Paracha Emor : qui définit l’agenda divin ?

Commençons par un résumé succinct de notre paracha.

L’Éternel demande à Moïse de prescrire aux Cohanim des lois qui leurs sont spécifiques et d’autres lois à propos du service du Temple. Sont évoqués la pureté, le mariage et les défauts physiques des Cohanim, puis des obligations au sujet des sacrifices animaux durant les offices.

Ensuite est présentée la chronologie de ce que seront plus tard les fêtes juives. Des indices précis nous permettent de reconnaître Pessah, Chavouot, Roch Hachana, Yom Kipour et Soukot.

La paracha se termine sur un incident au cours duquel L’Éternel est blasphémé et le coupable condamné.

Cependant deux versets attirent tout particulièrement notre attention, les versets 23:1 et 23:2 Ils nous intriguent au point d’être l’objet de notre commentaire de paracha.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Emor du sefer Vayikra (Lévitique) 21:1 à 24:23 et la définition de l’agenda divin

Le temps ne doit pas seulement s’écouler dans notre tradition. Il en est la structure. Le rythme des Chabatot, des fêtes, du cycle de la vie nous inscrit dans une réflexion et une progression permanentes.

Qui fixe ces moments, ces événements et ces rencontres dans le temps ? Le plus simple serait de penser que c’est l’Éternel. C’est en partie vrai, par exemple pour le Chabat. Mais on considère, dans la paracha Emor, que nous aussi , nous fixons le temps.

Vayikra 23:1 à 23:2. L’Éternel parla ainsi à Moïse:..« Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: les solennités de l’Éternel, que vous devez annoncer et célébrer sont des rassemblements sacrés. Les voici, mes solennités:.. »

Donc, il semble que ce soit nous qui définissions, en grande partie, l’agenda de l’Éternel.

La Michna Roch Hachana confirme cela avec une histoire surprenante, mais édifiante, qu’il est nécessaire de relater.

Cette histoire aborde le principe de la fixation du temps, en particulier du jour de début de mois, par le tribunal rabbinique. (C’est ainsi que cela se passait à l’époque de la rédaction de la Michna.)

Il faut savoir que le mois débute quand la lune recommence son cycle. Des témoins venaient alors de tout Israël annoncer la réapparition de la lune au tribunal rabbinique qui en déduisait le jour de passage à un nouveau mois.

Un jour ce fut le cas, et un Rabbin éminent, Raban Gamliel reçut ces témoins. Il annonça le jour de début de mois et, par raisonnement, la date de Yom Kipour. Cependant, certains Rabbins se mirent à contester et prétendirent que les témoins n’étaient pas dignes de foi. Selon eux Rabban Gamliel n’annonçait donc pas la bonne date de Yom Kipour.

Alors, Rabi Akiva intervint pour éteindre la contestation et cita le verset 23:2 de la paracha Emor. Il dit à l’assemblée : Raban Gamliel s’est peut-être trompé mais d’après la paracha Emor c’est nous qui fixons le temps. Même si Raban Gamliel s’est trompé, le temps de Yom Kipour qu’il a indiqué sera le juste moment de sa célébration, même si ce temps n’est pas en accord avec le temps cosmique. Le temps humain retenu par consensus à beaucoup plus d’importance que le temps cosmique.

Cette histoire a délivré un enseignement primordial. A tel point que l’on dira ensuite que l’autorité de tout beth din (tribunal rabbinique) est égale à celle du beth din de Moïse.

A la suite de cette prise de décision, Raban Gamliel ordonna à Rabbi Yoshoua de se soumettre à sa décision. Rabbi Yoshua devrait ainsi célébrer Yom Kipour à la date prévue par le Beth Din de Rabban Gamliel, et non à la date qu’il pensait lui-même être exacte. Pour s’assurer de cette obéissance, Rabban Gamiliel convoqua Rabbi Yoshoua, en ce même jour de « Yom Kipour dissident ». Rabbi Yoshua dut ainsi prouver qu’il considérait ce jour comme n’étant pas réellement Yom Kipour, mais un jour ouvré classique.

Rabban Gamliel l’accueillit avec ces mots : « Merci d’être venu, toi qui est mon maître et mon élève. Mon maître car tu avais certainement raison et mon élève car tu as respecté mon autorité et accepté un accord. »

Dans notre tradition, le temps sacré est une co-construction entre l’humain et le divin. Il n’est pas simple de définir les modalités de sa mise en oeuvre.

