Dieu est-elle plus féministe que nous ? La preuve par Sarah x Rebecca

Téléchargez en cliquant ici la feuille de sources:Feuille de source du premier cours: Notions fondamentales, Torah et Rachi, interventions divines en faveur de Sarah

Avez-vous lu attenAffiche culture juive féministetivement l’histoire de Sarah? Et celle de Rebecca?

N’êtes-vous pas intrigués par tous ces éléments étranges de l’histoire de nos matriarches? Pourquoi les anges qui viennent voir Abraham s’inquiètent-ils autant de Sarah? Pourquoi Dieu s’adresse-t-il à Rebecca et non à Isaac à propos de leur descendance?

Ces questions et beaucoup d’autres nous permettent de réfléchir sur le positionnement du dieu de la Torah à propos des questions féministes.

Ce premier cours sera donc placé sous le signe de la Torah écrite, du pentateuque, avant que nous passions aux approches talmudiques.

 

Avez-vous eu l’occasion de remarquer comment le dieu de la Torah défend la cause des matriarches ?

Connaissez-vous les héroïnes du Talmud ? Avez-vous étudié les arguments de halaHa pour ou contre la participation des femmes dans la pratique juive au quotidien ?
La « religion » est-elle en retard en matière de féminisme ?
Comment renforcer la collaboration entre les citoyens et les citoyennes de l’identité juive ?
L’étude des sources nous donnera des arguments pour mieux défendre les valeurs modernes de notre tradition…

Accueil       19h45
Cours         20h/21h30

Quelques articles en anglais:

  1. http://www.truah.org/resources-91356/divrei-torah/362-the-story-of-sarah-and-hagar-through-a-feminist-lens.html
  2. http://www.lilith.org/shop/download/v23i01_Spring_1998-13.pdf
  3. http://jwa.org/encyclopedia/article/sarah-midrash-and-aggadah
  4. http://www.aish.com/ci/w/48955426.html
  5. http://www.myjewishlearning.com/article/sarah-in-the-bible/
  6. https://en.wikipedia.org/wiki/Jewish_feminism
  7. http://nutorah.blogspot.fr/2011/11/chayei-sarah-accusing-torah-of-feminism.html
  8. http://www.chabad.org/theJewishWoman/article_cdo/aid/2235031/jewish/Was-Abraham-the-First-Feminist.htm
  9. http://www.fr.chabad.org/library/article_cdo/aid/1775817/jewish/Le-rle-des-femmes-dans-le-Judasme.htm
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Sur le pont étroit de la liberté! – 4 – Viktor Frankl: le sens en toutes circonstances (Discours de Kipour 5776)

Voir la partie 3: Au delà de notre confort

Viktor Frankl a une expertise puissante sur la question.

Il a su traverser, changer de ligne au dernier moment dans le cadre de la « sélection » qui menait aux chambres à gaz. Il a su collecter ses observations au sein même de l’enfer des camps en se projetant dans la création de sa propre pensée.

Viktor Frankl dit : « La vie a un sens dans toutes les circonstances, y compris les pires. »

Quand Frankl affirme cela, il l’affirme du fond de sa propre expérience.
Parfois, nous avons besoin de souffrir pour retrouver le sens et l’intensité de notre vie.
Mais franchement, ce n’est pas nécessaire.

Nous pouvons aussi construire le pont AVANT de nous retrouver au-dessus du précipice…

Kipour a sa façon particulière de nous inviter à construire ce pont.

Le dialogue avec nos proches initié en préparation renouvelle notre lien humain.
En jeûnant, nous prenons la mesure de notre fragilité et de celle des autres, nous pousse à la responsabilité
A travers les poèmes liturgiques que nous chantons nous nous laissons porter dans notre volonté de changement.
Le son du chofar nous met dans l’urgence.
Les histoires de la torah nous invitent à penser.
Le fait d’être ensemble nous ouvre aux autres et à nous-mêmes, dans la chaleur du partage.

Ce pont se construit à Kipour et se prolonge dans l’année juive, chaque événement « religieux » ou culturel vient le renforcer, venez traverser ce pont que nous construisons pour vous, venez construire pour vous-même le pont que nous souhaitez traverser ensemble.

