Paracha Emor : qui définit l’agenda divin ?

Commençons par un résumé succinct de notre paracha.

L’Éternel demande à Moïse de prescrire aux Cohanim des lois qui leurs sont spécifiques et d’autres lois à propos du service du Temple. Sont évoqués la pureté, le mariage et les défauts physiques des Cohanim, puis des obligations au sujet des sacrifices animaux durant les offices.

Ensuite est présentée la chronologie de ce que seront plus tard les fêtes juives. Des indices précis nous permettent de reconnaître Pessah, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kipour et Soukot.

La paracha se termine sur un incident au cours duquel L’Éternel est blasphémé et le coupable condamné.

Cependant deux versets attirent tout particulièrement notre attention, les versets 23:1 et 23:2 Ils nous intriguent au point d’être l’objet de notre commentaire de paracha.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Emor du sefer Vayikra (Lévitique) 21:1 à 24:23 et la définition de l’agenda divin

Le temps ne doit pas seulement s’écouler dans notre tradition. Il en est la structure. Le rythme des Chabatot, des fêtes, du cycle de la vie nous inscrit dans une réflexion et une progression permanentes.

Qui fixe ces moments, ces événements et ces rencontres dans le temps ? Le plus simple serait de penser que c’est l’Éternel. C’est en partie vrai, par exemple pour le Chabat. Mais on considère, dans la paracha Emor, que nous aussi , nous fixons le temps.

Vayikra 23:1 à 23:2. L’Éternel parla ainsi à Moïse:..« Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: les solennités de l’Éternel, que vous devez annoncer et célébrer sont des rassemblements sacrés. Les voici, mes solennités:.. »

Donc, il semble que ce soit nous qui définissions, en grande partie, l’agenda de l’Éternel.

La Michna Roch Hachana confirme cela avec une histoire surprenante, mais édifiante, qu’il est nécessaire de relater.

Cette histoire aborde le principe de la fixation du temps, en particulier du jour de début de mois, par le tribunal rabbinique. (C’est ainsi que cela se passait à l’époque de la rédaction de la Michna.)

Il faut savoir que le mois débute quand la lune recommence son cycle. Des témoins venaient alors de tout Israël annoncer la réapparition de la lune au tribunal rabbinique qui en déduisait le jour de passage à un nouveau mois.

Un jour ce fut le cas, et un Rabbin éminent, Raban Gamliel reçut ces témoins. Il annonça le jour de début de mois et, par raisonnement, la date de Yom Kipour. Cependant, certains Rabbins se mirent à contester et prétendirent que les témoins n’étaient pas dignes de foi. Selon eux Rabban Gamliel n’annonçait donc pas la bonne date de Yom Kipour.

Alors, Rabi Akiva intervint pour éteindre la contestation et cita le verset 23:2 de la paracha Emor. Il dit à l’assemblée : Raban Gamliel s’est peut-être trompé mais d’après la paracha Emor c’est nous qui fixons le temps. Même si Raban Gamliel s’est trompé, le temps de Yom Kipour qu’il a indiqué sera le juste moment de sa célébration, même si ce temps n’est pas en accord avec le temps cosmique. Le temps humain retenu par consensus à beaucoup plus d’importance que le temps cosmique.

Cette histoire a délivré un enseignement primordial. A tel point que l’on dira ensuite que l’autorité de tout beth din (tribunal rabbinique) est égale à celle du beth din de Moïse.

A la suite de cette prise de décision, Raban Gamliel ordonna à Rabbi Yoshoua de se soumettre à sa décision. Rabbi Yoshua devrait ainsi célébrer Yom Kipour à la date prévue par le Beth Din de Rabban Gamliel, et non à la date qu’il pensait lui-même être exacte. Pour s’assurer de cette obéissance, Rabban Gamiliel convoqua Rabbi Yoshoua, en ce même jour de « Yom Kipour dissident ». Rabbi Yoshua dut ainsi prouver qu’il considérait ce jour comme n’étant pas réellement Yom Kipour, mais un jour ouvré classique.

Rabban Gamliel l’accueillit avec ces mots : « Merci d’être venu, toi qui est mon maître et mon élève. Mon maître car tu avais certainement raison et mon élève car tu as respecté mon autorité et accepté un accord. »

Dans notre tradition, le temps sacré est une co-construction entre l’humain et le divin. Il n’est pas simple de définir les modalités de sa mise en oeuvre.

