Paracha Chémini : comment éviter les dangers du faux sacré ?

L’expression « faux sacré » nous fait penser à la connivence très répandue du pouvoir et du sacré pour diriger une nation et un peuple.

Il n’y a pas de pouvoir possible sur un peuple sans un large déploiement de symboles abstraits ou concrets et sans un style de gouvernance qui se donne, sous certains aspects, l’apparence du sacré.

Abordons la paracha Chémini.

Le Judaïsme voit le jour. Le sacré tangible apparaît avec le Sanctuaire, les Cohanim et le rite officiel. Le faux sacré apparaît aussi, comme nous le verrons. Quels dangers présente ce faux sacré? Comment les éviter?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Chémini du sefer Vayikra (Lévitique) 9:1 à 11:47 et la crainte du faux sacré

Nous sommes au huitième jour. Et c’est là, le commencement de notre histoire. « Chémini », le nom de la paracha, signifie « huitième ».

L’édification du Sanctuaire est achevée, les sept jours de consécration de Aaron et de ses quatre fils sont révolus. Le protocole rituel est établi. Les Cohanim peuvent maintenant officier.

Vayikra 9:1. Et il advint, le huitième jour, que Moïse interpella Aaron et ses fils, ainsi que les anciens d’Israël.

Tout débute à merveille. Les offrandes sont présentées à l’Éternel devant la Tente d’assignation. Moïse et Aaron bénissent le peuple puis, soudain, un éclair fulgurant jaillit et enflamme les offrandes.

Vayikra 9:23 à 9:24. Moïse et Aaron entrèrent dans la Tente d’assignation. Ils ressortirent et bénirent le peuple; alors la gloire de l’Eternel se manifesta à tout le peuple…Un feu s’élança de devant l’Eternel et consuma, sur l’autel, l’holocauste et les graisses. A cette vue, tous les membres du peuple crièrent de joie et tombèrent sur leur face.

Peu après, deux fils d’Aaron, Nadab et Abihou, interviennent et présentent sur l’autel un autre feu; acte non prescrit par le rite. Ils sont aussitôt terrassés par un éclair venu des cieux.

Vayikra 10:1 à 10:2. Puis les fils d’Aaron, Nadab et Abihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant l’Eternel un feu profane sans qu’il le leur eût commandé…Alors un feu s’élança de devant l’Eternel et les dévora, et ils moururent devant l’Eternel.

Pour quelle raison Nadab et Abihou ont-ils agi ainsi ? Se sont-ils emparés du sacré pour s’en glorifier, pour se mettre au premier plan, pour revendiquer un certain pouvoir ? Pourquoi ont-ils apporté sur l’autel du faux sacré à la place du feu sacré ?

Cet événement nous amène donc à nous interroger sur le sens du sacré, sur ce qui est authentiquement sacré et sur l’objet de l’appropriation du sacré. Questions à se poser sur un plan général, au delà du cas particulier de notre paracha.

Après la mort de Nadab et Abihou c’est la consternation. Moïse tente de réconforter Aaron, de le consoler de la perte de ses deux fils.

Vayikra 10:3. Moïse dit alors à Aaron: « C’est là ce qu’avait déclaré l’Eternel en disant: Je veux être sanctifié par ceux qui me sont proches et glorifié devant la face de tout le peuple ! » Et Aaron garda le silence.

Aaron s’abstient de tout commentaire parce qu’il ne comprend pas bien en quoi ses deux fils ont fauté. La mort de Nadab et Abihou rachète-elle leur faute à travers le fait qu’elle sanctifie Dieu ? La mort d’êtres humains peut-elle faire partie de la sanctification de Dieu ?

Ce qui suit est l’interdiction, faite à tous les Cohanim, de consommer des boissons alcoolisées juste avant d’assurer le service du Temple. Les Cohanim doivent rester pleinement lucides dans l’exercice de leur fonction et entièrement conscients de leurs responsabilités.

Vayikra 10:8 à 10:11. L’Eternel parla ainsi à Aaron:…« Tu ne boiras ni vin ni boisson enivrante, toi comme tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’assignation…afin de pouvoir distinguer le sacré du profane et l’impur de ce qui est pur…et afin d’instruire les enfants d’Israël dans toutes les lois que l’Eternel leur a transmises par Moïse. »

La sanction par la mort de Nadab et Abihou nous paraît à priori inacceptable. Néanmoins, elle nous conduit à donner un avis sur le faux sacré et le sacré.

L’invention du faux sacré est dangereuse en elle-même. Elle est une façon d’abuser les gens. Le faux sacré est une arme illégitime de prise de pouvoir. Cependant, le sacré authentique est-il totalement vertueux ? Mourir pour le sacré, comme mourir pour Dieu, est sans fondement dans le Judaïsme. Le Lévitique nous dit bien que l’homme fera les commandements et qu’il vivra grâce à eux.

Dans le Talmud Yoma nous trouvons la règle de PikouaH néfech (פיקוח נפש) qui donne la priorité à la vie humaine. Un verset du Deutéronome (Devarim) va dans ce sens :

Devarim 30:19. « Je prends à témoin, en ce jour, le ciel et la terre: j’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Tu devras choisir la vie ! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. »

La vie a la préséance. Nous ne pouvons honorer Dieu qu’en étant vivants. C’est ce qui est dit au cours de l’office du matin : « l’âme de tout vivant peut louer Dieu ». C’est ce qui est dit également dans le Hallel : « ce ne sont pas les morts qui peuvent louer Dieu ».

Par défaut, comme l’a sans doute fait Moïse pour consoler Aaron, nous disons parfois que certains sont morts « al kiddouch hachem », « pour sanctifier le nom », c’est à dire le nom de Dieu.Cela ne signifie pas qu’il fallait qu’ils meurent « au nom de Dieu » mais simplement que la façon dont ils se sont confrontés à la mort est une éloge héroïque à la vie. C’est une façon de dire que leur assassinat, inacceptable, n’enlève pas le sens profond de ce qu’ils ont été.

A notre avis, ce qui sanctifie réellement le nom divin est d’aimer la vie constamment, de la trouver toujours belle, malgré les obstacles de son parcours et les moments pénibles qu’elle nous réserve.