Si vous avez des questions, des interrogations, sur l’identité juive, sur nos sources, sur la communauté, partagez-les avec nous, quand vous le souhaiterez, après les fêtes.

La liberté est comme un muscle, c’est en l’utilisant qu’on lui permet de grandir.
La liberté ne s’use que quand on ne s’en sert pas (adaptation de la devise du canard enchaîné).

La joie elle-même est un choix courageux.
Comme Selma Baraz, alors âgée de 91 ans, nous pouvons prendre la responsabilité de notre bonheur et renoncer à la plainte, sans attendre.

En ce jour de Kipour, nous mobilisons notre liberté dans une posture d’humilité face au chemin que nous avons à parcourir.

Dans quelque jours, à soukot, nous mobiliserons notre liberté dans une posture de joie prête à assumer ses choix. Nous danserons avec la Torah le 4 octobre.

Que cette année 5776 se poursuive dans le courage de la joie, du partage, de l’action et du sens.

Sur le pont étroit de la liberté! – 3 – Au delà de notre confort immédiat: l’urgence d’agir (Discours de Kipour 5776)

Voir la deuxième partie: Dépasser nos peurs

L’appel des prophètes nous met en garde. Si nous ne pratiquons pas l’entre aide et la tsédaka, si nous extradons de la réalité, si nous nions la souffrance autour de nous, les catastrophes nous attendent au tournant.

Il n’y a de sécurité que partagée. Il peut y avoir des écarts sociaux, mais pas trop. La terre est restituée aux perdants du jeu économique tous les 50 ans. Les dettes qui vous réduisent à néant sont annulées tous les 7 ans. C’est le yovel, le jubilée, c’est la chemita, l’année chabbatique, que nous avions cette année.

Telle est la condition de la liberté. La liberté des uns COMMENCE là où COMMENCE celle des autres (adaptation personnelle).

Tel était le propos du Pasteur Niemöller. Quand certains s’en prennent aux « communistes, juifs, syndicalistes, catholiques (le protestantisme étant dominant en Allemagne, là où il vivait) », si je ne les défends pas, je risque fort d’être le suivant sur la liste. Cela vaut également aujourd’hui pour les grecs, les syriens, les arabes ou encore, les femmes, les convertis, etc…

Si nous n’écoutons pas cet appel, nous dit la torah, la terre nous vomira. Dans la Torah, il est fait mention de cette responsabilité au niveau du peuple juif et de la terre d’Israel. En ce jour de Kipour, à la veille du cap 21, nous sommes conscients que c’est la planète entière qui est concernée, et qu’elle pourrait finir par détruire cette étrange espèce puissante mais souvent inconsciente, l’espèce humaine.

Nous demandons : « Bénis nous comme un seul par la lumière qui émane de toi » « barHénou KééHad » (fin de la amida, prière « sim chalom »).

Il n’y a pas de bénédiction purement individuelle. Si je souhaite l’emporter sur mon voisin et que lui souhaite l’emporter sur moi, laquelle de nos prières devrait trouver un accomplissement ? Le ‘bon dieu’ devrait- ‘il’ alors mettre en œuvre leur résultante ? L’expression de nos désirs serait annulée, rien ne pourrait se produire. Si au contraire nous formulons des désirs personnels en harmonie avec l’intérêt collectif, ils pourront trouver leur accomplissement. Tel est le sens de la bénédiction. Une fois l’harmonie installée, nos espoirs peuvent devenir des actes constructifs et chaque parcelle de notre énergie trouve sa réalisation. La bénédiction consiste peut-être justement en la capacité de conjuguer harmonieusement nos forces.

Notre liberté évolue donc sur le fil, entre trop d’insatisfactions et trop d’autosuffisance.

Dans ce contexte compliqué, parmi de nombreux penseurs et sages de différentes époques, nous pouvons aujourd’hui mentionner Viktor Frankl.

Lire la suite ici…

Sur le pont étroit de la liberté! – 2 – Dépasser nos peurs (Discours de Kipour 5776)

Voir la première partie: l’étrange épreuve de Selma Baraz

Or, en plus d’être juifs, nous sommes français.