Qui définit l’agenda divin ? C’est bien nous, comme le dit la Torah. L’Eternel nous a donné ce privilège. Nous avons, de plus, le pouvoir de sacraliser le temps. A chaque Chabat, à chaque fête et même à chaque instant de notre vie, nous le sanctifions.

N’oublions pas que fixer le temps engage notre responsabilité et nous oblige à assumer les conséquences de nos choix.

Paracha Bo : quand commence le temps ?

Compter le temps, encore une particularité de l’espèce humaine ! Comment vivrions-nous s’il n’en était pas ainsi, si nous ne connaissions même pas notre âge exact ? Le compte du temps a certainement une très forte influence sur notre comportement et nos valeurs morales.

Ne nous égarons pas, et revenons à l’interprétation de la paracha Bo.

Dans cette paracha, nous sommes au point de départ de la sortie du peuple hébreu d’Égypte. Le compte du temps y est traité sous la forme de la révélation d’une réalité.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Bo du sefer Chémot (Éxode) 10:1 à 13:16 et la révélation du temps particulier

Le temps suit son cours et les jours se succèdent. Ces jours, qui défilent sans cesse, sont-ils absolument tous semblables ? Certainement pas. Le temps qui passe est jalonné d’événements heureux et d’événements douloureux. Ces évènements difficiles nous permettent par contraste d’apprécier toute la saveur des bons moments.

Le temps qui passe est également jalonné d’événements marquants, qui transforment le cours des choses, qui sont de véritables points d’inflexion de nos parcours de vie.

Pour l’être humain, pourvu de l’intelligence et de la conscience, il paraît essentiel d’avoir la notion de la mesure du temps, de pouvoir se situer soi-même dans le temps. Mesurer le temps ne peut se faire sans un référentiel doté d’un zéro et d’une unité. L’être humain, selon sa culture, a la liberté de choix du référentiel et de ses composantes.

Pour les chrétiens, le zéro du référentiel correspond traditionnellement à la naissance de Jésus. Chez les musulmans, le compte du temps commence avec l’Hégire (départ de Mahomet et de ses disciples de La Mecque vers Médine, après la proclamation de l’islam en 622 aprJC).

En ce qui concerne les Juifs, c’est plus compliqué, nous avons affaire à deux types de temps, le temps universel et le temps particulier. Le temps universel, fêté à Roch Hachana, débute par la création biblique du monde et de l’humanité il y a 5777 années. Le temps particulier, lui, commence par la sortie d’Égypte, la liberté des hébreux reconquise et le premier PessaH, il y a environ 3300 ans (datation en cours d’étude). Le temps particulier, pour beaucoup de commentateurs, devrait être considéré comme le véritable référentiel de temps du peuple Juif.

Cependant, une nuance est à prendre en considération. Le temps particulier débute, en fait, 14 jours avant la sortie d’Égypte.

Chémot 12:1 à 12:3. L’Éternel dit à Moïse et à Aaron, dans le pays d’Égypte:…« Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année…Parlez à tout le peuple d’Israël en ces termes: au dixième jour de ce mois-ci, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison. »

Le premier jour du « premier des mois de l’année », cité dans le verset, est le premier Nissan (ניסן). Il ne s’agit donc pas du premier tichri, de Roch Hachana, qui est aujourd’hui le premier jour de l’année juive. La première année juive, en tant que telle, devrait être celle de la sortie des hébreux d’Égypte.

Le 1° Nissan est le jour du commandement de Dieu, à Moïse et Aaron, de faire sortir le peuple hébreu d’Égypte à la date du 14 Nissan. L’acquisition d’un agneau par chaque famille juive, et sa consommation le 10 Nissan, est en relation directe avec ce projet de sortie d’Égypte, elle fait partie de la préparation de cet événement à venir.

La sortie d’Égypte a été prévue et organisée 14 jours à l’avance, alors pour quelle raison les hébreux sont-ils partis avec du pain non levé ? Sans doute a-t-il fallu du temps aux hébreux pour avoir pleinement conscience de la prise de décision de Moïse, dictée par Dieu. Les hébreux se trouvaient en Égypte depuis plus de 400 ans. Ils avaient du mal à croire en la réalité d’un tel fait. Du reste, la sortie d’Égypte s’est faite dans la précipitation, sous la poussée de la population égyptienne.