C’est un défi de percevoir la valeur de la tradition juive et l’élan de vie qu’elle porte en elle. La vie sous toutes ses formes est le summum du sacré authentique. Lorsque nous traversons des moments difficiles, le faux sacré peut être une tentation, mais lorsqu’on s’est créé une vie pleine de sens, insérée dans un réseau social qui nous soutient, nous avons les outils pour lui résister.

Constituer ce réseau est le défi permanent de chacune et de chacun, le cadre de notre tradition est une façon de relever ce défi.

 

Paracha Tsav : que symbolise le sang ?

Dans la tradition juive, le sang représente l’âme de la vie, et la vie est sacrée. Ceci explique pourquoi il nous est rigoureusement interdit de consommer le sang de tout être vivant.

Cette interdiction est incluse dans les lois NoaHides, dans la Loi Mosaïque, et dans la Halakha, la Loi juive dans ses évolutions historiques et actuelles.

Le sang représente la vie, et pourtant le sang inspire très souvent de la répulsion. Est-ce parce que l’écoulement de sang est en rapport avec la mort, ou pour d’autres raisons ?

Par ailleurs, le sang ne symbolise-t-il que la vie biologique dans la tradition juive ?

 Réfléchissons à ces questions en lisant la paracha Tsav.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La Paracha Tsav du sefer Vayikra (Lévitique) 6:1 à 8:36 et la symbolique du sang

Notre paracha décrit l’utilisation du sang dans la consécration du Temple (le michkan), et des prêtres (les Cohanim), que sont Aaron et ses fils.

Vayikra 8:30. Alors Moïse prit de l’huile d’onction et du sang qui était près de l’autel et en fit l’aspersion sur Aaron et sur ses vêtements, puis sur ses fils et sur les vêtements de ses fils. Ainsi il consacra Aaron et ses vêtements, et avec lui ses fils et les vêtements de ses fils.

Que signifie l’utilisation du sang dans cette consécration ? Que signifie-t-elle dans la tradition juive et pour l’humanité toute entière ?

Il y a une notion d’interdit autour du sang. Le sang est associé à la vie, mais aussi à la mort. Rappelons que dans les textes bibliques, le mot « sang » est souvent utilisé pour désigner le « meurtre »; une métonymie qui prend sa source dans le récit de l’assassinat de Abel par Caïn.

Béréchit 4:10. Dieu dit: « Qu’as-tu fait ? Écoute ! Le sang de ton frère crie du sol vers moi. »

Il est écrit dans le Lévitique, qu’après avoir égorgé un animal nous devons mettre son sang hors de vue, l’ensevelir, le recouvrir de terre ou de sable. Le sang est un attribut particulier de l’animal que nous ne devons pas nous approprier.

Nous avons le devoir de respecter les animaux dont nous mangeons la chair. Il est prescrit dans le Judaïsme d’assurer au mieux le bien-être des animaux en cours d’élevage et de leur donner la mort en les vidant de leur sang le plus rapidement possible; le reliquat de sang étant ensuite éliminé par absorption par le sel.

Entre autres symbolisations, le sang représente la catastrophe et la mort. La première des dix plaies d’Égypte, qui a permis la fuite des hébreux soumis à l’esclavage, a été la transformation de l’eau du Nil en sang.

Chémot 7:17 à 7:18. Ainsi parle l’Éternel: « Voici qui t’apprendra que je suis l’Éternel ! Je vais frapper, de cette verge que j’ai à la main, les eaux du fleuve et elles se transformeront en sang…Les poissons du fleuve mourrons, le fleuve deviendra infect et les Égyptiens renonceront à boire de son eau. »

Toutefois, le sang ne représente pas seulement l’aspect morbide de l’existence, dont nous devrions nécessairement nous démarquer. Le sang symbolise aussi la vie, en ce qu’elle a de sacré, et la fertilité.

L’arrivée des règles chez les jeunes filles est le point de départ de l’engendrement. Lors d’un accouchement, l’enfant voit le jour pendant que le sang se répand.

Le sang évoque le passage de la vie à la mort, comme le passage de la mort à la vie. L’esclavage peut-être assimilé à la mort, et la vie à la liberté.

Peu avant leur sortie d’Égypte, les enfants d’Israël se sont différenciés de l’ensemble de la population en badigeonnant le linteau des portes de leurs demeures de sang d’agneau. C’est ainsi qu’ils ont échappé à la dixième plaie d’Égypte, l’immolation des premiers nés.

Ce sang au linteau des portes est à l’origine de la mézouzah (מזוזה) actuelle apposée à l’entrée des maisons et des pièces. Le sang a été remplacé par l’écrit, l’écrit des rouleaux de parchemin introduits dans les mézouzot.

Citons aussi la brit milah (בְרִית מִילָה), la circoncision des nouveaux nés mâles à l’âge de huit jours. Brit milah, veut dire en français « alliance par la circoncision ». Il se produit pendant cette opération un écoulement symbolique de sang qui marque l’entrée de l’enfant dans l’Alliance et l’éducation juive.

Revenons à notre paracha. Moïse a consacré Aaron et ses fils, les premiers Cohanim, par l’aspersion d’un mélange d’huile et de sang sur leurs corps et sur leurs vêtements de prêtres. Le sang apparaît ici comme un symbole de sanctification nécessaire au sacerdoce.

Lisons la suite :

Vayikra 8:33 à 8:34. « Et vous ne quitterez pas le seuil de la Tente d’assignation durant sept jours, jusqu’au terme des jours de votre installation: car votre installation doit durer sept jours…Comme on a procédé en ce jour, l’Éternel a ordonné qu’on procède encore, pour achever votre propitiation. »

Après les avoir consacrés, Moïse ordonne aux Cohanim de se tenir sept jours et sept nuits à l’entrée de la Tente d’assignation afin qu’ils se préparent à l’accomplissement de leur mission sacrée.

L’humanité, dans son ensemble, accorde beaucoup d’importance au sang sur le plan religieux, ethnique, politique, sociétal, scientifique, médical… Pour tous les peuples, le sang, qui est le vecteur de la vitalité, incite au respect.

Le sang est également une composantes des sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués à la période de Moïse et pendant es périodes du premier et du deuxième temple. C’est ici l’occasion de parler du sacrifice d’Isaac qui a été un non-sacrifice et de souligner l’abomination que représente le sacrifice rituel humain pour les Juifs de toutes les époques.