Et je vais parler d’une façon un peu plus sérieuse, et douloureuse même, vous m’en excuserez.
Taux de suicide en France 2e place en Europe, 17e dans le monde (en 2008).
Dans la vision de Jean-Paul Sartre, « l’homme est condamné à être libre… nous sommes seuls, sans excuses ».
C’est une vision lourde à porter.
L’existentialisme a-t-il besoin de la souffrance ? La liberté est-elle forcément liée à la douleur ?

L’insatisfaction a également des vertus.
Un article de The Economist en 2012 faisait le portrait culturel de la France et de sa littérature. La France cultiverait la nostalgie comme une valeur, « bonjour tristesse ! », qui expliquerait le fort taux de suicide en France.
Mais d’après cette article, l’insatisfaction serait également à l’origine d’une créativité et d’une volonté de changement remarquables.

Nous sommes à la fois juifs et français. Est-ce que nous cumulons les risques ?

L’autocritique risque de nous déprimer.
L’autosatisfaction risque de nous endormir.
La liberté est menacée, mise en danger sur ces deux versants.

Elle est menacée par nos peurs, par notre désespoir, par le sentiment d’impuissance qui parfois, s’empare de nous. Lorsque nous observons le monde autour de nous, nos vis, celles de nos proches, les drames qui touchent l’humanité.

Que faire de nos peurs ?

Rabbi NaHman de Bratsalv disait : « Le monde entier est un pont très étroit et le plus important c’est de ne pas avoir peur. » (likouté moharan)

וְדַע, שֶׁהָאָדָם צָרִיךְ לַעֲבר עַל גֶּשֶׁר צַר מְאד מְאד! וְהַכְּלָל וְהָעִקָּר שֶׁלּא יִתְפַּחֵד. כְּלָל

La liberté, c’est de savoir passer d’une rive à l’autre, de ne pas être prisonnier de son territoire géographique.

Abraham est d’abord Ivri, עיברי, celui qui passe, celui qui change de lieu. Au cours de l’histoire, nous avons dû changer de lieu, et nous avons été capable de le faire en gardant notre identité, et en nous adaptant, en renouvelant cette identité en accord avec les cultures environnantes, de Babylone à l’Afrique du nord, d’Erets Israel à la vallée du Rhin.

Changer de rive, c’est prendre un risque. Dieu dit à Avraham, je te grandirai car Abraham court le risque de se perdre (Rachi mentionne trois risques : celui d’avoir moins d’enfants, celui d’avoir moins d’argent et celui de jouir d’une moins bonne réputation).

Mais le jeu en vaut la chandelle car savoir changer de rive, c’est montrer le chemin de la liberté, la possibilité du changement, renforcer ce pouvoir pour nous-mêmes et pour nos proches, et pour tous les autres. L’Eternel ajoute :

« Par toi seront bénies toutes les nations de la terre. » (Gen. 12:1-3)

Sur quelle rive sommes-nous aujourd’hui ? Ce rivage nous convient-il ? Quels précipices physiques ou psychiques voudrions-nous traverser ? Le savons-nous ? Avons-nous même le courage d’y penser ?

Quel soutien pourrions-nous obtenir pour effectuer ces transitions ? Quel est le pont très étroit que nous pourrions traverser ? Qu’est ce qui pourrait nous encourager à ne pas avoir (trop) peur ?

J’interroge ici chacun d’entre nous en tant qu’individu, face à nos défis personnels, mais je nous interroge également en tant que communauté/synagogue en développement, porteuse d’un message particulier. Un message important, profondément ancré dans notre tradition, et qui n’est pas toujours mis en avant comme il le faudrait.

Bienveillance, humanisme, respect de la diversité, engagement juif et engagement citoyen.

Ces valeurs au cœur de notre vision méritent notre investissement, beaucoup de juifs en ont besoin.

Sur quelle rive sommes-nous en tant que communauté ? Quel pont pourrait-il nous permettre de traverser ? Quels ponts construisons-nous ? Quel type d’impact pourrions-nous avoir alors sur les personnes et les groupes et les événements qui nous entourent ? Dans le monde juif et dans le monde civique ?

Enfin, nous souhaitons contribuer également à la liberté de nos proches. Qui dans nos connaissance est en transition autour de nous ? Quel pont pouvons-nous bâtir pour eux ? Parmi nos proches, nos moins proches, ou dans l’actualité du monde ?