Chémot 12:33 à 12:34. Les égyptiens firent violence au peuple [hébreu], en se hâtant de le repousser du pays, car ils disaient: « Nous périssons tous »…Et le peuple emporta sa pâte non encore levée, les pétrins sur l’épaule, enveloppés dans les manteaux.

Le temps juif a donc commencé le premier Nissan, le jour de prise de décision de sortie d’Égypte, donc le premier jour d’espoir de liberté. Selon Rachi, c’est quand l’espoir commence, que le temps juif débute. Le premier jour d’un mois est un jour de renouveau. Dieu aurait, de son doigt, désigné la lune à Moïse en lui disant : quand la lune a cet aspect de renouvellement, le mois et l’espoir se renouvellent aussi.

Au même moment, Rachi a déclaré qu’il est essentiel de faire la part des choses entre les commentaires et les réalités auxquelles ils se rapportent. Le début du compte du temps est une réalité beaucoup plus importante que les commentaires dont elle a été l’objet. Rachi a dit aussi, à propos de la paracha Béréchit, que la Torah aurait dû commencer par la paracha Bo, puisque l’existence du peuple Juif a pris forme le jour du commandement de Dieu de sa libération d’Égypte. Qu’en aurait-il été alors du temps universel, qui commence par la création de tous les éléments de l’univers ?

La sagesse juive et l’écoulement du temps

Ouvrons le livre des Lamentations (Méguila EiHa). Il y est écrit au chapitre 5:21 : « Ramène-nous vers toi, Éternel, nous voulons te revenir; renouvelle nos jours comme tu le faisais avant. » .הֲשִׁיבֵנוּ יְהוָה אֵלֶיךָ ונשוב (וְנָשׁוּבָה), חַדֵּשׁ יָמֵינוּ כְּקֶדֶם.

Nous percevons ici un désir de renouveau dans la continuité.

En tant que Juifs, nous souhaitons qu’à travers l’écoulement des jours et des changements d’époque, notre identité puisse continuer à s’affirmer dans la quiétude et la sagesse. Chaque Pessah et chaque Chabbat marquent la fin et le renouvellement d’une période de notre vie. Gardons en mémoire cette phrase de LeHa Dodi : « nous irons au devant du Chabbat,… terme de la création, présent en pensée dès le commencement. »

Les femmes et les hommes seront pardonnés!

Il ne me serait pas venu à l’idée de poser cette question.

Les hommes et les femmes sont-ils/elles égaux devant la transgression?

Et lorsqu’on m’a interrogé sur cet aspect de notre tradition, j’ai d’abord été perplexe.

Mais Roch hachana approche, et cette question nous permet de reprendre un peu les bases de ce qu’est le pardon dans le Judaïsme.

D’après la tradition juive, lorsqu’on commet une erreur, il fait la réparer, qu’on soit un homme ou une femme.

Si il s’agit d’une erreur que nous avons commise vis a vis d’autres personnes, il faut réparer les dommages causés et rechercher la pacification.

Si on a subi un comportement problématique il faut en parler avec la personne pour lui faire comprendre le problème et trouver une solution, car ne faut surtout pas garder de rancune ni être entraîné vers la vengeance, même a un niveau inconscient.

Les fêtes du début d’année, les fêtes du recommencement, roch hachana et kipour, nous invitent à réexaminer les fautes commises vis-à-vis du prochain, vis-à-vis de nos même, et vis-à-vis du rituel et les commandements et du divin. C’est l’étape de la pacification intérieure.

Nous devons également faire en sorte de garantir d’agir mieux la prochaine fois. C’est la téchouva.

Dans certains cas, à l’époque du talmud et au moyen âge et parfois même aujourd’hui, certains rabbins ont considéré qu’entre la relation avec son mari et la relation avec dieu une femme pouvait légitimement privilégier son couple ( ainsi que parfois la charge du ménage et des enfants! )

A notre époque, en France et ailleurs, les hommes sont conscients de l’importance de leur rôle pédagogique et n’ont plus ce genre d’exigence et s’ils en ont ils ont les moyens de les dépasser pour encourager leurs épouses a vivre librement leur spiritualité. Chacun avance librement verts la recherche de la meilleure façon de se respecter lui/elle même, de respecter son prochain, ses valeurs et sa spiritualité.

