Paracha Tsav : que symbolise le sang ?

Dans la tradition juive, le sang représente l’âme de la vie, et la vie est sacrée. Ceci explique pourquoi il nous est rigoureusement interdit de consommer le sang de tout être vivant.

Cette interdiction est incluse dans les lois NoaHides, dans la Loi Mosaïque, et dans la Halakha, la Loi juive dans ses évolutions historiques et actuelles.

Le sang représente la vie, et pourtant le sang inspire très souvent de la répulsion. Est-ce parce que l’écoulement de sang est en rapport avec la mort, ou pour d’autres raisons ?

Par ailleurs, le sang ne symbolise-t-il que la vie biologique dans la tradition juive ?

 Réfléchissons à ces questions en lisant la paracha Tsav.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La Paracha Tsav du sefer Vayikra (Lévitique) 6:1 à 8:36 et la symbolique du sang

Notre paracha décrit l’utilisation du sang dans la consécration du Temple (le michkan), et des prêtres (les Cohanim), que sont Aaron et ses fils.

Vayikra 8:30. Alors Moïse prit de l’huile d’onction et du sang qui était près de l’autel et en fit l’aspersion sur Aaron et sur ses vêtements, puis sur ses fils et sur les vêtements de ses fils. Ainsi il consacra Aaron et ses vêtements, et avec lui ses fils et les vêtements de ses fils.

Que signifie l’utilisation du sang dans cette consécration ? Que signifie-t-elle dans la tradition juive et pour l’humanité toute entière ?

Il y a une notion d’interdit autour du sang. Le sang est associé à la vie, mais aussi à la mort. Rappelons que dans les textes bibliques, le mot « sang » est souvent utilisé pour désigner le « meurtre »; une métonymie qui prend sa source dans le récit de l’assassinat de Abel par Caïn.

Béréchit 4:10. Dieu dit: « Qu’as-tu fait ? Écoute ! Le sang de ton frère crie du sol vers moi. »

Il est écrit dans le Lévitique, qu’après avoir égorgé un animal nous devons mettre son sang hors de vue, l’ensevelir, le recouvrir de terre ou de sable. Le sang est un attribut particulier de l’animal que nous ne devons pas nous approprier.

Nous avons le devoir de respecter les animaux dont nous mangeons la chair. Il est prescrit dans le Judaïsme d’assurer au mieux le bien-être des animaux en cours d’élevage et de leur donner la mort en les vidant de leur sang le plus rapidement possible; le reliquat de sang étant ensuite éliminé par absorption par le sel.

Entre autres symbolisations, le sang représente la catastrophe et la mort. La première des dix plaies d’Égypte, qui a permis la fuite des hébreux soumis à l’esclavage, a été la transformation de l’eau du Nil en sang.

Chémot 7:17 à 7:18. Ainsi parle l’Éternel: « Voici qui t’apprendra que je suis l’Éternel ! Je vais frapper, de cette verge que j’ai à la main, les eaux du fleuve et elles se transformeront en sang…Les poissons du fleuve mourrons, le fleuve deviendra infect et les Égyptiens renonceront à boire de son eau. »

Toutefois, le sang ne représente pas seulement l’aspect morbide de l’existence, dont nous devrions nécessairement nous démarquer. Le sang symbolise aussi la vie, en ce qu’elle a de sacré, et la fertilité.

L’arrivée des règles chez les jeunes filles est le point de départ de l’engendrement. Lors d’un accouchement, l’enfant voit le jour pendant que le sang se répand.

Le sang évoque le passage de la vie à la mort, comme le passage de la mort à la vie. L’esclavage peut-être assimilé à la mort, et la vie à la liberté.

Peu avant leur sortie d’Égypte, les enfants d’Israël se sont différenciés de l’ensemble de la population en badigeonnant le linteau des portes de leurs demeures de sang d’agneau. C’est ainsi qu’ils ont échappé à la dixième plaie d’Égypte, l’immolation des premiers nés.

Ce sang au linteau des portes est à l’origine de la mézouzah (מזוזה) actuelle apposée à l’entrée des maisons et des pièces. Le sang a été remplacé par l’écrit, l’écrit des rouleaux de parchemin introduits dans les mézouzot.

Citons aussi la brit milah (בְרִית מִילָה), la circoncision des nouveaux nés mâles à l’âge de huit jours. Brit milah, veut dire en français « alliance par la circoncision ». Il se produit pendant cette opération un écoulement symbolique de sang qui marque l’entrée de l’enfant dans l’Alliance et l’éducation juive.

Revenons à notre paracha. Moïse a consacré Aaron et ses fils, les premiers Cohanim, par l’aspersion d’un mélange d’huile et de sang sur leurs corps et sur leurs vêtements de prêtres. Le sang apparaît ici comme un symbole de sanctification nécessaire au sacerdoce.

Lisons la suite :

Vayikra 8:33 à 8:34. « Et vous ne quitterez pas le seuil de la Tente d’assignation durant sept jours, jusqu’au terme des jours de votre installation: car votre installation doit durer sept jours…Comme on a procédé en ce jour, l’Éternel a ordonné qu’on procède encore, pour achever votre propitiation. »

Après les avoir consacrés, Moïse ordonne aux Cohanim de se tenir sept jours et sept nuits à l’entrée de la Tente d’assignation afin qu’ils se préparent à l’accomplissement de leur mission sacrée.

L’humanité, dans son ensemble, accorde beaucoup d’importance au sang sur le plan religieux, ethnique, politique, sociétal, scientifique, médical… Pour tous les peuples, le sang, qui est le vecteur de la vitalité, incite au respect.