Comment renforcer notre conscience ? Par le cri du chofar ? Par l’intensité et la beauté de nos prières ? Est-ce la vision de notre rassemblement de ce soir qui pourra nous encourager à regarder en face le vide de la liberté ?

La liberté est menacée également sur son autre versant.

Elle est menacée par nos satisfactions, l’excès de notre bien-être, notre confort que nous répugnons à quitter. Voire notre inconfort et notre malheur qui nous est devenu confortable.

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Sur le pont étroit de la liberté! – 1 – l’étrange épreuve de Selma Baraz (Discours de Kipour)

A l’approche de Yom Kipour, je commençais à avoir me faire pardonner certaines de mes erreurs et voilà qu’avec cette dracha, tout risque de se compliquer… Je vais parler des mères juives !

Je veux vous parler de Selma Baraz z »l. Selma Baraz était une mère juive, comme vous et moi, comme vous aussi Francis. Nous sommes toutes et tous des mères juives.

Selma Baraz avait un secret. À l’âge 91 ans elle l’a révélé en public, elle a bien dû !

Elle a donné au monde un enfant, un beau garçon, et comme toute mère juive elle s’attendait à ce qu’il devienne médecin. ou à la rigueur dentiste, ou même avocat pourquoi pas… Mais son fils, son gentil James a fait un autre choix.

Il a décidé de devenir prof de méditation. Prof de méditation ! C’est à peine mieux que Rabbin ! Et pour couronner le tout, il a même crée une méthode pour devenir plus heureux « Awakening joy », réveiller la joie. Réveiller la joie !

Quelle mère juive pourrait supporter cela ?

Que pouvait bien faire Selma Baraz dans ces conditions ? Elle a bien dû s’épancher et révéler son secret, en public.

Voici la façon dont elle a ouvert son coeur :

« Mon fils ne vous a pas tout dit de notre relation. Mon fils, a ruiné ma vie. En tant que mère juive, je n’ai jamais pensé que je devrais dévoiler ce secret. Les mères juives sont nées avec certains gènes précieux, qui ne peuvent être acquis, qui peuvent juste être préservés avec beaucoup de précautions, les mères juives sont nées pour se plaindre, on appelle cela kvetching, on trouve toujours une raison de se plaindre, cela aide beaucoup d’avoir un profond soupir, quelques larmes aident également, mais se plaindre, nous devons…

Nous avons une autre qualité, nous nous faisons du mauvais sang pour à peu près tout. Si un enfant ne vient pas, je peux écrire des scénarios sur ce qui a pu lui arriver, des scénarios qu’Hollywood pourrait payer des millions…

Ça a été tellement merveilleux de se plaindre continuellement, d’être inquiète, d’être malheureuse, tout en vivant la vie la plus merveilleuse dont on puisse rêver…

Mais malheureusement avec James, nous avons commencé ce mantra, et chaque fois que je me plaignais, environ toutes les 30 secondes, il m’a dit « pourquoi tu n’ajouterais pas à la fin de chaque phrase « et je sais que je suis absolument heureuse » et nous avons commencé ce jeu et il fonctionne vraiment ! Je le fais ! Je fais cela chaque fois que je me plains et je suis vraiment devenue – oh cela me fait mal de le dire – je suis effectivement devenue une personne plus heureuse ! Je viens de vous délivrer ce terrible secret, mon fils, James, a ruiné toute ma vie. »

Selma est une bonne mère juive. Une très bonne mère juive. A trois niveaux. D’abord, elle respecte la tradition. Elle se plaint, comme elle le doit. Mais ensuite, elle a de l’humour. Elle a du recul vis-à-vis de sa tendance à râler. Et enfin, elle est capable d’évoluer, de faire téchouva.

Mais le discours de Selma Baraz met en lumière un phénomène très important : Le bonheur a un prix.

La liberté a un prix.

Ce prix est un prix élevé.

Devenir plus heureux représente un sacrifice !