Embrasser le passé, Chérir l’avenir – pédagogie de Roch Hachana

L’année scolaire s’est achevée, les vacances sont à leur début, et tout semble possible!
Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.

Comment profiter des vacances?
Ces moments de tranquillité permettent de renforcer les liens familiaux et filiaux, de mettre en place de bonnes pratiques relationnelles qui renforceront la base d’amour si fondamentale pour que nous soyons en mesure de guider nos enfants tout au long de l’année.

Au cours de nos réflexions de ce matin, au cours “Le judaïsme, un atout pour l’avenir de nos enfants”, nous avons envisagé deux directions. Les vacances permettent de mettre en place des habitudes qui nous serviront au quotidien, d’une part, mais aussi de nous préparer à utiliser le plein potentiel pédagogique des fêtes de Tichri. Nous avons pu parler déjà de SimHat Torah, une fête « orientée enfant » par excellence, bien qu’elle soit également très riche spirituellement et intellectuellement.

Les « jours redoutables » pour leur part recèlent un potentiel insoupçonné sur le plan pédagogique.
La faute et les erreurs ne sont pas des fatalités, nous sommes tous unis dans la recherche de notre meilleur nous-mêmes, nous sommes égaux devant nos faiblesses et égaux face à notre potentiel d’amélioration.

Ces messages contribuent à inscrire les enfants dans une identité positive, à se considérer comme des « gens biens ». Les étiquettes influencent notre manière d’être. Celui qui se considère de façon négative a du mal à s’améliorer. Les jours redoutables brisent ces étiquettes, tel est le sens profond du Kol Nidré que nous prononçons solennellement le soir de Kippour.

Pourtant, les étiquettes positives peuvent nous inviter à nous complaire dans le sentiment de notre « bonté ».
Tichri nous enseigne que la seule façon d’être des « gens biens », c’est d’admettre nos imperfections et de chercher à nous améliorer.

Roch hachana et Kipour sont bien sûr fondamentales et jouent un rôle important également pour les plus petits. Pour en tirer un profit pédagogique, nos enfants ont pourtant besoin de notre aide.

En effet, ces fêtes sont avant tout des temps d’introspection.
La porte d’entrée pour les plus jeunes peut se faire de façon ludique, à travers le choix ensemble de vêtements blancs par exemples, qui souligneront le sens de ces fêtes.

On peut prévoir un seder de Roch Hachana, qu’il soit traditionnel selon les différentes coutumes séfarades ou créatif à la mesure des désirs de nos enfants. L’idée est de choisir notre menu préféré ainsi que des mets symboliques qui représentent nos espoirs pour l’année à venir.
Le seder traditionnel s’appuie sur des jeux de mot en araméen.
Il est tout à fait possible de se tourner vers des jeux de mots (laids) en français. Ainsi, des bananes, permettront de se souhaiter une « banne année », des pêches pour avoir la pêche, et on peut décliner cela à l’infini.

Roch hachana implique également une vision rétrospective de nos vies et une prise de décision concernant l’année à venir. Comment partager cela avec nos enfants?

Tous les moyens sont bons.
On peut leur demander de dessiner les trois évènements les plus marquants de l’année, ou leur proposer de les raconter.
On peut reprendre leur cahier de texte et parler de la façon dont ils ont vécu chaque saison, les différentes étapes scolaires, les différentes vacances, les événements familiaux, qu’ils soient joyeux ou douloureux.
On peut ouvrir les albums photo.
Nous avons ainsi une nouvelle chance de poser des mots sur leurs expériences.

Pour ce qui est de la projection dans l’avenir, on peut parler avec eux de leurs espoirs pour l’année à venir, les plus jeunes et les plus créatifs peuvent une fois de plus passer par le dessin et se représenter dans leur future classe de CM2, raconter leur entrée en 6e, envisager ce que seront leurs espoirs, leurs défis et leurs atouts lors de leur entrée à l’université…
Ce sont également des thèmes à aborder à la table familiale, chacun prenant ainsi la mesure de l’importance des différents enjeux de chacun.