Le sang est également une composantes des sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués à la période de Moïse et pendant es périodes du premier et du deuxième temple. C’est ici l’occasion de parler du sacrifice d’Isaac qui a été un non-sacrifice et de souligner l’abomination que représente le sacrifice rituel humain pour les Juifs de toutes les époques.

Le sang est donc un symbole à multiples facettes. Il nous renvoie fondamentalement aux grandes transitions de nos vies et nous invite à nous souvenir que notre vie est précieuse et sacré, dans chacune des minutes qui la compose.

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Paracha Michpatim : faut-il obéir aveuglément ?

Parlons de l’obéissance. Obéir, c’est accepter de se soumettre à une autorité qui peut revêtir des formes diverses : une loi, un accord, une nécessité sociale, une personne, un groupe humain, une entité irrationnelle.

Quand il ne s’agit pas de se plier à un phénomène naturel ou de céder à des pulsions incontrôlables, l’obéissance est consentie.

Si l’individu obéit, c’est qu’il reconnaît l’autorité à laquelle il se soumet. L’obéissance implique donc la légitimité de cette autorité.

Cependant, l’obéissance n’est pas acceptable en certaines circonstances. C’est le cas de l’obéissance aveugle. Celui qui obéit aveuglément abandonne toute résistance et esprit critique et franchit les limites de la raison; au point d’accepter, parfois, de commettre des actes en contradiction avec ses convictions.

La paracha Michpatim nous montre les enfants d’Israël écoutant les décisions de justice de l’Éternel auxquelles ils devront se plier. Quelle sera leur réaction ?

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La paracha Michpatim du sefer Chémot (Éxode) 21:1 à 24:18 et la façon d’obéir des enfants d’Israël

« Michpatim » (מִּשְׁפָּטִים) signifie « sentences » ou « décisions de justice ».

Chémot 21:1. « Et voici les décisions de justice que tu devras leur exposer. »

Dieu dicte à Moïse les lois élémentaires auxquelles les enfants d’Israël devront se conformer. Il charge Moïse de les leur faire connaître. Se posera alors, la question de l’obéissance à ces lois.

Voyons les choses simplement. Quand Dieu édicte une loi, cette loi est à respecter par principe. Une loi prescrite par l’Éternel, créateur du monde et de l’humanité, devrait être parfaite par définition. Venant du Maître de l’univers, elle est forcément contraignante. C’est ce que l’on devrait croire, mais cela ne se passe pas tout à fait ainsi avec les enfants d’Israël.

Dans le verset 24:7 de la paracha Michpatim, apparaît une expression importante prononcée par les enfants d’Israël.

Chémot 24:7. Et il prit le livre de l’Alliance, dont il fit la lecture au peuple. Alors, ils dirent: « Tout ce qu’a prononcé l’Éternel, nous le ferons et nous le comprendrons. »

« Naasséh vénichma » (נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע), « nous ferons et nous comprendrons », est l’expression importante à relever. Les hébreux accepteraient-ils d’obéir immédiatement à Dieu et après, seulement, de chercher à comprendre ensemble le sens de ses paroles ?

C’est souvent ainsi que cette expression est interprétée. Son importance relève du fait que si nous obéissons à Dieu, sans nous interroger collectivement avant d’agir, chacun de nous a une version personnelle du sens des paroles de Dieu. Certains d’entre nous sont tentés d’imposer leur version à tous les autres. Le risque est le glissement progressif vers le totalitarisme et ses débordements.

Que signifie exactement l’expression « naasséh vénichma » ?

Remarquons qu’elle apparaît dans la paracha Michpatim et non dans la parachat Yitro, celle qui cite un événement primordial : la transmission des Dix Paroles par l’Éternel aux enfants d’Israël. Nous trouvons dans la paracha Yitro une expression très proche, mais différente.

Chémot 19:8. Après cela, tout le peuple répondit d’une voix unanime: « Tout ce qu’a dit l’Éternel, nous le ferons ! »…

En hébreu, dans ce verset, il est écrit seulement « naasséh » (נַעֲשֶׂה), « nous ferons », et non « naasséh vénichma » (נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע), « nous ferons et nous comprendrons ». Nous ne percevons, dans ce verset, que l’acceptation de l’obéissance. Mais réfléchissons un peu. Très souvent le peuple juif répond à une volonté de Dieu par « naasséh ». La volonté de comprendre, « vénichma », est en général sous entendue dans la tradition juive. « Nous comprendrons » est inclus dans l’Alliance.

Le Rabbin PinHas Péli (1930-1989) a fait, à ce sujet, un commentaire très intéressant dans un ouvrage intitulé « La Torah aujourd’hui ». Cet auteur part du principe que les enfants d’Israël sont en échange constant avec Dieu. Dieu demande, en permanence, aux enfants d’Israël de chercher à comprendre puis de faire ce qu’il préconise; et les enfants d’Israël rétorquent en permanence à Dieu, qu’il n’a pas à s’inquiéter, que tout sera fait comme il le désire; leur volonté de comprendre étant tacite.

Selon le Rabbin PinHas Péli, la réponse « naasséh » (nous ferons) est récurrente dans le langage biblique. Dans la Torah, seule la paracha Michpatim contient une formule de compromis : « naasséh vénichma » (nous ferons et nous comprendrons). Il se peut que l’Éternel eut préféré une formule du type : « nous comprendrons et nous ferons ».

Cette caractéristique de la croyance juive est capitale. Nous devons certainement croire en quelque chose, mais nous devons aussi chercher à comprendre ce à quoi nous croyons. L’étude, la réflexion, l’interprétation, le jugement, la prise en compte de l’avis d’autrui sont inhérents à la croyance juive et à la façon d’agir qui en découle. L’existence du Talmud en est la preuve.