La liberté, c’est le choix de traverser, de passer sur l’autre rive, on court le risque du vertige, du vide, en dessous, qui pourrait nous aspirer…

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Poser les bases d’un dialogue sur l’antisémitisme avec nos enfants

Merci aux parents qui sont venus alimenter cette discussion, pour leurs interventions personnelles et pour leur respect des interventions des autres. Vos remarques sont les bienvenues en fin d’article. Surmelin, comme le MJLF en général est engagé dans une volonté d’excellence pédagogique, chacun y est le bienvenu.

Dans le cadre de notre étude du dimanche matin à Ganénou, nous nous sommes demandé comment ouvrir un espace de dialogue pour nos enfants sur le thème de l’antisémitisme.

L’idée est d’abord d’être conscients de l’effet que ce sujet a sur nous et de le travailler en nous. Car nos enfants prennent exemples sur nous, ils seront alarmés comme nous le sommes ou serein à notre image, indifférents ou engagés à notre imitation. Bien sûr, ils ont aussi leur propre façon de vivre les événements de leurs vies, mais qu’ils le suivent ou non, qu’ils s’en inspirent maintenant ou plus tard, nos réactions ont une influence sur eux. Faire le point pour nous-mêmes est donc une première étape essentielle.

Ensuite, la tradition juive nous permet d’anticiper les problèmes douloureux. Tous les ans, nous fêtons Pourim, tous les ans, nous lisons la paracha chémot dans la Torah, tous les ans, nous posons les bases d’une future réaction plus consciente à la problématique de l’antisémitisme. Il est difficile de créer des solutions au moment où les problèmes se posent, surtout s’ils sont douloureux. Il est souhaitable de poser des bases sur lesquelles il sera possible de s’appuyer par la suite, avant même que les problèmes deviennent douloureux. Ces bases, bien sûr, ne doivent pas être mise en place de façon traumatique !

Enfin, une fois ces bases posées, nous pouvons espérer que nos enfants soulèveront ces questions au moment qui leur convient, dans les termes qui sont les leurs, à nous alors d’être prêts à les écouter et à répondre à leurs interrogations, ou à partager nos propres doutes, tout en laissant la porte ouverte à leurs questions futures, à celles qu’ils ne se posent pas encore, et auxquelles nous ne voulons pas répondre trop tôt.

La fête de Pourim est d’abord identifiée à la joie, aux bonbons, au déguisement, puis à la victoire, au bonheur du triomphe du bien et des persécutés. Quand l’enfant grandit, elle est  associée à la question de l’identité, qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal, Mardochée devait-il refuser de se prosterner, Esther devait-elle se cacher, Le bien et le mal sont-ils tellements séparés, pourquoi « boire à Pourim jusqu’à confondre ‘béni soit Mardochée’ de ‘maudit soit hamman’ », etc…

Le début de l’Exode est également un texte passionnant à raconter d’abord de façon « Naïve » avant de construire une réflexion quand l’enfant grandit.

Il y a beaucoup à ajouter, réfléchir à la façon dont cela peut se faire concrètement, en fonction des enfants.

Comment pensez-vous adapter ces réflexions dans votre famille ? Pensez-vous être déjà prêts à le faire ? Comment la communauté peut-elle vous aider ?

Rendez-vous relatifs à cette question :

Prochaine étude ‘Judaïsme un atout pour nos enfants’ à Ganénou : Comment parler de la spécificité de l’identité juive avec nos enfants, Dimanche 14 décembre, 10h10

Cours sur la signification du Talmud dans l’identité juive, Mardi 18 novembre, 20h/21h30, Surmelin

Pourim communautaire, Mercredi 4 mars et jeudi 5 mars, pour plus d’info fiable, référez-vous au « dictionnaire encyclopédique du Judaïsme »

Hanouka première bougie, Mardi 16 décembre, Fête à la communauté vers 18h45

Lecture de la paracha chémot à la syganogue : samedi 10 janvier. Exode début du texte à télécharger

Remonter sur les épaules des géants

Dracha kipour 5775

Plus que 31 ans à tenir.

C’est Ray Kurzweil qui l’a dit.

En 2045, nous serons immortels.

Voilà ce que prétend le trans-humanisme. Il sera possible de transférer les données de notre cerveau. Ce ne sera plus de la science-fiction.

JE pourrai survivre et améliorer mon corps, être une « plus qu’humaine ».