Le sang est donc un symbole à multiples facettes. Il nous renvoie fondamentalement aux grandes transitions de nos vies et nous invite à nous souvenir que notre vie est précieuse et sacré, dans chacune des minutes qui la compose.

Paracha Vayikra : comment éviter de se sacrifier ?

Ouvrons le sefer Vayikra, le Lévitique, troisième des cinq livres de la Torah.

Ce livre doit son nom à Lévi, fils de Jacob, fondateur de l’une des douze Tribus d’Israël dont les descendants, les Lévites, avaient la charge du service du Temple. Les prêtres, les Cohanim, étaient tous issus de la Tribu de Lévi et les premiers d’entre eux furent Aaron et ses fils.

Le Lévitique est composé de 27 chapitres qui relatent l’exposé des lois et des rites formulé par l’Éternel. La première paracha, la paracha Vayikra, nous présente les prescriptions de l’offrande et du sacrifice.

Comment éviter de se sacrifier ? Dévoilons cette expression énigmatique en nous concentrant sur ce passage du Lévitique.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Vayikra du sefer Vayikra (Lévitique) 1:1 à 5:26 et le sens des korbanot

Vayikra (וַיִּקְרָא) signifie : « et il appela ».

Abordons les deux premiers versets de la paracha.

Vayikra 1:1 à 1:2. Et l‘Éternel appela Moïse depuis la tente de réunion et lui parla en ces termes:…« Parle aux enfants d’Israël et dis-leur… »

Dieu interpelle Moïse afin de lui signifier un événement majeur dans la vie du peuple juif : le cadre de la pratique du Judaïsme est mis en place et des règles importantes sont instituées.

Nous pourrions commencer simplement par détailler ces règles, cependant l’appel que nous venons de citer est emblématique des rapports entre Dieu et Moïse.

Selon Rachi, avant même qu’il y ait la parole il faut qu’il y ait l’appel; et cet appel est un signe d’amour. Il marque la bienveillance que Dieu témoigne à Moïse. Moïse est capable de comprendre la parole de Dieu. Le langage entre Dieu et Moïse est un langage de relation intime, un langage d’amour.

De la part de Rachi, il s’agit également d’une allusion à ce qui se passe entre les anges, à ce qui est relaté dans la Kédoucha (קְדֻשָּׁה), cette partie de la Amida nécessitant le minian, soit un minimum de dix personnes priant ensemble. Dans la Kédoucha nous nous tournons les uns vers les autres et de cette manière nous nous interpellons d’un même langage. L’autre peut alors nous amener à envisager le changement dans notre vie.

En hébreu le même mot traduit « lecture » et « appel ». C’est ainsi que lorsque nous lisons le Chéma Israël, nous appelons le Chéma Israël. Quand nous lisons la Torah, nous appelons la Torah et nous sommes interpellés par ce texte.

Maïmonide fait le lien entre le langage de l’appel et celui de l’enseignement dans « Le Guide des égarés », en particulier de l’enseignement des offrandes (korbanot) et des sacrifices. À noter que l’ensemble de cet enseignement se trouve dans le Lévitique.

Vayikra 1:3. « Si son offrande (korban) est un holocauste pris dans le gros bétail, se sera un mâle en parfait état. Il le présentera de son plein gré devant l’Éternel, au seuil de la tente de réunion. »

Korban/קרבן, au pluriel korbanot/קרבנות, a pour racine karov/קרב qui veut dire « approcher, apporter ». Korban, improprement traduit par « sacrifice », signifie « offrande rituelle ».

L’Éternel exigeait que les enfants d’Israël se rapprochent des Cohanim à travers les korbanot.

À l’époque du Temple, il existait divers types de korbanot. Il s’agissait le plus souvent d’animaux de petit ou de gros bétail qui étaient abattus rituellement, cuits au feu et consommés par les personnes qui les avaient apportés, à l’exception des parts qui revenaient de droit aux Cohanim et de ce qui était interdit à la consommation (sang, graisse…). À défaut de bovin, de mouton ou de chèvre, il était possible d’apporter au Temple des tourterelles, des pigeons, du pain non levé ou les prémices de la récolte.

Maïmonide nous dit aussi que les enfants d’Israël ont besoin d’exprimer leur relation à Dieu à l’aide d’éléments concrets et matériels. Sinon, ils risquent de se tourner vers l’idolâtrie, comme cela a été le cas lors de la faute du veau d’or. Il a donc été nécessaire de matérialiser le culte au moyen du Sanctuaire et des korbanot.

Revenons au terme « sacrifice ». Comme nous l’avons dit « korbanot » ne veut pas dire « sacrifice ». Sacrifier signifie étymologiquement « rendre sacré », mais souvent ce mot renvoi à un type de dévouement qui implique l’oubli de soi, l’abandon de ses propres besoins. En ce sens, se sacrifier, c’est s’éloigner. Quand nous nous sacrifions pour l’autre, des attentes non exprimées perturbent nos relations avec l’autre et nous éloignent de lui.

Korban signifie le contraire puisque sa racine karov/קרב se traduit par « approcher ». Une offrande, un korban, nous permet de nous rapprocher de nous-même, et peut-être de nous rapprocher de Dieu.

En fait, Maïmonide nous dit que Dieu s’adresse aux êtres humains dans leur langage, en tenant compte de l’époque de leur existence; et l’époque des korbanot, au sens d’offrandes, est maintenant dépassée.

Moïse Nahmanide, rabbin du XIIIᵉ siècle, pense autrement. Pousser les gens à apporter des offrandes dans un sanctuaire pour se racheter n’est pas la bonne méthode. Il vaut mieux qu’un maître du culte aide ces personnes, au cas par cas, à mesurer l’étendue de leurs fautes et à les dépasser.

Alors, comment éviter de nous sacrifier et d’espérer vainement la récompense de notre sacrifice? 

Éviter de nous sacrifier c’est voir le korban autrement qu’une offrande, l’appréhender sous la forme d’un rapprochement. Cette manière de traiter la question est celle qui a cours aujourd’hui. La démarche de rapprochement est soit individuelle, soit collective.