Il sera alors plus facile de faire preuve d’empathie, de garder la maison calme lorsque l’ainé prépare des examens ou d’augmenter ses capacités de tolérance au chahut quand la petite dernière fête son anniversaire!
Il est possible de garder les dessins ou les récits de nos espoirs pour l’année à venir et de les revisiter en fin d’année, lorsque un nouveau cycle recommencera… Ce qui a vraiment compté pour nous, était-ce justement ce que nous attendions ou d’autres événements imprévus?

Les dessins pourront également trouver leur place sur le mur du salon pendant la période des fêtes, ou dans la souka, et pourquoi pas sur les murs de la synagogue, pour que vos enfants s’y sentent bien chez eux!
On peut imaginer par exemple un dessin de l’espoir, reprenant nos aspirations pour l’année à venir, sur lequel travailler pendant les vacances, à accrocher dans le salon à l’occasion de roch hachana et à amener à la synagogue pour kipour… De cette façon, les dimensions individuelles et collectives qui sont représentées au cours des fêtes de tichri trouveront également leur place pour chacun d’entre nous.

N’hésitez pas à me faire partager le fruit de vos réflexions et de vos expériences… Les dessins des plus ou moins jeunes seront également bienvenus…

Les vacances – Une étape décisive!

L’année scolaire s’est achevée, avec ses malédictions, les vacances commencent, avec leurs bénédictions! (voir « aHot Kétana », cette magnifique prière d’entrée dans l’année nouvelle juive).

Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.

Comment profiter des vacances?
Ces moments de tranquillité permettent de renforcer les liens familiaux et filiaux, de mettre en place de bonnes pratiques relationnelles qui renforceront la base d’amour si fondamentale pour que nous soyons en mesure de guider nos enfants tout au long de l’année.

Au cours de nos réflexions de ce matin, au cours « Le judaïsme, un atout pour l’avenir de nos enfants », nous avons envisagé deux directions.

1 – peaufiner le quotidien…
La première et de profiter du calme des vacances pour mettre en place des éléments pédagogiques et des habitudes de vie auxquelles nous aspirons. D’un point de vue juif, on peut commencer un allumage des bougies du chabbat, apprendre quelques chants à partager à cette occasion, commencer à lire un livre qui raconte la paracha de la semaine… On peut chaque semaine prévoir un temps pour chercher un jeu de société à ouvrir et à tester spécialement le chabbat suivant. Ces jeux pourront ensuite marquer joyeusement les chabbatot tout au long de l’année à venir. On peut profiter de l’été pour préparer des sets de tables spécifiques pour chacune des fêtes juives à venir, apprendre des chants, adopter des défis pour réviser son hébreu…

2 – se préparer à une transformation téchouvatesque!
La seconde façon de mettre à profit les vacances consiste à préparer plus spécifiquement les fêtes de Tichri. Roch hachana, Kipour, Soukot et SimHat Torah sont des fêtes de fondation et de re-fondation, sur lesquelles on peut s’appuyer sans modération !
Ces fêtes permettent un renforcement entre les valeurs de la maison et les valeurs de la culture juive. Ce n’est pas simplement nous qui demandons à nos enfants de travailler leurs qualités humaines. C’est la communauté juive dans son ensemble qui s’inscrit dans un processus de Téchouva, de retour à soi-même, de culture du meilleur de soi-même.

Les notions de Tichri peuvent sembler abstraites. Pourtant, chaque âge a sa propre porte d’entrée dans cette belle dynamique. Nous étudierons cela au fil des semaines à venir…

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Par ailleurs, toutes les idées sont les bienvenues ici, n’hésitez pas à les partager, je serai toujours heureuse de vous répondre…

D’ici-là, très bons préparatifs pour vos vacances à venir, pour qu’elles soient fondatrices de bons moments à prolonger tout au long de l’année…

Entrainons-nous encore à gagner les concours de circonstances

« Bar Hédia était un interprétateur de rêve….

Celui qui lui donnait une pièce, il le lui interprétait en bien, celui qui ne lui donnait pas de pièce, il le lui interprétait en mal.

Abbayé et Rava firent un rêve.

Abbayé lui amena une pièce, et Rava ne lui en donna pas. »

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L’histoire commençait bien, le rêve, ce qui s’exprime de notre conscience libérée par la nuit, la remise en place de nos pensées, et quelqu’un qui interprète. L’interprétateur allait nous donner peut être la clef de la vérité!