Depuis l’aube des temps, nous luttons pour dépasser nos limitations. Pouvons-nous nous transformer en une humanité « augmentée », améliorée, immortelle ?

Quels seraient les moyens éthiques de le faire ? Lesquels seraient inacceptables ?

C’est une question très difficile pour un juif.

En effet, notre tradition nous enseigne à la fois l’aspiration à l’excellence ET la modération, l’ambition ET la solidarité.

Ainsi,

nous devons agir dans le tikoun olam, la correction du monde,

nous nous considérons (et l’humanité à nos côtés) comme étant dans l’alliance avec dieu, des acteurs de la création,

la circoncision elle-même symbolise l’alliance, c’est-à-dire notre pouvoir sur notre nature, notre devoir de coopération avec notre corps.

Nos actes corporels sont sacrés.

La sexualité ? C’est sacré, à tous les âges, avec ou sans procréation, dans le cadre du travail sur une relation équilibrée avec son propre corps et avec son partenaire.

L’abstinence ? Sacrée aussi, à certains moments, en tant que balancier qui permet au couple équilibriste de ne pas tomber de son fil.

La gourmandise ? C’est sacré, à tel point que nous disons des bénédictions avant de manger.

La faim ? C’est sacré également, aujourd’hui en ce jour de jeune, c’est une bonne chose, une occasion unique de ressentir la faiblesse de nos corps et de comprendre mieux ceux qui l’éprouvent au quotidien.

Le manque nutritionnel est un outil, nous le savons dans nos têtes ce soir, nous le saurons dans nos corps demain soir.

Nos corps nous stabilisent, parfois trop, comme le disent les prophètes, tu as mangé, tu t’es engraissé et tu t’es mis à refuser tes obligations !

Ces gestes quotidiens sont sacrés car ils sont une façon d’agir sur nous-mêmes, sur nos corps, sur notre construction.

Pouvons-nous modifier nos corps ?

Nos corps sont sacrés, oui, parce qu’ils sont à l’image de dieu, porter atteinte à l’intégrité physique de quelqu’un, le frapper, est un blasphème (en plus d’être interdit !). Les tatouages et les piercings sont, disons, déconseillés.

Mais nous avons le droit d’intervenir sur nos corps, nous pouvons être opérés pour protéger notre santé ; plus encore, les téfilines eux-mêmes, lorsqu’ils sont sur nos fronts et sur nos bras, sont le signe volontaire d’une « réalité augmentée » de l’humain, leur empreinte sur nos bras témoigne de notre concentration vis-à-vis de nos valeurs le matin-même, c’est l’affirmation que nous voulons faire entrer en nous autre-chose que ce qui était nous-mêmes.

Et tel est le propre de l’humain, et le miracle de la plastie du cerveau, qui se modifie pour créer des souvenirs, ces souvenirs que nous rouvrons depuis Roch hachana.

Nos vies nous changent, nos fréquentations, nos proches nous changent, le souvenir est une empreinte physiologique, vraiment écrite dans nos corps, ces paroles que je t’ordonne aujourd’hui sont vraiment « gravées dans nos cœurs », comme nous le disons dans le Chéma Israël, c’est-à-dire imprimés dans nos neurones.

Nous nous « augmentons » sans cesse, mais de quelle façon et jusqu’où ?

En tant que juifs, nous ne croyons pas au « satan », aux démonisations. Certaines questions peuvent faire peur mais aucune ne peut être taboue.

Dire que nous sommes responsables de nous faire nous-mêmes, c’est dangereux. Avec quelle limite ? Greffes, implants électronique, transformations génétiques, investissements couteux qui pénalisent les moins fortunés ?

Dire que nous ne sommes pas responsables de nous faire nous-mêmes, c’est dangereux aussi. Nous subissons nos pulsions ? Ce que nous sommes, c’est la faute des autres ? De « dieu » ? De la société ?

Les prophètes ont consacré des pages, des années, et fait des sacrifices personnels incroyables pour s’opposer à chacune de ces deux tendances : l’individualisme en fantasme de puissance, la « soumissionnite » en fantasme d’impuissance.