La démarche individuelle :

Le korban est l’acte de nous rapprocher du Rabbin, qui a succédé au Cohen, pour lui exprimer nos difficultés et lui demander de nous aider à les traiter de façon positive et constructive. Si les difficultés sont des fautes, ce rapprochement devient l’équivalent d’un korban de réparation.

La démarche collective :

C’est une démarche de rapprochement dans le lieu de culte, une démarche de prière, de réflexion et de recueillement collectifs. Avec le Rabbin nous abordons l’Avodat Halev, la prière du cœur. Nous récitons la Kédoucha en nous interpellant les uns les autres, d’un même langage, en essayant de saisir au vol un quelconque message précieux.

La récompense du rapprochement, c’est le bonheur immédiat qu’il apporte aux deux parties, et c’est à cette récompense que nous souhaitons accéder dans notre investissement communautaire, amical et familial.

Paracha Pékoudé : à qui appartient le sacré ?

Quel est le sens du sacré ?

En théorie, le sacré s’oppose au profane défini comme étant la réalité ordinaire. L’adjectif « sacré » a été largement vulgarisé mais, dans son sens premier, il qualifie ce qui appartient intimement au domaine religieux, donc ce qui est à l’écart de la réalité ordinaire.

Que représente le sacré dans le Judaïsme ? Citons quelques exemples : des textes religieux tels que la Torah, des lieux de culte tels que le Tabernacle, les Temples de Jérusalem, les Synagogues, un territoire tel que la Terre d’Israël, des objets symboliques tels que la Ménorah, les téfilines…

D’autres questions se posent à propos du sacré dans le Judaïsme. Qui est à l’origine du sacré ? À qui appartient le sacré ? La paracha Pékoudé donne des éléments de réponse à soumettre à notre réflexion.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Pékoudé du sefer Chémot (Éxode) 38:21 à 40:38 et le sens du sacré dans le Judaïsme

Le sacré est-il l’affaire de personnages éminents, dotés d’un savoir particulier, détenant la vérité suprême et devant lesquels il faudrait s’incliner ? Ou bien, la création du sacré, l’expression du sacré sont-elles à la portée de chacun d’entre nous ?

L’Éternel a donné des instructions très précises à Moïse au sujet de la fabrication du premier temple juif, le Tabernacle, et de ses accessoires. Un personnage prend en charge la responsabilité de la construction de ce premier temple. Ce n’est ni Moïse, ni Aaron. C’est un expert en la matière. Il appartient à la Tribu de Juda et se nomme Betsalel.

Nous constatons ici que la création du sacré n’est pas réservée aux interlocuteurs de l’Éternel. Elle est déléguée à un spécialiste de la construction; un homme qualifié mais un homme comme les autres.

Un verset de la paracha est à lire avec attention :

Chémot 38:22. Et Betsalel, fils d’Uri, fils de Hur, de la Tribu de Juda, fit tout ce que l’Éternel avait ordonné à Moïse.

Betsalel ne fait pas ce que Moïse lui dit de faire. Il fait ce que Dieu a demandé de faire à Moïse. Rachi nous invite à bien comprendre cette nuance. Selon le Midrach, Moïse a fait une erreur. Il a demandé à Betsalel de fabriquer les accessoires et ustensiles du Temple (le Tabernacle) et ensuite, de construire le Temple. Betsalel lui a indiqué qu’il serait mieux de faire l’inverse pour des raisons techniques. Moïse aurait pu s’indigner de cette objection. Au contraire, il a approuvé la remarque pleine de bon sens de Betsalel et lui a répondu : « Tu as raison. »

Le Talmud BraHot commente l’incident  en se référant au nom du bâtisseur : « Tu as été appelé Betsalel parce que tu es dans (bé) l’ombre ( tsel) de Dieu (el) et que tu sais par toi-même ce que tu dois faire. »

Dans le Judaïsme, de façon générale, il n’est pas question d’obéir à une exigence avant de s’interroger sur sa justification. Rappelons-nous qu’un des grands principes de la Halakha est la logique.

Betsalel se charge donc de la construction du Temple, secondé par Oholiab de la Tribu de Dan, dont la spécialité est le travail du tissu. Ensuite, le chapitre 39 de la paracha nous décrit la réalisation des habits des maîtres du culte : Aaron, le Grand Prêtre, et ses fils qui devront l’assister.

Deux particularités de l’habit du Grand Prêtre ont beaucoup d’importance :

– La représentativité de l’ensemble du peuple d’Israël est symbolisée au niveau des épaulières et du pectoral. Deux pierres de choham (Agate ou Onyx), sur lesquelles sont gravées les noms des douze Tribus d’Israël, sont implantées sur les épaulières. Sur le pectoral, sont enchâssées douze pierres précieuses représentant chacune l’une de ces Tribus.

– Sur la coiffe du Grand Prêtre est fixé un fronteau d’or portant la mention « Consacré à l’Éternel » (Kadoch la Adonaï / קֹדֶשׁ לַיהוָה).

Chémot 39:30 à 39:31. Finalement on fit la plaque sacrée en or pur, et l’on y traça cette inscription gravée comme sur un sceau: « Consacré à l’Éternel »…On y fixa un cordonnet bleu pour la mettre tout en haut de la coiffe, comme l’Éternel l’avait ordonné à Moïse.

Les téfilines que l’on met le matin, et qui renferment des textes sacrés, ont pour origine ce fronteau d’or. Elles sont citées par le Chéma Israël dont une des sources est le Deutéronome (Devarim).

Devarim 11:18. « Et vous devrez mettre mes paroles sur votre cœur et dans vos pensées. Attachez-les sur votre bras comme un symbole et portez-les en fronteau entre vos yeux. »

Le mot « tsits » (צִיץ), du verset 39:30 de la paracha, nous fait penser à « tsitsit » (צִיצִת), les franges, terme cité dans le livre des Nombres (Bamidbar) et repris également par le Chéma Israël.

Bamidbar 15:38 à 15:39. « Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur qu’ils devront se faire des franges [tsitsit] aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur…Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel… »

Les dignitaires de la Perse antique portaient des vêtements ornés de franges, et le nombre de franges croissait selon leur niveau de respectabilité et de notoriété. Les hébreux ont peut-être été influencés par cette coutume qui en tout cas apporte un éclairage intéressant. En portant tous des vêtements à 4 franges, nous proclamons notre égalité.