Quand la Torah a dit « naasséh vénichma », le Talmud a ajouté : 600 000 anges sont venus récompenser les enfants d’Israël, à la fois de leur enthousiasme à la réalisation, et à la fois de leur volonté d’analyse, de compréhension et d’actualisation de l’interprétation de la Torah.

Il en sera toujours ainsi dans le Judaïsme, dont un des fondements est l’Alliance, donc l’accord entre Dieu et son peuple: Il est bon de croire, mais il n’est pas question de croire et d’obéir aveuglément !

Paracha Chémot : l’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Nous ouvrons le deuxième livre de la Torah, le livre de l’Éxode, sefer Chémot en hébreu. Chémot (שְׁמוֹת) signifie les noms, les sens, les lignées, les recensements; en particulier les recensements des personnes qui ont contribué, de façon remarquable, à la constitution du peuple Juif.

Le livre de l’Éxode décrit trois grands événements : la sortie d’Égypte des enfants d’Israël, l’Alliance scellée entre Dieu et son peuple et la construction du Sanctuaire.

Sa première paracha, la paracha Chémot, aborde la question de l’esclavage des hébreux, la tyrannie de Pharaon, et l’apparition de Moïse dans des circonstances très singulières.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Chémot du sefer Chémot (Éxode) 1:1 à 6:1 et la puissance des alliances féminines

Les recensements des grandes figures de l’Alliance et de l’histoire d’Israël citent surtout des personnages masculins. Pourtant, de nombreuses femmes ont joué un rôle décisif en ce domaine. La paracha Chémot en fait la démonstration.

Cette paracha nous présente un Pharaon, successeur de celui qui a accueilli Joseph et sa famille avec bienveillance, qui condamne les hébreux aux travaux  forcés puis tente de les détruire, en tant que peuple, par l’élimination des nouveaux-nés mâles, dès leur venue au monde.

Chémot 1:11 à 1:16. Et on imposa à ce peuple des chefs de travail forcé afin de l’accabler de labeur. Il dut bâtir pour Pharaon des villes d’entreposage, Pithom et Ramsès…Mais, plus on opprimait ce peuple, plus il se multipliait…et les Égyptiens éprouvèrent pour lui de l’aversion…Alors, le roi d’Égypte  fit venir les accoucheuses hébreues qui se nommaient, l’une Chifrah, l’autre Pouah…Il leur dit: « Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous regarderez le sexe de l’enfant: si c’est un garçon, faites-le mourir, si c’est une fille, laissez-la vivre. »

Ces versets citent deux personnages féminins, les sages-femmes hébreues, dont nous reparlerons.

Une autre figure féminine, qui nous accompagnera tout au long de la Torah, apparaît très vite. C’est Myriam la prophétesse, sœur d’Aaron, qui réussit à convaincre ses parents, Amram et YoHéved, de concevoir un troisième enfant. Il sera nommé  » Moïse « .

Moïse n’est pas tué à sa naissance, malgré les exigences de Pharaon, car les deux sages-femmes hébreues, Chifrah et Pouah, désobéissent à ses ordres.

Chémot 1:17. Mais les sages-femmes craignaient Dieu. Elles ne firent pas ce que leur avait demandé le roi d’Égypte, et laissèrent vivre les enfants hébreux mâles.

Myriam convainct sa mère YoHéved de donner naissance à Moïse, Chifrah et Pouah l’épargnent, elles transmettent le relais à une autre héroïne de la paracha, Batiha (בִּתְיָה), la fille de Pharaon.

Chémot 2:3 à 2:6. [YoHéved] ne pouvant le cacher plus longtemps, lui prépara un berceau de papyrus qu’elle enduisit de bitume et de poix. Elle y plaça l’enfant et le déposa dans les roseaux, sur la rive du fleuve…Sa sœur [Myriam] se posta à distance pour voir ce qu’on ferait de lui…Cependant, la fille de Pharaon [Batiha] descendait pour se baigner dans le Nil, ses servantes la suivant sur la rive. Elle aperçut le berceau parmi les roseaux et envoya une servante le prendre…Elle ouvrit le berceau et y vit l’enfant qui pleurait. Elle eut de la compassion pour lui, tout en disant: « c’est l’un des enfants des hébreux. »

Batiha sauve Moïse des eaux et décide de l’adopter. Elle demande à YoHéved, par l’intermédiaire de Myriam, d’allaiter le petit garçon et de le lui rendre ensuite.

Chémot 2:7 à 2:10. Sa sœur [Myriam] dit à la fille de Pharaon: « faut-il aller trouver une nourrice, parmi les femmes hébreues, qui allaitera cet enfant? »..La fille de Pharaon lui répondit: « Va. » Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant…La fille de Pharaon dit à celle-ci: « emporte cet enfant et allaite-le moi, je t’en donnerai un salaire. » La femme prit l’enfant et l’allaita…L’enfant devenu grand, elle le rendit à la fille de Pharaon et il devint son fils. Elle lui donna le nom de Moïse en disant: « c’est que je l’ai tiré des eaux. »

Une véritable boucle d’alliances féminines s’est formée, pour donner la vie à Moïse et le prendre en charge. Ainsi, Moïse reçoit à la fois l’éducation juive par sa mère naturelle, YoHéved, et l’éducation égyptienne, qui lui sera précieuse par la suite, par la fille de Pharaon, Batiha.

Quel rôle ont joué les personnages de sexe masculin dans cet événement ? Rien de glorieux au départ. C’est d’abord Pharaon qui fait le mal et veut détruire, puis Amram, le père de Myriam, qui, selon le Talmud Sota (12b) décide de se séparer de YoHéved, peu après l’annonce des décisions de Pharaon. Pire encore : Amram est une personnalité respectée de la communauté Israélite, en conséquence tous les maris choisissent de l’imiter, et se séparent de leurs épouses. L’alliance se rompt alors entre les hommes et les femmes.