Mais  l’illusion se brise, bar Hédia était cupide, il ne donnait pas la clef des rêves, il redessinait les paysages à son propre avantage

Deux grands sages, deux amis-opposants, deux baalé maHloket, préoccupés par les mêmes questions, un même rêve, que vont-ils en faire ?

Ils amènent leurs pensées intimes à un interprétateur de rêves, ne croient-ils pas en leur propre sagesse ? Bar Hédia est corrompu, mais ça, ils ne le savent pas encore. Ces deux leaders,  des amoraim babyloniens du 4e siècle, Abayé, dirigeant de la yéchiva de pombedita , Rava, fondateur de la yéshiva de MéHoza, ont, comme nous, des questionnements douloureux.

Voici ce que Rava et Abbayé ont vu en rêve, ce que bar Hédia leur a dit.

Ils lui dirent : J’ai vu dans un rêve le verset suivant Ton bœuf sera égorgé sous tes yeux (deut 28)

A Rava il dit Ton commerce va faire banqueroute et tu n’auras plus envie de manger à cause de ta peine.

A Abbayé il dit Ton commerce va prospérer et tu n’auras plus envie de manger tellement ta joie sera grande

Ils lui dirent : Nous avons lu aussi, le verset suivant : tes filles seront données à un autre peuple,

A Rava il dit : Tes enfants seront nombreux mais ils se marieront dans la famille de ta femme et ils deviendront comme des étrangers pour toi.

A Abbayé il dit : ta femme mourra puis tes enfants seront soumis à une autre femme

Ils lui dirent encore : Tous les peuples de la terre verront

A Abbayé : ils verront ta renommée en tant que chef de la maison d’étude et tu inspireras la crainte

A Rava : ils verront ton humiliation, on attaquera le trésor royal on te soupçonnera, tu seras arrêté comme voleur et tout le monde éprouvera la crainte d’être soupçonné.

Les préoccupations de ces deux grands sages sont les nôtres, notre subsistance, notre famille, l’héritage que nous laisserons au monde.

Rava et Abbayé ont besoin de soutien et s’ouvrent au plus grand spécialiste de leur époque, de même que nous cherchons conseil.

Et, comme cela nous arrive parfois, ils se font posséder, de même que nous sommes nous-mêmes vulnérables.

Les conséquences en sont dramatiques. En effet, les interprétations de Bar Hédia se réalisent, si bien que Rava perd sa femme, ses enfants et ses richesses.

* * *

Notre peuple aussi a ses rêves, ses espoirs et ses préoccupations.

La liturgie de Roch Hachana nous dit : Faites téchouva, et vous serez inscrits dans le livre de la vie et non dans le livre de la mort.

Certains disent : Si vous ne revenez pas à une pratique orthodoxe, vous mourrez dans l’année. D’autres mettent ces interprétations au passé : la Choa a eu lieu parce que les juifs n’étaient pas assez pratiquants,  le papa de cette petite fille est mort cette année parce qu’il n’avait pas fait téchouva à Roch Hachana ou à Kipour.

Notre mouvement s’oppose à ces culpabilisations, qui enterrent la tradition, qui réduisent le judaïsme à de la superstition.

Les conséquences de ce genre d’interprétation, je les vois au quotidien depuis 16 ans que j’exerce en tant que rabbin, en Israël, en Belgique et maintenant en France, et même depuis mes années d’étude « laïques » en sociologie lors de mes enquêtes sur les croyances des juifs en France.

Notre communauté, le MJLF, et Surmelin, nous sommes activement et profondément engagées dans le combat contre ces discours destructeurs. Nous voulons transmettre le message du judaïsme traditionnel, qui est un enseignement de vie.

Comment interprétons-nous l’inscription dans le livre de la vie ?

Mais comme le veut la tradition, en affirmant que la vie, c’est la justice, les justes sont considérés comme vivant toujours par leur enseignement, les anti-justes comme étant morts, même de leur vivant.

Nous disons : Si vous vous engagez pour la justice et la vérité, vous serez  inscrits dans le livre de la vie, qui est le livre de la justice et du bien.

Si nous nous engageons dans les réflexions de Roch hachana, Kipour et Soukot , notre vie sera encore plus vivante l’an prochain qu’elle ne l’a été l’an dernier.