Qui définit l’agenda divin ? C’est bien nous, comme le dit la Torah. L’Eternel nous a donné ce privilège. Nous avons, de plus, le pouvoir de sacraliser le temps. A chaque Chabat, à chaque fête et même à chaque instant de notre vie, nous le sanctifions.

N’oublions pas que fixer le temps engage notre responsabilité et nous oblige à assumer les conséquences de nos choix.

Paracha PinHas : le meurtre politique est-il une solution ?

La violence traverse le temps, les sociétés, les cultures et sous diverses formes elle s’impose à nous.

En ce jour de jeûne du 17 Tamouz, nous sommes particulièrement sensibles à ces problématiques.

Elle peut être physique, verbale ou psychologique. Son caractère est protéiforme. Quand on cherche à la stopper quelque part, elle surgit ailleurs sous un autre aspect. Aucun dispositif permettant d’éradiquer totalement la violence (au moins physique) n’a encore été trouvé.

Comment doit-on se comporter face à la violence ? Peut-on la justifier ? Est-elle une caractéristique du genre humain à laquelle nous n’échapperons jamais ? Le meurtre politique en est un type particulier. Peut-il être considéré comme un acte légitime et approprié, pour contrecarrer des troubles graves dans une société ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La lecture de la Torah nous invite à réfléchir à ce sujet; en particulier la lecture de la fin de la paracha Balak et celle de la paracha PinHas (Sefer Bamidbar 25:10 à 30:1)

Bamidbar 25:1 à 25:3. « Israël s’établit à Chittîm. Là, le peuple se livra à la débauche avec les filles de Moab. Elles convièrent le peuple à leurs festins idolâtres; et le peuple mangea, et il se prosterna devant leurs dieux. Israël se prostitua à Baal-Péor et le courroux de l’Éternel s’alluma contre Israël. »

Selon le Talmud Sanhédrin, le prophète Balhaam, dépité par ses échecs précédents, a donné comme conseil aux ennemis des enfants d’Israël de viser leur point le plus faible, la sexualité. Ainsi, les filles de Moab et de Midian sont allées les séduire et les contraindre, pour qu’ils puissent continuer à profiter de leurs faveurs, à adorer le Dieu Péor.

L’Éternel très en colère de ces agissements s’adresse à Moïse :

Bamidbar 25:4. « Et l’Éternel dit à Moïse: prends tous les chefs du peuple et fais les pendre au nom de l’Éternel, à la face du soleil, pour que la colère divine se détourne d’Israël. »

Moïse obéit et les coupables sont tués, mais un événement inimaginable se produit :

Bamidbar 25:6. « Cependant, quelqu’un des Israélites s’avança, amenant parmi ses frères la Midianite, à la vue de Moïse, à la vue de toute la communauté des enfants d’Israël. »

Pour provoquer les autorités, un enfant d’Israël nommé Zimri et sa compagne Midianite nommée Cozbi, décident de pratiquer l’acte sexuel en public. Moïse stupéfait ne sait que faire. PinHas, un prince d’Israël, réagit à sa place.

Bamidbar 25:7 à 25:8. « A cette vue, PinHas…se leva du milieu de la communauté, arma sa main d’une lance, entra sur les pas de l’Israélite dans la tente, et les transperça tous deux…aux parties génitales; et le fléau cessa de sévir parmi les enfants d’Israël. Et ceux qui moururent du fléau furent vingt quatre mille. »

PinHas, en commettant un meurtre, stoppe la dérive du peuple d’Israël. Il sauvegarde son unité et, par-dessus tout, sauvegarde l’alliance avec l’Éternel dans le cadre de son institution. Par un acte d’une extrême violence, PinHas devient un personnage central de l’histoire d’Israël. Pour lui signifier sa reconnaissance, Dieu interpelle Moïse :

Bamidbar 25:10 à 25:13. « PinHas…a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël, en se montrant jaloux de ma cause au milieu d’eux…C’est pourquoi, tu annonceras que je lui accorde mon alliance de paix. Lui et sa postérité après lui posséderont, comme gage d’alliance, le sacerdoce à perpétuité. »

Dieu noue une alliance de paix avec PinHas. Pour concrétiser cette alliance, il décide d’ordonner prêtres d’Israël PinHas et sa descendance. Ainsi, Dieu manifeste sa volonté de voir la paix et la reconstruction de la communauté se substituer à la violence. Dieu a, apparemment, approuvé l’acte de violence de PinHas en de telles circonstances exceptionnelles. Cette approbation est très difficile car elle soulève une question délicate: quand la violence est-elle acceptable? Est-elle même acceptable? Où commence et où s’arrête la « légitime défense »? Nous y reviendrons dans la conclusion de notre commentaire.