L’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Amram se rattrape en acceptant d’écouter sa fille, Myriam. Myriam lui dit qu’en ne voulant plus faire d’enfant, il entre dans le jeu de Pharaon : tous les nouveaux-nés disparaîtront, masculins comme féminins. Myriam le critique aussi, très fortement, en affirmant que le décret de Pharaon n’est encore qu’au stade du risque, un risque très grand, mais seulement un risque pour le moment, alors que sa décision va au-delà des espérances de Pharaon en aboutissant à l’anéantissement du peuple hébreu en Égypte.

La grandeur d’Amram est d’abord d’avoir écouté les reproches de sa fille, puis d’avoir fait preuve d’humilité en reconnaissant ses erreurs de jugement et de comportement. Au point d’aller au devant de YoHéved afin de se faire pardonner en la reprenant pour épouse. Les autres maris hébreux en feront tout autant.  L’alliance entre les hommes et les femmes Israélites est restaurée. Moïse naîtra du renouveau de ces liens dans la continuité.

La paracha Chémot nous a montré la force d’une alliance entre femmes de conditions différentes, de peuples différents et surtout de rangs sociaux différents : une princesse égyptienne, Batiha, a accepté de tendre la main à des esclaves hébreues pour sauver un enfant inconnu d’elle. La sensibilité de ces femmes a bousculé des barrières qui se révèlent être de peu de poids à posteriori.

Cette alliance féminine a permis de rétablir l’alliance hommes-femmes, nécessaire à la vie matérielle comme à la vie spirituelle du peuple.

La mise en oeuvre du concept d’alliance s’exprime dans tous les domaines: il s’agit de considérer tous les êtres humains comme nos alliés. Les discriminations hommes-femmes, riches-pauvres, élites-esclaves, ou les discriminations religieuses n’ont pas de légitimité dans cette approche, car c’est ensemble que nous pouvons « sauver Moïse » et contribuer à construire une société de liberté.

À l’occasion de l’entrée en scène de Myriam la prophétesse, nous vous suggérons de lire un ouvrage intitulé « Les cinq livres de Myriam » (The five books of Myriam). Ellen Frankel y met en scène des personnages féminins traditionnels et leur donne la parole pour exprimer leur compréhension de la Torah.

Paracha VayichlaH : quelle est la recette de la paix ?

Il y a plus de vingt ans, sur les conseils pressants de sa mère Rébecca, Jacob quittait Béer-shéva pour rejoindre la ville de Haran où résidait son oncle Laban.

Jacob a pris pour épouses Léa et Rachel, les filles de Laban. Il est père de nombreux enfants dont les mères sont Léa et Rachel, ainsi que leurs servantes, Zilpa et Bilha.

La situation devient conflictuelle, alors Jacob décide de retourner dans sa famille d’origine, en terre de Canaan. Se pose la grave question de la rencontre avec son frère Ésaü, qui a songé à le tuer peu avant son départ. Les retrouvailles seront-elles violentes ou pacifiques? Malgré tout, Jacob prend le chemin du retour avec femmes et enfants.

La paracha VayichlaH nous décrit les moments forts de la rencontre entre Jacob et Ésaü et nous montre de quelle façon Jacob est devenu Israël.

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La paracha VayichlaH du sefer Béréchit (Genèse) 32:4 à 36:43 et la confrontation à haut risque

Difficile de vivre avec un poids sur la conscience. En particulier, quand on est convaincu de devoir régler de douloureux problèmes du passé.

Jacob est face à cette question quand il décide de revenir en terre de Canaan, prêt à affronter les risques liés à cet acte. Jacob est angoissé à l’idée de se retrouver face à Ésaü. Le moment tant redouté  va bientôt arriver.

La tactique de Jacob est de procéder par étapes successives, dans le but de garder la maîtrise des événements. La première étape est l’envoi de messagers (« malaHim ») en reconnaissance, là où se trouve Ésaü.

Béréchit 32:4. Jacob envoya des messagers [malaHim] en avant, vers Ésaü son frère, au pays de Séir, dans la campagne d’Édom.

Les « malaHim » (מַלְאָכִים), les messagers de Jacob, sont des hommes envoyés en éclaireurs ? Le mot désigne parfois également des messagers divins, des « anges ». Telle est d’ailleurs l’opinion de Rachi. L’ambiguïté du terme « malaHim » est intéressante car d’une certaine façons, les messagers humains que nous sommes transmettent également des enseignements moraux et spirituels.

Les « malaHim » rapportent à Jacob qu’Ésaü a pris les devants. Il est en route, à la rencontre de Jacob, fortement accompagné.

Béréchit 32:7. Les messagers revinrent près de Jacob, en disant: « Nous sommes arrivés vers ton frère Ésaü. Lui aussi vient à ta rencontre, et avec lui, quatre cents hommes. »

À cette information, Jacob est saisi de frayeur et prend une initiative qui est détaillée dans les versets suivants :

Béréchit 32:8 à 32:9. Alors, Jacob eut grand-peur et fut plein d’anxiété. Il divisa en deux camps ses gens, le petit bétail, les bovins et les chameaux…Se disant: « Si Ésaü attaque l’un des camps et le met en pièces, le camp restant deviendra une ressource. »

Cette division de la famille, des personnes qui l’accompagne, et des biens, peut être interprétée comme une limitation des risques. Mais elle revêt une apparence fébrile, non réfléchie et trop fataliste. Jacob est-il vraiment certain qu’Ésaü et ses hommes le mettront en pièces, lui et ses proches ?

(Ce partage en deux nous fait penser au terme « yaHats », de la Hagada de PessaH, qui désigne le moment de la brisure de la matza en deux morceaux, lors du Seder.)

