Feuille d’étude « La bénédiction usurpée » (Rachi, Paracha Toledot)

Notre séance Rachi n°3 n’avait pas donné lieu à un article sur le site.
Pour ceux qui souhaitaient télécharger la feuille d’étude, la voici enfin!
Merci encore pour cette nos études de textes du chabbat matin, toujours plus enrichissantes!
Chavouah tov.
rachi-5777-3-toledot

27 :1 Ses yeux étaient affaiblis Par la fumée des offrandes idolâtres de ces femmes (Midrach tan‘houma 8). Autre explication : Au moment où il avait été lié sur l’autel et où son père était sur le point de l’immoler, au même instant, les cieux s’étaient ouverts et les anges servants avaient vu cela et avaient pleuré. Leurs larmes avaient coulé et étaient tombées dans ses yeux. Voilà pourquoi ses yeux s’étaient affaiblis (Beréchith raba 65, 6). Autre explication : afin que ce soit Ya’aqov qui reçoive les bénédictions (Beréchith raba 65, 8).

27 :2 Je ne connais pas le jour de ma mort Rabi Yehochou‘a ben Qor’ha a enseigné dit : quand un homme approche de l’âge où sont morts ses parents, il doit se faire du souci cinq ans avant et cinq ans après (Beréchith raba 65, 12). Yits‘haq, qui était âgé de cent vingt-trois ans, s’est dit : « Si c’est l’âge de ma mère, qui est morte à cent vingt-sept ans, que je dois atteindre, j’ai cinq ans de moins que celui qu’elle avait à la fin de sa vie ». C’est pourquoi…

… Je ne connais pas le jour de ma mort Peut-être aura-t-elle lieu à l’âge qu’avait ma mère, peut-être à celui qu’avait mon père.

27 :7 Devant Hachem Avec Son assentiment, car Il me donnera son accord.

27 :9 Et prends-moi (littéralement : « prends de ce qui est à moi ») Ils m’appartiennent, et ils ne sont donc pas volés. Yits‘haq avait stipulé dans leur contrat de mariage qu’elle aurait le droit de prendre chaque jour deux chevreaux (Beréchith raba 65, 14).

Deux chevreaux Le repas de Yits‘haq consistait-il en deux chevreaux ? En réalité, l’un était destiné au sacrifice pascal, et l’autre devait servir au repas (Pirqé deRabi Eli‘èzèr 32).

Comme il aime Le goût du chevreau ressemble à celui du cerf.

27 :19 C’est moi, ‘Essaw, ton premier-né C’est moi qui t’apporte, et ‘Essaw est ton premier-né.

J’ai fait Beaucoup de choses… ainsi que tu m’as dit.

Assieds-toi Dans le sens de : « s’asseoir à table ». C’est pourquoi le Targoum traduit par iste‘har (« mets-toi autour de la table »).

27 :21 Approche donc que je te tâte Yits‘haq s’est dit en lui-même : « Il n’est pas dans les habitudes de ‘Essaw d’avoir à la bouche le nom de Dieu ! Or, celui-ci vient de dire : “C’est que Hachem ton Dieu m’a donné bonne chance” » (Beréchith raba 65, 19).

27 :22 C’est la voix de Ya’aqov Qui s’exprime en suppliant : « lève-toi, je te prie ! » (verset 19), alors que ‘Essaw parle durement : « que mon père se lève ! » (verset 31).

27 :24 Il dit : C’est moi Il n’a pas répondu : « c’est moi ‘Essaw ! », mais : « c’est moi ! ».

27 :29 Maudit qui te maudira, et béni qui te bénira Tandis que Bil’am dira : « béni qui te bénira, et maudit qui te maudira ! » (Bamidbar 24, 9). Les justes commencent par endurer des épreuves, et ils finissent par jouir de la paix. Aussi ceux qui les maudissent, à savoir leurs persécuteurs, précèdent-ils ceux qui les bénissent. C’est pourquoi Yits‘haq fait précéder la bénédiction de ceux qui bénissent par la malédiction de ceux qui maudissent. Les impies, bien au contraire, commencent par vivre dans la quiétude, et ils finissent accablés de souffrances. Aussi Bil’am, ce mécréant, place-t-il la bénédiction avant la malédiction (Beréchith raba 66).