Aujourd’hui comme hier, le port du talit à quatre coins, orné de franges symbolisant les commandements, traduit notre sens du respect, de la dignité et de l’engagement.

Les livres de la Torah nous décrivent sans mystère, et avec précision, comment le sacré a été créé et ce qu’il signifie. Est-ce pour nous indiquer que la création du sacré n’est pas achevée et que chacun a toujours sa place, en fonction de son savoir-faire, dans la progression du Judaïsme ?

La lecture de la Torah nous apprend que le sacré peut être créé directement ou indirectement par chacun d’entre nous, dans la solidarité. Elle nous fait comprendre aussi, que nous sommes tous responsables de sa sauvegarde et de son expression.

Par ailleurs, les rabbins nous montrent que le savoir appartient à tous, que l’approche du sacré est permise à toute personne sincère; en particulier quand ils nous désignent avec précision, lors de certains offices, les versets de la Torah en cours de lecture.

Comment conclure ? Peut-être en écrivant que le sacré appartient à toutes les personnes qui le comprennent, le le respectent, et participent à son renouvellement permanent.

Paracha Ki Tissa : comment triompher de la colère ?

D’après le dictionnaire Larousse, la colère est un « état affectif violent et passager, résultant du sentiment d’une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales. »

Voyons plus loin. La colère est le résultat de l’interaction entre un désir et un événement contraire à ce désir, souvent brusque et inattendu. C’est la perception de cet événement contraire qui déclenche la colère.

La personne sujette à la colère perd temporairement le sens des réalités. Elle exige que son désir soit satisfait immédiatement ou dans les plus brefs délais.

Nous parlons de la colère à l’échelle humaine. Cependant la paracha Ki Tissa nous amène sur un tout autre terrain, celui de la colère divine. Nous nous sentons un peu désarmés pour la commenter et donner un avis sur la façon d’en triompher. La colère divine est-elle comparable à la colère humaine ?

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La paracha Ki Tissa du sefer Chémot (Éxode) 30:11 à 34:35 et la colère divine

La colère est un état affectif problématique pour les colériques, comme pour leurs victimes. La paracha Ki Tissa, au cours de laquelle s’entremêlent la colère divine et la colère humaine, nous en fait la démonstration.

Qu’est-ce-que la colère divine ? Nous avons souvent le défaut de voir Dieu à l’image de l’homme, de faire de l’anthropomorphisme. Dieu peut-il réellement céder à la colère ? Colère, est-ce le mot juste à employer en ce qui concerne l’Éternel ?

L’expression « colère divine » n’a aucun sens au premier degré, si l’on se réfère à ce que représente Dieu dans le Judaïsme : une entité créatrice et maîtresse de l’univers, hors de portée de l’être humain. Et pourtant le personnage divin de la Torah se met réellement en colère, cette colère de Dieu est destructrice, et comme le dira Yeshayahou Leibowitz (1903-1994) :  Le don des Dix Commandements est au départ un échec total.

Toutefois, souvenons-nous que le texte de la Torah n’est pas à appréhender au sens propre des termes employés. Il délivre indirectement des messages à notre réflexion.

Revenons à la paracha. L’Éternel a accompli de fabuleux miracles pour que les enfants d’Israël retrouvent la liberté. Il vient de leur révéler les Dix Commandements et s’aperçoit, presque aussitôt, qu’ils n’en ont tenu aucun compte et qu’ils ont entraîné Aaron sur le terrain de l’idolâtrie en lui demandant de façonner un veau d’or.

Chémot 32:1 à 32:6. Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’attroupa autour d’Aaron et lui dit: « Lève-toi et fais-nous un dieu qui marche à notre tête »…Aaron leur répondit: « Détachez les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi »…Aaron ayant reçu cet or de leurs mains, le fit fondre en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà ton Dieu, ô Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte ! »…Aaron érigea devant lui un autel et il proclama: « Demain il y aura une fête pour Dieu ! »…Ils s’empressèrent, dès le lendemain, d’offrir des holocaustes et de présenter des sacrifices de communion. Après cela, le peuple se mit à manger et à boire puis se livra à des réjouissances.

Cette vision provoque la colère de Dieu; colère qui se manifeste en plusieurs étapes.

D’abord, l’accusation brutale :

Chémot 32:7. Alors l’Éternel dit à Moïse: « Va ! Descends, car ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte, agit d’une manière désastreuse. »

Ensuite, le jugement et l’argumentation :

Chémot 32:8. « Ils se sont rapidement écartés de la voie que je leur avais prescrite. Ils se sont fait un veau de métal et se prosternent devant lui. Ils lui sacrifient et disent: ‘Voilà ton dieu, ô Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte !’ »

Puis, la critique acerbe du peuple d’Israël :

Chémot 32:9. L’Éternel dit ensuite à Moïse: « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. »

Et enfin, une menace qui pourrait sembler rageuse (le texte écrit ne permet pas de connaître la tonalité de voix des personnages, le qualificatif de « rageux » est donc une supposition) :

Chémot 32:10. Maintenant, laisse-moi faire, laisse s’allumer contre eux ma colère, et que je les anéantisse tandis que je ferai de toi une grande nation ! »

Nous découvrons la gradation de la colère divine; gradation qui suit les paliers de la colère humaine. Se pose maintenant une grave question : comment faire retomber cette colère très problématique, puisqu’elle menace l’Alliance entre Dieu et le peuple élu ?

Moïse a le choix : laisser la colère divine prendre le dessus, ou bien tenter de la contrer. Il décide d’intervenir et de s’interposer en tant que médiateur. Ce qui montre l’influence légendaire de Moïse sur l’Éternel et ses qualités hors du commun.

Quand Dieu lui dit « laisse-moi faire », nous avons l’impression d’assister à une discussion entre deux associés, entre deux êtres humains. L’expression « laisse-moi faire » indique que Dieu n’est pas convaincu de devoir détruire son peuple et cherche une échappatoire. Dieu fait-il en réalité appel à Moïse pour tester ses qualités de « défenseur d’Israël » ?

Moïse s’emploie alors à triompher de la colère de Dieu. Peu-importe qu’elle soit éventuellement calculée.