Dieu ordonne alors à Moïse et à Eléazar de dénombrer les forces vives d’Israël :

Bamidbar 26:1 à 26:2. « Et, à la suite de la mortalité due au fléau, l’Éternel dit à Moïse et à Eléazar…: faites le relevé de la communauté entière des enfants d’Israël, depuis l’âge de vingt ans et au-delà, par familles paternelles, de tous ceux qui sont aptes au service armé… » 

Puis l’Éternel demande à Moïse de gravir la montagne pour contempler la terre promise qu’il n’atteindra jamais, et lui annonce sa fin proche.

Bamidbar 27:12 à 27:13. « …monte sur cette hauteur des Abarim, pour contempler le pays que j’ai donné aux enfants d’Israël. Quand tu l’auras contemplé, tu iras rejoindre tes pères… »

Josué est désigné successeur de Moïse :

Bamidbar 27:15 à 27:18. « Alors Moïse parla à l’Éternel en ces termes: que l’Éternel…institue un chef sur cette communauté…Et l’Éternel dit à Moïse: fais approcher de toi Josué, fils de Noun, homme animé de mon esprit, et appose ta main sur lui. »

Dieu veut savoir sur qui il peut compter, parmi les enfants d’Israël, pour un nouveau départ.

Ensuite, le rite des offrandes au Temple, lieu fédérateur du peuple, est redéfini. L’instauration et la programmation des grandes fêtes, moments de rassemblement et de recueillement, sont réalisées.

Bamidbar 28:16 à 30:1. « Au premier mois, le quatorzième jour de ce mois, la Pâque sera offerte à l’Éternel. Et le quinzième jour du même mois, c’est fête. Durant sept jours vous mangerez des azymes…Au septième mois, le premier jour du mois, il y aura pour vous un saint rassemblement. Vous ne ferez aucune œuvre servile. Ce sera pour vous le jour du son du Chofar…Et au dixième jour de ce septième mois, il y aura pour vous un saint rassemblement et vous mortifierez vos âmes… »

Un nouveau cadre est institué afin que soient traités avec calme, sérénité et sans violence physique les événements futurs.

Le message délivré par la paracha PinHas et dont nous devons nous inspirer :

Encore aujourd’hui, le recours à la violence est le seul moyen de résolution de certaines situations dangereuses. Cela doit s’arrêter. Ayons la volonté de mettre en place un cadre, un dispositif, non belliqueux et juste, de règlement des conflits et des drames.

La Torah écrite comme la Torah orale insistent en permanence sur l’importance de la justice; l’établissement d’un système juridique est même l’une des 7 lois universelles données à Noé selon les rabbins. PinHas trouve sa place dans le cadre sacerdotal, en tant que prêtre, qui doit établir une « alliance de paix » et un rituel qui unit et offre un cadre de résolution des conflits. Les conflits trouvent une solution juridique au tribunal, et une solution « psycho-sociale » dans les rituels du temple.

Nous sommes encore à la recherche de ce cadre idéal de non recours à la violence. Nous ne l’avons pas encore trouvé et pourtant, rationnellement, il existe. Nous devons persévérer. La concrétisation de ce cadre ne dépend que de nous. C’est peut-être ce cadre idéal que l’on appelle « civilisation ».

Un SimHat Torah pédagogique!

L’année scolaire s’est achevée, avec ses malédictions, les vacances commencent, avec leurs bénédictions! (voir « aHot Kétana », cette magnifique prière d’entrée dans l’année nouvelle juive).
Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.
Comment profiter des vacances?

Nous avons vu dans un précédant article comment les vacances peuvent permettre de mettre en place de bonnes habitudes pour l’année à venir.

L’installation de ces façons joyeuses de fonctionner pour soi-même et pour les autres est soutenue par les fêtes de Tichri.

Le changement peut faire peur. La pensée et la pratique juives nous invitent à le considérer d’une façon positive, à le prévoir et à l’accompagner, à l’anticiper tout en restant flexibles.
Les fêtes de Tichri soutiennent la mise en place des valeurs et des bonheurs que nous voulons partager avec nos enfants.