וַתִּכְהֶיןָ. בַּעֲשָׁנָן שֶׁל אֵלּוּ (שֶׁהָיוּ מְעַשְׁנּוֹת וּמַקְטִירוֹת לַעֲבוֹדָת זָרָה). דָּבָר אַחֵר כְּשֶׁנֶּעֱקָד עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וְהָיָה אָבִיו רוֹצֶה לְשַׁחֲטוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִפְתְּחוּ הַשָּׁמַיִם וְרָאוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וְהָיוּ בּוֹכִים וְיָרְדוּ דִּמְעוֹתֵיהֶם וְנָפְלוּ עַל עֵינָיו לְפִיכָךְ כָּהוּ עֵינָיו. דָּבָר אַחֵר כְּדֵי שֶׁיִּטּוֹל יַעֲקֹב אֶת הַבְּרָכוּת:

לֹא יָדַעְתִּי יוֹם מוֹתִי. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אִם מַגִּיעַ אָדָם לְפֶרֶק אֲבוֹתָיו יִדְאָג חָמֵשׁ שָׁנִים לִפְנֵיהֶן וְחָמֵשׁ שָׁנִים לְאַחַר כֵּן וְיִצְחָק הָיָה בֶּן קכ »ג (כִּי יַעֲקֹב בֶּן ס »ג כְּשֶׁנִּתְבָּרֵךְ דּוֹק בְּרַשִׁ »י סוֹף הַסֵּדֶר) אָמַר שֶׁמָּא לְפֶרֶק אִמִּי אֲנִי מַגִּיעַ וְהִיא מֵתָה בַּת קכ »ז. וַהֲרֵנִי בֶּן חָמֵשׁ שָׁנִים סָמוּךְ לְפִרְקָהּ לְפִיכָךְ

לֹא יָדַעְתִּי יוֹם מוֹתִי : שֶׁמָּא לְפֶרֶק אִמִּי שֶׁמָּא לְפֶרֶק אַבָּא:

לִפְנֵי ה’. בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁיַּסְכִּים עַל יְדֵי:

וְקַח לִי. מִשֶּׁלִּי הֵם וְאֵינָם גָּזֵל שֶׁכָּךְ כָּתַב לָהּ יִצְחָק בִּכְתוּבָּתָהּ לִטּוֹל שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים בְּכָל יוֹם:

שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים. וְכִי שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים הָיָה מַאֲכָלוֹ שֶׁל יִצְחָק אֶלָּא פֶּסַח הָיָה. הָאֶחָד הִקְרִיב לְפִסְחוֹ וְהָאֶחָד עָשָׂה מַטְעַמִּים. בְּפִרְקֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר:

כַּאֲשֶׁר אָהֵב. כִּי טַעַם הַגְּדִי כְּטַעַם הַצְּבִי:

אָנֹכִי עֵשָׂו בְּכֹרֶךָ. אָנֹכִי הוּא הַמֵּבִיא לְךָ וְעֵשָׂו הוּא בְּכוֹרֶךָ:

עָשִׂיתִי. כַּמָּה דְּבָרִים כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ אֵלָי:

שְׁבָה. לָשׁוֹן מֵיסֶב עַל הַשֻּׁלְחָן לְכָךְ מְתוּרְגָם אִסְתַּחָר:

גְּשָׁה נָא וַאֲמֻשְּׁךָ. אָמַר יִצְחָק בְּלִבּוֹ אֵין דֶּרֶךְ עֵשָׂו לִהְיוֹת שֵׁם שָׁמַיִם שָׁגוּר בְּפִיו וְזֶה אָמַר כִּי הִקְרָה ה’ אֱלֹהֶיךָ:

קוֹל יַעֲקֹב. שֶׁמְּדַבֵּר בְּלָשׁוֹן תַּחֲנוּנִים קוּם נָא אֲבָל עֵשָׂו בְּלָשׁוֹן קַנְטוֹרְיָא דִּבֵּר יָקוּם אָבִי:

וַיֹּאמֶר אֲנִי. לֹא אָמַר אֲנִי עֵשָׂו אֶלָּא אֲנִי:

אֹרֲרֶיךָ אָרוּר וּמְבָרְכֶיךָ בָּרוּךְ. וּבְבִלְעָם הוּא אוֹמֵר מְבָרְכֶיךָ בָּרוּךְ וְאֹרֲרֶיךָ אָרוּר הַצַּדִּיקִים תְּחִלָּתָם יִסּוּרִים וְסוֹפָן שַׁלְוָה וְאוֹרְרֵיהֶם וּמְצַעֲרֵיהֶם קוֹדְמִים לִמְבָרְכֵיהֶם לְפִיכָךְ יִצְחָק הִקְדִּים קִלְלַת אוֹרְרִים לְבִרְכַת מְבָרְכִים וְהָרְשָׁעִים תְּחִלָּתָן שַׁלְוָה וְסוֹפָן יִסּוּרִין לְפִיכָךְ בִּלְעָם הִקְדִּים בְּרָכָה לִקְלָלָה:

Peut-on être ‘élohiste’ sans être humaniste ?

MeHilta dérabi Ichmael bechalaH 3 et Devarim Raba choftim

On parle souvent d’un Dieu « vengeur », mais quelles sont les qualités principales qui sont attribuées à Dieu ? La prière juive quotidienne autant que le talmud soulignent des qualités de bienveillance et de solidarité.

Lorsque le chant de la mer parle de notre volonté de « magnifier Dieu », les sages talmudiques s’interrogent.

Comment peut-on contribuer à élever ce qui est déjà plus haut que nous ?

Il semble que c’est en devenant aussi humanistes que Dieu que nous pouvons essayer de devenir un peu « élohistes ».

Telle est en tout cas la vision que nous présente le midrach, qui sera mis en relation avec d’autres sources la sagesse juive dans un partage de notre compréhension des textes.

 (Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour étudier avec nous au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h, contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

 

Et je le magnifierai rabbi Ichmaël dit et est-ce possible pour un être de chair et de sang de magnifier celui qui le possède mais je me magnifierai par les commandements je ferai devant lui un loulav magnifique et des tsitsiot magnifiques et une prière magnifique Abba Chaoul dit je lui ressemblerai de même qu’il est gracieux et bienveillant toi aussi sois gracieux et bienveillant.

 

Autre chose et tu l’appelleras à la paix vois combien représente la force de la paix viens et vois un être de chair et de sang si il a un ennemi il cherche et poursuit ce qu’il peut lui faire et que lui fait-il il va et rend hommage à un homme plus grand que lui qui fera à cet ennemi du mal mais HKBH n’est pas ainsi mais tous les serviteurs des étoiles le mettent en colère et ils s’endorment et toutes les âmes montent vers lui d’où comme il est dit qu’il y a dans sa main l’âme de toute vie et le matin il rend à chacun son âme d’où comme il est dit il donne l’âme au peuple sur elle autre chose un être de chair et de sang si son prochain lui fait du mal il ne bouge pas de son cœur jamais mais HKBH n’est pas ainsi mais Israël était en Egypte et les égyptiens les asservissaient avec de la chaux et des briques et après tout le mal qu’ils ont fait à Israël l’écrit a pitié d’eux et dit tu n’opprimeras pas l’égyptien car tu as été un étranger sur sa terre mais poursuivez la paix comme il est dit demande la paix et poursuis-la.

ר’ ישמעאל אומר: וכי אפשר לבשר ודם להנות לקונו אלא אנוה לו במצות, אעשה לפניו לולב נאה סוכה נאה ציצית נאה תפלה נאה. אבא שאול אומר: אדמה לו מה הוא רחום וחנון אף אתה רחום וחנון.