Chémot 32:11 à 32:13. Et Moïse demanda à l’Éternel son Dieu: « Pourquoi, Seigneur, ton courroux menace-t-il ton peuple, que tu as tiré du pays d’Égypte avec une grande force et d’une main puissante?…Faut-il que les Égyptiens disent: ‘C’est avec une mauvaise intention qu’il les a fait sortir, pour les faire mourir dans les montagnes et les anéantir de la surface de la terre !’ Reviens de ta colère ardente et aie regret du mal contre ton peuple…Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, à qui tu as juré par toi-même en leur disant: Je ferai votre postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel; et tout ce pays que j’ai désigné, je le donnerai à votre postérité, qui le possédera à jamais ! »

Les versets précédents nous montrent Moïse pratiquant une tactique adroite, commentée dans le Traité Avodah Zarah du Talmud.

Moïse a commencé par s’étonner de voir l’Éternel céder à la colère, à une pulsion affective qui n’est pas de son niveau et qui le rabaisse. Ensuite, il a joué sur la fibre de l’orgueil en faisant allusion à ce que pourraient en dire les égyptiens. C’est presque amusant quand on sait que Moïse s’adresse à Dieu. Puis, c’est l’appel à la raison, à la congruence et aux bons sentiments, quand Moïse rappelle à l’Éternel les promesses faites aux Patriarches hébreux.

Moïse veut que Dieu permette aux enfants d’Israël de se racheter; et Dieu n’est pas insensible à sa plaidoirie.

Chémot 32:14. Alors, l‘Éternel eut regret du malheur qu’il avait voulu infliger à son peuple.

Moïse descend du Mont Sinaï et constate les faits. À son tour, il est saisi d’un courroux terrible envers Aaron et le peuple. Il prend des mesures énergiques, puis il met son engagement personnel en jeu afin de stopper complètement la colère divine.

Chémot 32:31 à 32:32. Moïse retourna vers l’Éternel et dit: « Hélas, ce peuple est coupable d’un grand péché en ce qu’ils se sont fait un dieu d’or…Et pourtant, si tu voulais pardonner leur péché… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit. »

Moïse obtiendra finalement satisfaction. Ainsi, il a triomphé de la colère de Dieu et triomphé, lui-même, de sa propre colère. Comme il est dit dans les Pirkei Avot : « le héros est celui qui réussit à conquérir ses pulsions et à conquérir son instinct. »

Retenons que l’idolâtrie des enfants d’Israël, se prosternant devant le veau d’or, a failli dériver vers un autre type d’idolâtrie, l’idolâtrie de la colère.

Nous avons dit, en introduction, qu’il paraît difficile de comparer la colère divine à la colère humaine. Cependant, dans notre paracha, la colère du dieu de la Torah semble avoir été calquée sur la colère humaine.

De la sorte, la paracha Ki Tissa peut servir de support d’analyse de la colère humaine et de support de réflexion sur la façon d’en triompher. N’oublions pas que la Torah a été écrite par un, ou plusieurs, êtres humains.

Paracha Tétsavé : l’habit fait-il le moine ?

Le Tabernacle des hébreux est édifié dans le désert du Sinaï. Le culte religieux juif, dicté par l’Éternel à Moïse, prend naissance.

Aaron אַהֲרֹן)), frère de Moïse de la Tribu de Lévi, devient le premier Grand Prêtre, le premier « Cohen Gadol », du Judaïsme.

Chémot 28:1. « Quant à toi, fais venir à toi Aaron ton frère, avec ses fils, du milieu des enfants d’Israël, pour exercer la fonction de prêtre en mon honneur: Aaron, avec Nadab, Abihou, Éléazar et Ithamar, ses fils. »

Aaron, le Grand Prêtre, officiera assisté par ses fils. Comment devront-ils pratiquer et quels habits sacerdotaux revêtiront-ils ?

Réfléchissons à l’importance de leur tenue vestimentaire dans le cadre de leur mission.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Tétsavé du sefer Chémot (Éxode) 27:20 à 30:10 et l’importance de l’apparence

En matière de communication, la forme a beaucoup plus d’incidence que le fond (95% contre 5%), selon certains spécialistes. La façon de s’exprimer fait partie de la forme, de même que la façon de se montrer, et en particulier de se vêtir. On pourrait s’inquiéter de cette grande part liée à la « forme », mais il est sans doute préférable de simplement en prendre acte pour mieux comprendre le sens du monde qui nous entoure.

La paracha Tétsavé nous décrit en détail l’habit que les Grands Prêtres et prêtres d’Israël, les Cohanim issus de la Tribu de Lévi, devaient porter.

Chémot 28:2. « Et tu feras confectionner pour Aaron, ton frère, des vêtements sacrés, insignes de gloire et de majesté. »

Suffit-il de porter une tenue exprimant la dignité, la gloire et la majesté pour être un bon Cohen ? L’habit fait-il le moine ?

Cette expression peut prêter à sourire, car dans la tradition juive, le moine (le nazir), qui fait vœu de privation pour atteindre la pureté, n’est pas un personnage particulièrement vanté. En fait, nous parlons ici des prêtres (les Cohanim) et non des moines. Les prêtres ont à servir Dieu avec dignité et majesté. Leurs tâches sont du domaine de la célébration, de la pratique de l’offrande, de l’éducation du peuple. Ils sont au service du Temple quel qu’en soit la forme. Les Cohanim sont l’incarnation du lien entre le peuple et Dieu.

Les lettres du nom « Cohen » peuvent former les termes « ken », signifiant « oui » et « he », évoquant la permanence de Dieu dans le temps.

Parlons maintenant de l’habit du Grand Prêtre en nous référant au texte de la paracha.

