance au péché originel, beaucoup moins d’importance qu’à la sortie des hébreux d’Égypte.

Devenir impur par contact avec la mort n’est pas considéré comme une faute dans le Judaïsme. En revanche, refuser d’accomplir les actes liés au décès d’un proche est une grande faute. La religion juive indique ce qu’il faut faire pour retrouver la pureté en de telles circonstances, comme en tout autre cas d’impureté.

A défaut de détailler toutes les causes d’impureté et le processus complet de retour à la pureté, mentionnons l’immersion dans le bain rituel, le mikvé. Le mikvé, cité pour la première fois dans la Torah, est encore en usage aujourd’hui.  (Le mot « mikvé » a la même racine que le mot « tikva » qui signifie « espoir ».)

Par ailleurs, le Talmud met en relation directe le concept de pureté et le concept de spiritualité. La pureté physique et la pureté morale sont étroitement liées. L’étude de la Torah est par elle même une démarche de purification.

La pureté dans notre rapport à la vie ?

Rester pur est un principe fondamental qui ne peut échapper aux accidents de la vie. Voyons le comme un idéal précaire qu’il est possible cependant d’atteindre. La pureté, alors trouvée, contribue à notre bien être moral. Elle nous permet de mieux nous ressourcer, de récupérer l’entièreté de nos capacités, de nous réconcilier avec la vie.