Seconde étape : Jacob fait appel à ses forces morales. Il se tourne vers l’Éternel et prie en évoquant l’Alliance :

Béréchit 32:10. Puis Jacob dit « O Dieu de mon père Abraham et Dieu d’Isaac mon père! Éternel, toi qui m’as dit: ‘Retourne à ton pays et dans ta parenté et je te comblerai.’ »

Troisième étape :  les cadeaux de Jacob à Ésaü – suivons le cours des versets de la Torah.

Béréchit 32:14. Il établit là son gîte pour cette nuit et il choisit, dans ce qui se trouvait en sa possession, un don pour Ésaü son frère.

Jacob vient d’avoir l’idée d’approcher son frère par la paix en lui offrant des présents (du gros et du petit bétail). Ces présents apaiseront-ils suffisamment Ésaü ? La façon de les offrir a peut-être plus d’importance que la valeur matérielle. Jacob en a conscience. Il décide de faire parvenir immédiatement ses cadeaux à Ésaü d’une façon subtilement élaborée :

Béréchit 32:17 à 32:21. Puis il remit à chacun de ses serviteurs une part du troupeau et il leur dit: « marchez en avant et laissez un intervalle entre votre part du troupeau et la suivante. »…Il donna au premier l’ordre suivant: « lorsqu’Ésaü, mon frère, te rencontrera et te demandera: ‘à qui es-tu? où vas tu? et à qui est le bétail qui te précède?’…Tu répondras: ‘à Jacob ton serviteur, et ceci est un don envoyé par lui à mon seigneur Ésaü; et Jacob lui même nous suit.’ »…Il ordonna de même au second, de même au troisième, de même à tous ceux qui conduisaient les troupeaux, en disant: « c’est ainsi que vous parlerez à Ésaü quand vous le rencontrerez…Et vous direz: ‘voici que lui-même, ton serviteur Jacob, nous suit car il s’est dit: « je veux l’apaiser par le présent qui me devance, ensuite je verrai son visage, peut être sera-t-il bienveillant pour moi. »

La tactique de Jacob est d’envoyer les présents par vagues successives, de façon à impressionner favorablement Ésaü et le rendre de plus en plus confiant en sa volonté de paix. En même temps, Jacob prend des dispositions pour s’isoler :

Béréchit 32:22 à 32:24. Le présent défila devant lui et lui, demeura cette nuit là dans le camp…Plus tard, dans la nuit, il se leva et prit ses deux femmes, ses deux servantes et ses onze enfants et traversa le gué du Yaboc…Puis il les aida à traverser cette rivière et fit aussi traverser ce qui était à lui.

Quatrième étape : Jacob se retrouve seul, et un événement étrange se produit.

Béréchit 32:25 à 32:29. Jacob resta seul et un homme se mit à lutter avec lui jusqu’à l’aube…Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, il lui pressa la cavité de la cuisse, et la cuisse de Jacob se démit…Il dit: « laisse moi partir, car l’aube est venue. » Jacob répondit: « je ne te laisserai pas partir avant que tu ne m’aies béni »…Il lui dit alors: « quel est ton nom? » Il répondit: « Jacob »…Alors il dit: « Jacob ne sera plus désormais ton nom, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu as vaincu. »

Ce passage énigmatique de la Torah nous interpelle. Contre qui Jacob a-t-il lutté, un ange, une représentation de son frère Ésaü, certains aspects de sa propre personnalité ou Dieu sous une apparence humaine ? La logique voudrait que l’on privilégie l’hypothèse d’un ange, messager de Dieu.

Jacob devient Israël, « celui qui a combattu avec Dieu et qui a vaincu. » Le terme « Israël » est aussi à rapprocher du terme « Yachar-el » signifiant « qui est droit avec Dieu ».

Les étapes franchies par Jacob sont-elles les étapes de la paix intérieure ?

Au-delà des étapes qu’il a dû franchir, Jacob s’est retrouvé transformé et en paix avec lui-même. L’étape fondamentale est certainement celle du travail intérieur que Jacob a été contraint d’opérer.

Revenons sur la lutte entre Jacob et « un homme ». La relation d’Alliance avec Dieu n’inclut-elle-pas une part de lutte avec nous-même et avec notre environnement ? Lutte au-delà de laquelle nous trouvons en général la paix. Par ailleurs, la lutte entre Jacob et « un homme » n’a-t-elle pas aussi inspiré nos relations avec autrui, quand la plupart des confrontations se concluent par un rapprochement, un accord pacifique ?

Ceci est à étendre à la prise en charge de nos difficultés personnelles du passé, celles qui ont encore prise sur nous, pour mieux les analyser, les résorber et ne plus les craindre.

Paracha Nitsavim : l’alliance pour tous, au présent !

L’alliance entre Dieu et les hommes est le socle de la tradition juive.

Une alliance n’est pas seulement un accord ou un pacte; c’est aussi une union, un ensemble qui génère une entité. L’alliance entre l’Eternel et les enfants d’Israël a généré une entité spirituelle, la religion juive. Les enfants d’Israël sont devenus le peuple juif. Liés entre eux par une alliance informelle, ses membres ont la charge de son épanouissement présent et futur.

Par ailleurs, au sein du peuple juif, le principe d’alliance se retrouve au niveau des individus destinés à fonder des couples solides et des familles  très unies.

Ceci s’applique aux autres peuples de façon plus ou moins comparable, et à n’en pas douter, l’alliance, sous diverses formes, est un principe primordial de l’humanité toute entière.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Nitsavim du sefer Devarim (Deutéronome) 29:9 à 30:20 , et l’alliance avec l’Eternel

Le terme « alliance », nous fait penser d’instinct à l’alliance entre Dieu et Moïse au sommet du mont Sinaï. Nous imaginons le mont Sinaï secoué de tremblements, les éclairs, le tonnerre, les enfants d’Israël figés à l’écoute des 10 paroles (commandements). C’est en général comme ceci que nous nous représentons l’instant fondateur de l’alliance.