Chémot 28:4 à 28:39. « Voici les vêtements qu’ils feront: un pectoral, un éphod, une robe, une tunique à mailles, une tiare et une écharpe…Ils feront l’éphod d’or, de fil bleu, de laine teinte en pourpre et écarlate et de lin…Et deux épaulières d’attache…Tu prendras deux pierres de choham sur lesquelles tu graveras les noms des fils d’Israël…six noms sur une pierre et six autres noms sur l’autre pierre, selon leur ordre de naissance…Tu adapteras ces deux pierres aux épaulières de l’éphod…Tu feras le pectoral du jugement…que tu composeras à la façon de l’éphod…Tu le garniras de pierres précieuses..Ces pierres porteront les noms des douze fils d’Israël…Et Aaron portera ainsi sur son cœur, lorsqu’il entrera dans le sanctuaire, les noms des tribus d’Israël…Tu ajouteras les ourim et les toummim…Aaron portera ainsi le destin des enfants d’Israël sur sa poitrine, devant l’Éternel…Tu feras la robe de l’éphod, uniquement de fil bleu…Tu adapteras au bord de la robe des grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate et des clochettes d’or entremêlées…Aaron la portera lorsqu’il officiera, pour que le son s’entende quand il entrera dans le Sanctuaire, devant l’Éternel, et quand il en sortira…Tu feras une plaque d’or pur, sur laquelle tu graveras, comme sur un sceau: « Consacré a l’Éternel »…Tu la fixeras sur le devant de la tiare…Elle sera sur le front d’Aaron qui se chargera ainsi des péchés…des enfants d’Israël…Tu feras la tunique à mailles en lin, ainsi que la tiare, et l’écharpe tu l’exécuteras en broderie. »

Apportons quelques précisions. L’éphod est un tablier richement brodé. Les ourim et les toummim sont des objets cultuels ayant trait à la révélation prophétique de la vérité.

Les épaulières et le pectoral sur lesquels les noms des 12 tribus sont gravés,  nous montrent que le Grand Prêtre porte le poids de l’unité du peuple d’Israël directement sur sa personne. Cela nous fait penser à la tunique bariolée que portait Joseph, le  fils de Jacob, qui symbolisait, elle aussi, l’unité des douze fils d’Israël.

Le fronteau, fait d’une plaque d’or sur laquelle est gravé « Consacré à l’Éternel », est destiné à rappeler au Grand Prêtre, en permanence, la dimension de sa charge et de sa responsabilité.

Qu’en est-il de l’habit des simples prêtres ? À nouveau référons-nous à la paracha Tétsavé.

Chémot 28:40 à 28:42. « Et pour les fils d’Aaron également tu feras des tuniques et aussi des écharpes, puis tu leur feras des coiffures, signes d’honneur et de dignité…Fais-leur aussi des caleçons de lin pour couvrir la nudité de la chair, depuis les reins jusqu’aux cuisses. »

Leur tenue vestimentaire est quand même plus simple que celle du Grand Prêtre.

Interprétons et actualisons ce que nous venons d’apprendre :

Suffit-il de bien habiller les Cohanim pour qu’ils soient à la hauteur de leur mission et de leurs responsabilités ? Ce n’est bien-sûr pas suffisant. Les Cohanim doivent être parfaitement conscients de la difficulté de leur mission et de leur responsabilité envers ceux qui leur font totalement confiance et qui les considèrent comme le lien avec l’Éternel.

Cependant, de façon générale, l’apparence d’un personnage chargé d’importantes responsabilités est absolument à prendre en considération; l’apparence étant l’habit, l’attitude et le comportement dans l’exercice de la fonction.

L’apparence influe sur le personnage lui-même, au niveau de sa personnalité, de son sens des valeurs, de sa conscience et, en conséquence, au niveau de ses actes. Sans parler du pouvoir de l’apparence sur ceux auxquels le personnage s’adresse. Depuis longtemps les militaires, le clergé catholique, les légistes, les commerciaux soutiennent cette thèse.

L’habit des Cohanim ne suffit donc pas à faire d’excellents Cohanim, mais il est l’un de leurs facteurs de réussite.

Revenons au thème précis de la paracha. Le fronteau en or est à mettre en relation avec les téfilines que nous portons aujourd’hui. Question à se poser : le talit a-t-il une correspondance précise avec un des vêtements du Grand Prêtre ? Peut-être. Ce qui est sûr, c’est que les franges (tsitsit)  du talit symbolisent l’ensemble des commandements de la Torah.

Au tout début de la paracha, il est demandé d’entretenir en permanence la flamme d’un luminaire dans le Sanctuaire. Il est fait de même, actuellement, dans les Synagogues.

Chémot 27:20 à 27:21. « Quant à toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël qu’ils te procurent une huile pure d’olives concassées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence…C’est dans la Tente de réunion, en dehors du rideau qui abrite le Témoignage [les Tables de la Loi], qu’Aaron et ses fils le disposeront, pour brûler du soir au matin… »

L’habit des prêtres Juifs d’autrefois était destiné à symboliser à la fois leur identité et la dignité, le sacré, la solennité, la bienveillance. Les Rabbins d’aujourd’hui s’appliquent, avec beaucoup moins de faste, à en faire tout autant en prenant en considération leur apparence, donc leur façon de se vêtir. L’habit ne fait pas le moine mais fait quand même, un tout petit peu, le Rabbin.

Paracha Yitro : les Dix Commandements sont-ils universels ?

Globalement, l’ensemble des lois est à scinder en deux sous-ensembles :

– tout d’abord, les lois relevant de la nature, de la physique de l’univers, du fonctionnement d’outils matériels, et plus généralement de la causalité. Nous pouvons nous accommoder de ces lois, tenter de les maîtriser, nous en servir dans notre vie courante, mais nous ne pouvons pas les modifier.

– ensuite, les lois créées par l’être humain. Ce sont, par exemple, les règles de moralité, les conventions établies au sein des collectivités, les prescriptions de la vie en société et en nation, ou le droit international.

Dans le second sous-ensemble, sont à différencier deux types de lois: d’abord les lois s’appliquant à la totalité de l’humanité, que nous pourrions qualifier de naturelles ou d’universelles, en ensuite des lois particulières à un groupe humain, un peuple ou une nation.

A quel type de loi, doit-on rattacher les Dix Commandements de l’Éternel, énoncés dans la paracha Yitro ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Yitro du sefer Chémot (Éxode) 18:1 à 20:23 et les lois

La Torah est un recueil d’histoires mais aussi de préceptes. Certaines lois de la Torah, sont considérées comme universelles, c’est à dire applicables à l’ensemble de l’humanité. La première d’entre elles a été donnée par Dieu à Adam harichon dans le jardin d’Éden. Viennent ensuite les sept lois de Noé, dont l’une commande, justement, aux êtres humains de concevoir un système juridique de vie collective.