Le judaïsme n’appartient pas aux « bar Hédia ». Nous en assumons les interprétations.

* * *

Et, fidèle à la tradition, permettez-moi d’appliquer cet enseignement à la question qui préoccupe vraiment les juifs : Qu’est-ce qu’on mange ce soir !

Pour cela, je vais me livrer à un exercice très commun : le détournement verbal.

Comme nous l’enseigne la suite du Talmud BeraHot, le rêve suit la bouche, c’est-à-dire son interprétation.

Mais comme nous sommes juifs, nous pouvons détourner un peu le sens de cette phrase : le rêve suit la bouche, c’est-à-dire la nutrition !

En ce soir de Roch Hachana, les séfarades parmi nous feront tout un seder, mangeront de nombreux mets en prononçant des bénédictions. Les achkénazes parmi nous mangeront de la pomme et du miel, en se souhaitant une année aussi douce que le miel aussi pétillante que la pomme.

Nous mangerons de l’interprétation.

Nous sommes libres de l’interprétation de nos rêves, nous sommes libres de l’interprétation de ce que nous mangeons, de ce que nous ingérons, de ce que nous digérons.

Notre tradition va plus loin encore. Nous interprétons les actes.

* * *

Il y a beaucoup de choses que  nous ne comprenons pas, et qui sont peut-être néanmoins d’une sagesse insoupçonnée.

Prenons un exemple tiré euh du baseball américain. Parlons de ce qu’on nomme la « final offer arbitration ». Il s’agit d’une méthode d’arbitrage révolutionnaire.

Vous n’en avez peut-être pas encore entendu parler, et cela viendra surement.

En quoi consiste l’arbitrage « normal »? Chaque partie présente ses demandes et l’arbitre fait un compromis.

En quoi consiste l’arbitrage « offre définitive » ? Chaque partie propose une solution, l’arbitre choisit l’une des deux solutions sans arbitrer, il a l’interdiction formelle de faire un compromis.

Cela semble fou ?

Mais réfléchissez, ce soir aux conséquences sur la dynamique entre les parties, et vous verrez combien ce procédé est subtil.

On appelle la création de ce type de situation du « game ingeneering », de la « création de jeu », et l’un des leaders en la matière est Robert Aumann.

Nous connaissons dans la pratique juive et dans les textes juifs beaucoup de choses « absurdes ».

Dans le talmud par exemple, et dans le passage de Rava Abbayé et Bar Hédia, avec ses deux rabbins qui se laissent prendre au piège. Mais cette histoire nous aide à comprendre que personne n’est à l’abri des influences néfastes.

Dans la Torah bien sûr, avec les colères divines et les comportements étranges de nos patriarches.

Le cadre des fêtes de Tichri, peut aussi poser question. Pourquoi faire de notre premier de l’an un « jour du jugement » pourquoi venir dire des seliHot à la synagogue à 7 heure du matin, et passer une journée à nous priver de nourriture et à être présent à la synagogue ? Ces actes, simplement, « changent la donne », et ne peuvent être compris que par la pratique et par la réflexion.

Les fêtes de Tichri sont une invitation à ouvrir le livre du souvenir et du passé pour faire le tri, réexaminer les actes et les idées de l’année dernière, et à en changer les étiquettes, les interprétations.

Au jour de notre mort dirons-nous : « Oui, ce Roch Hachana là, en 5775, en septembre 2014, j’ai pensé de cette façon, j’ai changé de cette façon, et j’ai raison de le faire. » ?

Pour conclure, je vais nous lancer deux défis.

Le premier est de vous vers moi : Venez me trouver, écrivez-moi, et proposez des objections, proposez des éléments « absurdes » de notre tradition et voyons si nous y trouvons une sagesse cachée.

Le deuxième défi est de moi vers vous, vous trouverez à l’entrée des feuilles avec des versets qui sont la guématria de 5775, prenez-les et essayez de trouver le maximum de « divinations » positives et négatives concernant l’année à venir.

Jouez à être Bar Hédia, et appropriez-vous cette souplesse d’esprit que nous enseigne le Talmud.

Vous trouverez sur cette feuille des expressions dont la valeur numérique représente l’année à venir.