En fait, l’alliance avec l’Eternel a débuté bien avant. Tout a commencé par l’alliance avec Adam et Ève, suivie par l’alliance avec Noé (considérées, toutes deux, comme des alliances universelles). Se sont déroulées plus tard, l’alliance avec Abraham, Isaac, Jacob, Sarah, Rebecca, Rachel et Léa, puis l’alliance avec Moïse. Celle-ci occupe une position centrale. Elle se rapporte, dans un premier temps, à la sortie d’Égypte et au parcours à suivre jusqu’à la terre de Canaan, puis dans un second temps, aux 10   paroles reçus sur le mont Sinaï.

Dans le texte de la paracha Nitsavim, l’alliance entre Dieu et les enfants d’Israël, sur le point d’entrer en terre de Canaan, est exprimée d’une autre façon par Moïse. Elle est exprimée délibérément au présent :

Devarim 29:9 à 29:12. « Vous êtes placés aujourd’hui, vous tous, en présence de l’Éternel, votre Dieu: vos chefs de tribus, vos anciens, vos préposés, tous les hommes d’Israël, vos enfants, vos femmes et l’étranger qui est dans ton camp, du fendeur de bois jusqu’au porteur d’eau; afin d’entrer dans l’alliance de l’Éternel, ton Dieu, et dans son pacte solennel, par lesquels il traite avec toi en ce jour; voulant t’établir aujourd’hui comme son peuple, et lui-même se montrer comme ton Dieu, ainsi qu’il te l’a déclaré, et ainsi qu’il l’avait juré à tes pères Abraham, Isaac et Jacob. »

Moïse s’adresse à tous ceux qui, à ses yeux, composent le peuple d’Israël. Il s’exprime avec insistance au présent. (Les termes, « aujourd’hui », « en ce jour » sont à relever.) En agissant ainsi, Moïse manifeste sa volonté de renforcer la cohésion de tout son peuple, au présent et au futur.

Sont concernés par l’alliance, reproclamée avec solennité, ceux qui sont autour de Moïse, leurs descendants, et ceux qui rejoindront plus tard le peuple d’Israël.

Devarim 29:13 à 29:14. « Et ce n’est pas avec vous seuls que j’institue cette alliance et ce pacte; mais avec ceux qui sont aujourd’hui placés avec nous, en présence de l’Éternel, notre Dieu, et avec ceux qui ne sont pas ici, à côté de nous, en ce jour. »

A noter que l’on se réfère en général au passé en sociologie des religions : « nous devons faire comme nos ancêtres ; la révélation vient du fond des âges et est éternelle; elle ne peut être mise en doute. » L’événement majeur de notre paracha, la proclamation de l’alliance, se passe au présent. Elle s’adresse à des personnes existantes. Par extrapolation, nous en déduisons que la construction et le destin du peuple juif sont directement, et à tout moment, entre les mains de l’ensemble de ses membres.

Cela semble inquiétant de confier le sort du peuple juif à tous les juifs, à n’importe quel juif. Cependant, il n’est pas rassurant non plus de confier cette tâche à une poignée de leaders, quelques fois lointains, qui auraient autorité sur ce qui nous touche au plus profond.

La Torah prend position pour la première hypothèse :

Devarim 30:11 à 30:14. « Car cette loi que je t’impose en ce jour, n’est ni trop difficile pour toi, ni trop lointaine. Elle n’est pas dans le ciel, pour que tu dises: « Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira quérir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions? Elle n’est pas non plus au delà de l’océan, pour que tu dises: « Qui traversera pour nous l’océan et nous l’ira quérir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions? Non, cette parole est tout près de toi: tu l’as dans la bouche et dans le cœur, pour pouvoir l’observer! »

L’avenir du judaïsme

Madame le rabbin Floriane Chinsky est titulaire d’un DEA en sociologie du droit dont le sujet est le mode d’attribution de l’identité juive par les rabbins. Elle est également titulaire d’un Doctorat en sociologie du droit dont le sujet de thèse concerne les  représentations sociales de la flexibilité de la loi juive. Le DEA étudie les rabbins, qui sont importants dans la création du devenir du peuple juif, le doctorat se concentre sur les individus, dont l’importance est peut être plus grande encore puisque c’est chaque juif et juive qui choisit ou non de recevoir l’enseignement d’un rabbin, et qui choisit quel rabbin deviendra son  »  maître   » (au sens de professeur).

Le message transmis par la paracha est le suivant : l’avenir du judaïsme est tracé par chaque membre du peuple juif dans son environnement familial et social, en relation avec les institutions religieuses dont le rôle est l’enseignement, l’étude et la réflexion collective.

Absolument tous les membres du peuple juif sont responsables de l’avenir du judaïsme, « du fendeur de bois jusqu’au porteur d’eau », comme le dit la paracha. La perpétuation du judaïsme n’est rien d’autre que le renouvellement constant de l’alliance entre Dieu et les enfants d’Israël, pour ne pas dire les hommes. Chacun et chacune compte à part égale et est responsable de se faire entendre! 

 

Paracha VaétHanan : 10 commandements – à chacun sa version !

Le sefer Devarim (le Deutéronome) est le livre de la répétition. Son contenu, selon la tradition, a été énoncé par Moïse durant les 37 derniers jours de sa vie, peu de temps avant l’entrée du peuple hébreu en terre de Canaan.

Moïse s’exprime face aux enfants d’Israël. Il révèle les fondements de leur alliance avec Dieu à la nouvelle génération, il leur raconte les péripéties de l’épopée de leurs pères. Le rapprochement du sefer Chemot (l’Exode) et du sefer Devarim (le Deutéronome) dévoile des différences textuelles. Que certains événements et propos soient présentés de manière sensiblement différente nous interpelle.