Rappelons les sept lois de Noé (les lois NoaHides) : obligation d’établir des institutions judiciaires – interdiction de blasphémer – interdiction de pratiquer l’idolâtrie – interdiction d’assassiner – interdiction des unions illicites – interdiction de voler – interdiction de consommer la viande prise sur un animal vivant.

La paracha Yitro décrit le don des Dix Commandements de l’Éternel aux enfants d’Israël, trois mois après leur sortie d’Égypte. Les hébreux sont désormais libres et sont sur le chemin de la constitution d’une nation. Leur liberté, durement acquise, doit s’accompagner de justice. Les Dix Commandements sont la racine de cette justice indispensable.

Les Dix Commandements se sont progressivement répandus au delà des enfants d’Israël. Le monde chrétien les a adoptés. Ils ont étés repris symboliquement par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France, en 1789; qui elle-même à été reprise sur le plan international. Les Dix Commandements sont devenus une référence universelle.

Le nom, Yitro, de notre paracha est révélateur de la tendance à l’universalité. Yitro, prêtre Midianite, est le beau-père de Moïse. Il n’appartient pas aux enfants d’Israël mais rejoint quand-même les hébreux après leur sortie d’Égypte.

Chémot 18:9 à 18:12. Yitro se réjouit de tout le bien que l’Éternel avait fait à Israël, en le sauvant de la main des égyptiens… et il dit: « Loué soit l’Éternel, qui vous a sauvés de la main des égyptiens et de celle de Pharaon… À présent, je sais que l’Éternel est plus grand que tous les autres dieux »…Alors, Yitro, beau-père de Moïse, offrit un holocauste et d’autres sacrifices à Dieu, et Aaron et tous les anciens d’Israël vinrent partager le repas du beau-père de Moïse, devant Dieu.

Yitro s’incline face à l’Éternel et lui rend hommage en présence des Sages d’Israël. Se serait-il converti au Judaïsme ? Les commentateurs n’en sont pas certains. Toutefois, le comportement de Yitro va dans le sens de l’universalité des valeurs du Judaïsme que l’on penserait plutôt particulières. Par ailleurs, Yitro donne des conseils d’organisation du travail et de délégation à Moïse, des conseils de logique et de bon sens sans frontière. N’est-ce pas une façon de commencer à associer l’universel et le particulier ?

Le Judaïsme nomme les Dix Commandements d’une façon qui lui est propre. La traduction exacte de l’hébreu « aséret hadiberot » (עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת) est « Les Dix Paroles », et non pas Les Dix Commandements. Le terme « commandement » implique la contrainte et l’obligation hiérarchique, alors que le terme « parole » fait penser au dialogue, à la négociation, à l’échange.

La confusion vient aussi de ce que la Torah écrite présente la révélation des Dix Commandements sous forme d’une séance « son et lumière » organisée par Dieu. Cette représentation n’a rien d’une négociation bilatérale et apparaît comme une injonction à sens unique.

Chémot 19:16 à 19:18. Au troisième jour, le matin venu, il y eut des tonnerres, des éclairs, une nuée épaisse sur la montagne et un son de cor très fort. Tout le peuple se mit à trembler dans le camp…Moïse fit sortir le peuple du camp et le conduisit à la rencontre de Dieu. Le peuple s’arrêta au pied de la montagne…Le mont Sinaï était tout fumant, parce que l’Éternel était descendu dans le feu. Sa fumée montait comme la fumée d’une fournaise et toute la montagne vibrait violemment.

Ce texte présente un aspect spécifique du don de la Torah: Il se peut qu’à certains moments nous ayons besoin de démonstrations de force, comme pour les enfants d’Israël sortant d’Egypte après des siècles d’oppression. Il ne faut pas généraliser car la tradition juive est surtout favorable à une approche personnalisée et douce des commandements, qui donnent un cadre de vie et ne bloquent surtout pas l’exercice du libre jugement. C’est ici, l’occasion de faire le point sur le sens et la valeur de la Torah écrite dans le Judaïsme :

D’un côté, nous avons l’ensemble des commandements (613 au total), et les récits traditionnels de la Torah écrite, à reconnaître comme la base de notre culture juive. D’un autre côté, nous devons prendre en considération le très grand nombres de prescriptions et commentaires issus du Talmud, de la Torah écrite ou orale et d’autres sources de réflexion postérieures. Ces prescriptions, qui résultent de l’étude, de la recherche, de l’évaluation des différentes interprétations de la Torah, ont abouti à l’élaboration de la Loi Juive, la Halakha (הלכה).

La Loi Juive est évolutive, donc la Torah écrite est un texte vivant. Les écrits de la Torah ne sont pas à interpréter de façon étroite et rigide. « Torah » signifie « enseignement » et non pas « loi ».

Revenons maintenant à la distinction entre lois universelles et lois particulières. Ils est certain qu’un nombre réduit de lois peut s’appliquer à l’ensemble de l’humanité. Le bon sens nous fait penser que ce noyau dur de lois est très proche des lois NoaHides et des Dix Commandements; ceux-ci pourraient donc être jugés comme universels. Dans ce cas, qu’elles seraient les lois particulières au peuple Juif ? Ne seraient-elles pas inscrites dans les traités du Talmud  et regroupées dans la Halakha ?

La Loi Mosaïque, la Loi Juive et les Dix Paroles

La Loi Mosaïque est l’ensemble des prescriptions données par Moïse aux enfants d’Israël et consignées dans la Torah. Les Dix Paroles y sont incluses. La Loi Mosaïque semble être le résultat d’une fusion entre les lois universelles et les premières lois particulières au peuple juif. L’expression « Loi Mosaïque » fait bien sûr référence à la loi de Moïse, mais nous fait également penser au sens courant du terme « mosaïque », un dessin composite fait de petits carreaux de faïence. Cette image est assez juste. La Loi Juive (la Halakha), dont le point départ est la Loi Mosaïque, n’est-elle pas une mosaïque de lois, l’association d’une multitude de petits éléments de sagesse de différentes époques ? Il nous appartient de la mettre en oeuvre, de la façon la plus juste, et de la faire évoluer au fil du temps.