Pourrez-vous les interpréter en bien, et pourquoi pas aussi en mal, comme bar Hédia, et vous faire ainsi mieux connaissance avec la puissance de l’interprétation ?

Le verset suivant caractérisera-t-il selon vous l’année 5775 et de quelle façon : « Ses membres, tout pleins encore de vigueur juvénile, se verront couchés dans la poussière », (job 20 :11) ?

Peut-être préférerez-vous essayer d’interpréter les mots: «  La justice fleurira ensemble » extrait de Isaïe 45 :8

Vous pourrez également en discuter à la table familiale, vos enfants et amis se prendront peut-être au jeu, et je vous invite à partager vos trouvailles en ligne sur le site poursurmelin.wordpress.com.

Nos rêves et nos actes suivent l’interprétation que nous en donnons.

Un rêve non interprété est comme une lettre non lue.

Roch Hachana nous invite à ouvrir notre courrier en retard, nos messages cachés à nous-mêmes, nos rêves, nos souvenirs, nos actes.

Les circonstances ne nous font pas, ce sont nous qui interprétons les circonstances.

C’est ainsi que depuis 3000 ans, malgré les dures réalités de l’histoire, nous, peuple juif, sommes rôdés à gagner les concours de circonstances.

Nous avons eu des circonstances particulièrement difficiles cette année.

C’est pour penser à ce que nous pouvons faire de l’actualité en tant qu’individus en tant que famille et en tant que communauté, qui nous avons besoin de nous réunir.

Que les circonstances concourent à notre bonheur cette année !

Alors entraînons-nous encore un peu, à gagner ensemble, les concours… de circonstance !

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Liens vers ce qui n’a pas pu être dit ici:

http://www.larecherche.fr/savoirs/dossier/a-quoi-sert-interpreter-reves-01-07-2011-78744

http://lemidrash.free.fr/CIEM2005site/dbanon.pdf

Ouverture des inscriptions pour la vie, demain à 18h45!

En cette veille de Roch hachana, nous sommes presque prêts à accueillir le renouveau de l’année.
La synagogue s’est déjà habillée de blanc, le blanc de l’espoir, le blanc de la joie, le blanc aussi qui nous rappelle l’ouverture d’une nouvelle page dans nos vies.

Demain, nous serons nous-mêmes vêtus de blanc, de ce blanc qui dans notre tradition est aussi la couleur du deuil, et nous rappelle que nos vies ont une fin, et qu’en ce sens, nous risquons effectivement notre vie à Roch Hachana.
Gagnerons-nous une année de vie, par notre volonté d’investir cette année de tout son potentiel? Ou perdrons-nous une année, incapables d’en valoriser le bien et de cloisonner l’impact des difficultés?

Réussirons-nous à intégrer toutes les nouvelles connaissances acquises l’an dernier ?
Les connaissances intellectuelles bien sûr, mais aussi les connaissances humaines… Saurons-nous attribuer leur juste place aux événements du passé ?
Que nous dit le passé de ceux que nous sommes ? Nos « échecs » furent-ils des échecs ? Nos « réussites » de vrais succès ?
Avons-nous déjà compris le sens de nos erreurs ou reste-t-il encore du chemin à accomplir ?
Ces questions, nous nous les posons à nous-mêmes, et nous nous les posons mutuellement à Roch Hachana. Nous pouvons en parler avec nos proches, nos familles, nos amis, nos enfants, demain soir, devant la table familiale. Savons-nous vraiment quels sont leurs espoirs? Le fait même d’y penser est une projection vers l’avenir, une invitation consciente que nous faisons à tout notre être, une invitation à nous projeter vers le bien.

Si nous cheminons de Roch Hachana, jusqu’à Yom Kipour, de Soukot jusqu’à SimHat Torah sur les sentiers de l’examen du passé et de la mise en place de l’avenir, l’année qui se présentera devant nous demain soir sera, certainement, une année qui comptera dans nos vies.

Espérons que comme Sarah notre mère nous pourrons dire que chacun des jours de notre vie aura compté de façon pleine et entière.

Soyons prêts à ces jours tissés d’une joie si profonde, par le fait même qu’ils sont redoutables.

Prêts à rentrer dans une nouvelle année, nous, nos proches et nos communautés.
Léchana tova tikatévou ! Faites-vous inscrire pour une année excellente !