Dans la Torah, il y aurait donc plusieurs façons, cohérentes mais quand même différentes, de traiter les mêmes sujets ? La paracha VaétHanan en est un extrait représentatif.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

Ce que nous dit la paracha VaétHanan du sefer Devarim (3:23 à 7:11)

Devarim 5:1 à 5:3. « Moïse fit appel à tout Israël, et dit: Ecoute, Israël, les lois et les statuts que je vous fais entendre aujourd’hui; étudiez les et appliquez vous à les suivre. L’Éternel, notre Dieu, a contracté avec nous une alliance en Horeb. Ce n’est pas avec nos pères que l’Éternel a contracté cette alliance, c’est avec nous-mêmes, nous qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants. »

Moïse rappelle aux enfants d’Israël leur engagement dans l’alliance; puis leur remet en mémoire les 10 paroles, (nommées également 10 commandements), en particulier le commandement du chabbat.

Devarim 5:11 à 5:14. « Observe le jour du chabbat pour le sanctifier, comme te l’a prescrit l’Éternel, ton Dieu. Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires; mais le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Dieu. Tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ni ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a prescrit d’observer le jour du chabbat. »

Le commandement du chabbat est intéressant car il est présenté sous 2 versions.

Parlons, pour commencer, du cantique du chabbat, LeHa dodi : « Chamor (observe) et zaHor (souviens-toi) ne sont qu’une seule parole, que nous fit entendre Dieu… » Chamor et zaHor sont des termes extraits de la Torah. Véritablement, Dieu a t-t’il dit « chamor » ou bien a-t’il dit « zaHor » ? Pourquoi deux versions différentes dans ces deux livres de notre Torah ?

Continuons sur le thème du chabbat. La version de l’Exode est la suivante : il faut respecter le chabbat car Dieu a créé le monde en 6 jours et s’est reposé le 7ième jour. La version du Deutéronome est : « Observe le jour du chabbat…tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ni ton esclave mâle ou femelle…car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. » Par ailleurs, la version du Deutéronome rappelle au peuple l’esclavage en Égypte. Ce rappel est absent dans la version de l’Exode.

Ensuite, la paracha devient une paracha pédagogique. Moïse donne une succession d’instructions  et de conseils précis au peuple d’Israël. Y est inséré un sermon qui deviendra le Chema Israël.

Devarim 6:4 à 6:9. « Écoute, Israël: l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un ! Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur…Ces devoirs que je t’impose aujourd’hui seront gravés dans ton cœur… Tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »

Dans la haggada de PessaH, quatre enfants posent des questions à propos du Seder. Ces quatre enfants ont des personnalités différentes: l’un est « sage », l’autre « rebelle », le troisième est « simple » et le quatrième est « celui qui ne sait pas poser les questions ». La question de l’enfant « sage » est la suivante : « Quels sont ces statuts, ces lois, ces commandements que votre Dieu vous a imposés ? » La même question se trouve telle qu’elle dans la paracha VaétHanan :

Devarim 6:20 à 6:21. « Quand ton fils t’interrogera un jour, disant: Qu’est-ce que ces statuts, ces lois, ces commandements, que l’Éternel, notre Dieu, vous a imposés? Tu répondras à ton fils: Nous étions asservis à Pharaon, en Égypte, et l’Éternel nous en fit sortir d’une main puissante. »

La valeur spirituelle et sociale des 10 commandements (les 10 « paroles »)

Les 10 commandements sont la base spirituelle de la religion juive et sont le noyau de son code moral et rituel. A savoir que le christianisme et l’islam leur accordent beaucoup d’importance, mais ne les considèrent pas comme un fondement religieux.

Cependant, les 10 commandements ont étés repris par une grande part de l’humanité comme commandements universels. Ils ont inspiré les législateurs et sont à l’origine de nombreuses règles de vie en collectivité. De façon générale, leur valeur sociétale a pris le pas sur leur valeur religieuse.

A chacun sa version ?

La paracha VaétHanan nous incite à nous poser beaucoup de questions concernant la Torah. Pourquoi ces différences d’un sefer (livre) à l’autre ? Quelle est la version à retenir ? Les différentes versions sont-t-elles compatibles ? La vérité est-elle dans le texte ? La Torah a-t-elle eu un seul ou plusieurs auteurs ? Est-ce une évolution normale et logique de l’écriture de la Torah dans le temps ?

A deux moments différents de l’histoire du peuple, les dix commandements sont exprimés de façons différentes. Au moment de la sortie d’Egypte, on insiste sur le rappel de la création du monde, et au moment de l’entrée en Canaan, on insiste sur la mention de la sortie d’Egypte. Ainsi, ces deux événements fondamentaux sont tous deux représentés par notre pratique du chabbat. le « Chamor » et le « ZaHor » sont tous deux nécessaires et complémentaires. La raison « divine » ( Dieu s’est arrêté le 7e jour) et la raison « sociale » ( tes employés doivent se reposer un jour par semaine) du chabbat sont toutes deux exprimées.

Le traité Erouvin du Talmud nous aide à conclure : « Ces paroles ci, comme ces paroles là, sont les paroles du Dieu vivant. »

Les différentes versions, d’un livre à l’autre, seraient donc toutes vraies. Elles seraient là pour nous pousser à la réflexion, nous permettre d’identifier les messages transmis par la Torah et de bien comprendre le sens de ces messages.

 

 

 

 

 

Paracha Devarim : répéter, c’est recréer

Répéter ce que l’on dit clairement devrait être inutile. Et pourtant c’est souvent nécessaire pour être écouté et pour se faire comprendre. Le comportement humain en veut ainsi.