Comment transmettre notre amour du questionnement à nos tout petits? Comment faire aimer les livres à nos plus jeunes qui ne savent pas encore lire? La fête de SimHat Torah donne une expression très concrète à notre amour de l’étude et du questionnement existentiel.

SimHat Tora incarne l’importance de la joie dans notre tradition. La joie à son paroxysme est associée au livre. Chanter, danser, vivre physiquement notre attachement à la tradition intellectuelle d’Israël est important.
Pour les plus jeunes, les vecteurs concrets et physiques sont la meilleure porte d’entrée dans l’amour de la tradition.

Comme l’année dernière, nous ouvrirons intégralement le sefer torah, chacun contribuera à le tenir ouvert. Cet acte est un message puissant de l’importance d’être ensemble pour savoir « lire » le message de la torah.
Il symbolise le fait que chacun a sa part, sa place et son importance.

Nous effectuerons également des danses Klezmer. Ces danses ont la particularité d’être accessibles à tous et de permettre des figures surprenantes et réjouissantes, de créer un bonheur d’être ensemble.

A titre familial, on peut prévoir d’acheter des livres à offrir à nos enfants à cette occasion, on peut leur faire apprendre les bénédictions de montée à la torah ou certains chants que nous reprendrons ensemble à la synagogue.

SimHat Torah, pour les enfants, c’est la fête des bonbons, des drapeaux et des danses.
Pour les adultes, c’est l’occasion de raviver une joie simple tout en s’interrogeant sur ce qu’est la joie et ce qu’est la vie qui passe, comme nous y invite le livre de l’ecclésiaste.

D’un point de vue pédagogique SimHat Torah (et soukot), sont les premières fêtes juives, car elles sont accessibles à tous les âges et placent le plaisir d’être ensemble au premier plan.

N’hésitez pas à partager vos idées pédagogique autour de cette fête merveilleuse…

Les vacances – Une étape décisive!

L’année scolaire s’est achevée, avec ses malédictions, les vacances commencent, avec leurs bénédictions! (voir « aHot Kétana », cette magnifique prière d’entrée dans l’année nouvelle juive).

Chaque étape de la vie est l’occasion d’intégrer de nouvelles pratiques susceptibles de nous rendre la vie plus belle.

Comment profiter des vacances?
Ces moments de tranquillité permettent de renforcer les liens familiaux et filiaux, de mettre en place de bonnes pratiques relationnelles qui renforceront la base d’amour si fondamentale pour que nous soyons en mesure de guider nos enfants tout au long de l’année.

Au cours de nos réflexions de ce matin, au cours « Le judaïsme, un atout pour l’avenir de nos enfants », nous avons envisagé deux directions.

1 – peaufiner le quotidien…
La première et de profiter du calme des vacances pour mettre en place des éléments pédagogiques et des habitudes de vie auxquelles nous aspirons. D’un point de vue juif, on peut commencer un allumage des bougies du chabbat, apprendre quelques chants à partager à cette occasion, commencer à lire un livre qui raconte la paracha de la semaine… On peut chaque semaine prévoir un temps pour chercher un jeu de société à ouvrir et à tester spécialement le chabbat suivant. Ces jeux pourront ensuite marquer joyeusement les chabbatot tout au long de l’année à venir. On peut profiter de l’été pour préparer des sets de tables spécifiques pour chacune des fêtes juives à venir, apprendre des chants, adopter des défis pour réviser son hébreu…

2 – se préparer à une transformation téchouvatesque!
La seconde façon de mettre à profit les vacances consiste à préparer plus spécifiquement les fêtes de Tichri. Roch hachana, Kipour, Soukot et SimHat Torah sont des fêtes de fondation et de re-fondation, sur lesquelles on peut s’appuyer sans modération !
Ces fêtes permettent un renforcement entre les valeurs de la maison et les valeurs de la culture juive. Ce n’est pas simplement nous qui demandons à nos enfants de travailler leurs qualités humaines. C’est la communauté juive dans son ensemble qui s’inscrit dans un processus de Téchouva, de retour à soi-même, de culture du meilleur de soi-même.

Les notions de Tichri peuvent sembler abstraites. Pourtant, chaque âge a sa propre porte d’entrée dans cette belle dynamique. Nous étudierons cela au fil des semaines à venir…

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Par ailleurs, toutes les idées sont les bienvenues ici, n’hésitez pas à les partager, je serai toujours heureuse de vous répondre…

D’ici-là, très bons préparatifs pour vos vacances à venir, pour qu’elles soient fondatrices de bons moments à prolonger tout au long de l’année…