Ainsi, nous pouvons entendre ce désir d’humanité augmentée, de Ray Kurzweill et y adhérer partiellement certainement,

– puisque tel est l’essence de l’humain, être plus que la nature,

– puisque telle est l’essence du judaïsme, chercher à être un partenaire du Créateur dans la création de nous-mêmes et de notre descendance,

– puisque telle est l’essence du jugement de Yom kipour, nous sommes jugés pour ce que nous avons fait de nous-mêmes.

Nous pouvons adhérer partiellement aux ambitions de Ray Kurzweill mais pas tout à fait à sa façon à lui. Je crois qu’aujourd’hui, Kipour vient nous dire que les transformations, dans la tradition juive, se font en solidarité et en douceur.

Nous avons chacun et chacune commis des fautes, provoqué des dommages à nous-mêmes, que nous devons réparer aujourd’hui.

Mais avons-nous commis des vols, des extorsions, des falsifications, de fausses accusations ? Y a-t-il quelqu’un ici qui soit allé si loin ? Non, n’est-ce pas.

Je ne pense pas avoir rien commis de tel de façon directe, mais la société dans laquelle je vis, certainement. J’ai laissé perdurer un cadre où le vol, la trahison, etc… sont possibles. C’est pourquoi il est justifié de dire le vidoui au pluriel, et de mentionner des fautes que nous ne pensons pas avoir commises. אשמנו בגדנו דברנו דופי.

Le bilan des fautes juif se fait en solidarité.

L’épanouissement parfait selon la tradition juive, viendra quand nous aurons été capables de créer une société sans laissés pour comptes, où chacun et chacune trouvera sa place, et qu’on appelle chez nous, ימות המשיח, les jours du messie.

Et en attendant, nous œuvrons ensemble à créer une synagogue sans laissés pour compte, et toujours plus riche humainement et intellectuellement grâce à la souplesse, à la bienveillance et à l’engagement de tous, merci. Chacun est invité à prendre part à ce grand projet.

Alors, que dire maintenant à propos de Ray Kurzweill, l’informaticien juif transhumaniste ?

Ray Kurzweill est à New york en 1948. Kurt Weill, qui était musicien comme son père, est mort à New-york en 1950.

Kurt Weill suivait aussi d’une certaine façon les traces de son père, qui était Hazan.  Lui qui a composé avec Bertold Brecht avait commencé par écrire un « מה אדיר », chant qui accompagne la rentrée des fiancés lors du mariage juif !

Je dirais alors que j’espère que les générations futures sauront s’appuyer sur le savoir des générations précédentes, comme nous pouvons remonter sur les épaules des géants qu’étaient certains sages du passé, pour voir plus loin.

Evoluer, oui, mais en nous appuyant sur la sagesse du passé.

Dans l’habanéra de Kurt Weill, l’ère messianique se nomme Youkali :

« C’est dans notre nuit comme une éclaircie l’étoile qu’on suit c’est youkali, youkali c’est le respect de tous les vœux échangés, youkali, c’est le pays des beaux amours partagés, c’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains, la délivrance, que nous attendons tous pour demain. »

Aujourd’hui, nous entrons dans cette île, toute petite, de yom kipour, cette île de rencontre avec soi-même, de rencontre avec notre avenir, rencontre avec les autres, rencontre avec la communauté.

Nous entrons dans ce sas de décompression pour 25 petites heures, qui nous mettra en relation notre passé et notre avenir ;

Nous n’avons pas besoin de « tenir » 31 ans avant que notre cerveau soit, éventuellement, enregistré dans un ordinateur.

Nous préférons remettre MAINTENANT nos vies sur le métier à tisser et poursuivre ces 4000 ans de quête d’une relation juste à nous-mêmes, à l’autre, et à nos espoirs pour le monde.

Nous espérons nous installer toujours mieux sur les épaules des géants qui nous ont précédés, et que nos enfants puissent continuer, à notre suite, à voir plus loin encore.

Qui sait ce que, demain, et dans un an, à ce même rendez-vous de Kipour, nous verrons du haut des nouvelles montagnes que nous aurons escaladées !

Qui sait ce que nos enfants y verront, s’ils trouvent des épaules confortables sur lesquelles s’installer ?

צום מועיל,

Que ce jeune nous soit profitable.