Il est souvent nécessaire de répéter, sous différentes formes adaptées aux différentes situations. Cette pratique s’applique aujourd’hui à la formation, au commerce, à l’éducation, au management… La recherche de l’intérêt, de la compréhension et de l’approbation a besoin de la répétition, sous différentes formes, suivant un fil conducteur unique. Ce principe s’applique-t-il à la tradition juive ?  Que signifie la répétition dans le Judaïsme? Pourquoi Moïse répète-t-il la Torah dans ce dernier livre, qui se nomme « les paroles » en hébreu et « répétition de la loi » (Deutéronome) en Français?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

Le sens de la paracha Devarim du sefer Devarim (1:1 à 3:22)

Le sens de la paracha Devarim est justement la répétition indispensable. La version francisée de Devarim est Deutéronome (deutero nomos) qui signifie « répétition de la loi ». Cette formule nous laisse imaginer une loi solidement ancrée, écrite dans le marbre, que l’on devrait répéter jusqu’à ce quelle soit gravée dans notre cerveau. Le terme hébreu Devarim est beaucoup plus plaisant. Il se traduit par « les paroles » et également par « les choses ». Devarim est un terme très ouvert qui laisse la place à des messages de rigueur autant qu’à des messages d’amour ou d’encouragement agréables à entendre.

D’où vient ce besoin de répétition inscrit dans le Deutéronome ? Des passages de la paracha nous mettent sur la voie.

Devarim 1:3. « Or, ce fut dans la quarantième année, le onzième mois, le premier jour du mois, que Moïse redit aux enfants d’Israël tout ce que l’Éternel lui avait ordonné à leur égard. »

Devarim 1:5 à 1:7. « En deçà du Jourdain, dans le pays de Moab, Moïse se mit en devoir d’exposer ce commandement, et il dit: L’Éternel notre Dieu nous avait parlé en Horeb en ces termes: Assez longtemps vous êtes demeurés dans cette montagne. Partez, poursuivez votre marche, dirigez-vous vers les monts amoréens et les contrées voisines, vers la plaine, la montagne, la vallée, la région méridionale, les côtes de la mer, le pays des Cananéens… »

Quelle est la raison de la répétition, par Moïse aux enfants d’Israël, de cette injonction d’entrer en terre de Canaan ? Moïse s’adresse à une nouvelle génération d’enfants d’Israël. L’entrée en terre de Canaan avait été interdite à la génération précédente car elle avait manifesté sa faiblesse par son refus d’y entrer, suite au rapport décourageant des éclaireurs (les explorateurs) envoyés en reconnaissance. Moïse doit donc tout répéter à cette nouvelle génération.

Quoi qu’il en soit, cette répétition est indispensable : les hébreux qui sont sur le point d’entrer en terre de Canaan sont les descendants des hébreux qui ont quitté l’Égypte. Pour la plupart, ceux-ci ne sont déjà plus de ce monde.

Répéter c’est recréer

Pour Sigmund Freud, le souvenir d’un événement n’est pas le reflet exact de cet événement enfoui dans la mémoire depuis longtemps. Tobie Nathan, professeur de psychologie contemporain, rajoute que l’acte de mémoire est, à vrai dire, un acte de création. Par exemple, le souvenir d’un épisode douloureux de notre vie peut nous faire du bien et nous remplir de fierté; tout simplement parce que nous avons réussi à le surmonter et à le surpasser. Ce sentiment de fierté était totalement absent lors de l’événement. C’est la réminiscence (la répétition virtuelle) de cet événement qui l’a créé.

Revenons à la tradition juive. L’alliance avec Dieu se répète, se renouvelle depuis Abraham, pas tout à fait à l’identique. Nous pouvons discerner divers types d’alliances et de révélations qui se succèdent de génération en génération, d’abord d’Abraham à Isaac, puis d’Isaac à Jacob. Plus tard Moïse sera l’interlocuteur de Dieu pour une alliance renouvelée; plus tard encore, ce sera la mission d’Ezra après le retour de l’exil à Babylone.

Le roi Josias (639 à 609 av.JC) et le grand prêtre Hilkiyahou sont à citer. Ce sont eux qui ont redécouvert le sefer Devarim au cours de la remise en état du Temple de Salomon. De la sorte, ils ont redécouvert la Torah dans sa totalité. Le roi Josias organisera peu après une lecture publique de la Torah à l’attention du peuple, pour que celui-ci renoue avec la spiritualité du Judaïsme. L’alliance aura ainsi été renouvelée. L’expression « répéter c’est recréer » s’applique tout à fait à cet événement.

La répétition de la lecture de la Torah et son apport à notre vie

Traditionnellement nous répétons le texte de la Torah chaque année, paracha après paracha, semaine après semaine. La lecture de la Torah se termine et recommence avec la fête annuelle de SimHat Torah (« joie de la Torah ») célébrée à la synagogue.

Cette lecture de la Torah fait resurgir des épisodes du passé, exacts ou inexacts historiquement, mais fondateurs. Ces épisodes, par la relecture, et la réinterprétation prennent une existence nouvelle. La Torah n’est pas un « nomos » contrairement à ce que laisse entendre l’expression en français « Deutéronome ». Plus qu’une loi, elle est un enseignement sans cesse renouvelé. A chaque lecture quelque chose de nouveau est créé.

Quant à nous-mêmes, chaque fois que nous évoquons les événements de notre passé, nous leur donnons une apparence nouvelle (nous créons, comme dirait Tobie Nathan). Cela nous stimule et nous empêche d’être entravés par ce passé. Rajoutons que dans la tradition juive, la téchouva, par la repentance et l’engagement, nous aide à aller toujours de l’avant en tant qu’individu et plus largement en tant que peuple.