ד »א « וְקָרָאתָ אֵלֶיהָ לְשָׁלוֹם » ראה כמה הוא כחו של שלום בוא וראה ב »ו אם יש לו שונא הוא מבקש ומחזר מה לעשות לו מהו עושה לו הולך ומכבד לאדם גדול ממנו שיעשה לאותו שונא רעה אבל הקב »ה אינו כן אלא כל עובדי כוכבים מכעיסין אותו והן ישנים וכל הנפשות עולות אצלו מנין שנאמר (איוב יב, י): « אשר בידו נפש כל חי » ובבקר הוא מחזיר לכל אחד ואחד נשמתו מנין שנאמר (ישעיה מב, ה): « נותן נשמה לעם עליה ».

ד »א ב »ו אם יעשה לחברו רעה אינה זזה מלבו לעולם אבל הקב »ה אינו כן אלא היו ישראל במצרים והיו המצרים משעבדין אותם בטיט ובלבנים לאחר כל הרעות שעשו לישראל חס הכתוב עליהן ואמר (דברים כג, ח): « לא תתעב מצרי כי גר היית בארצו » אלא רדפו אחר השלום שנאמר (תהלים לד, טו): « בקש שלום ורדפהו ».

 

Rabbi Ichmael et Abba Chaoul sont-ils en opposition ? Qu’est-ce qui les rapproche, qu’est-ce qui les distingue ? Qu’est-ce que « magnifier dieu » à votre sens ? Quelles sont les qualités que les sages attribuent à Dieu ? Ces qualités sont-elles à notre portée ou hors d’atteinte ? Peut-on vraiment devenir meilleurs ? Peut-on contribuer à cherche la paix au-delà de nos mauvaises expériences ?

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -3 mechilta derabi ichmael bechalaH

Kohélèt, l’épicurien désenchanté

Le livre de l’Ecclésiaste: approche pédagogique du doute existentiel! – Bible et Pédagogie 2, c’est déjà dimanche prochain, à Gambetta/Surmelin. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

Il n’y a pas d’âge pour se poser des questions sur la vie et la mort. Les grands cauchemars de nos tout-petits, les réactions de nos ados, et nos propres sentiments nous le prouvent au quotidien.

On pourrait s’imaginer qu’il faut être toujours optimiste. Si tel était le cas, que fait Kohélet, l’Ecclésiaste, dans la Bible ? Lui qui représente la sagesse, lui, le Roi Salomon, se permet de mettre en doute le fait que le bon comportement soit bénéfique. L’histoire n’est pas facile à raconter, et il faudra faire des efforts de « traduction » pour les plus jeunes, mais le jeu en vaut la chandelle.

Et nous, nous permettons-nous de verser dans le doute ? Lorsque nous voyons les difficultés du monde, quelles sont nos réactions ? Kohélèt constate la fragilité de la vie humaine, quelle conclusion en tire-t-il ? Est-ce que nous le suivons dans son chemin ? Sa sagesse est-elle également pour nous un point de « rassemblement », de Kéhila, de communauté ?

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaela ou répondez à cet article en commentaire.

I -1 Paroles de Kohélet, fils de David, roi à Jérusalem. 2 Vanité des vanités, a dit Kohélet, vanité des vanités; tout est vanité! 3 Quel profit tire l’homme de tout le mal qu’il se donne sous le soleil? 4 Une génération s’en va, une autre génération lui succède, et la terre subsiste perpétuellement. 5 Le soleil se lève, le soleil se couche: il se hâte vers son point de départ, où il se lèvera encore, 6 pour s’avancer vers le sud et décrire sa courbe vers le nord; le vent progresse en évoluant toujours et repasse par les mêmes circuits. 7 Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie; vers l’endroit qui est assigné aux fleuves, ils dirigent invariablement leur cours. 8 Toutes choses sont toujours en mouvement; personne n’est capable d’en rendre compte. L’œil n’en a jamais assez de voir, ni l’oreille ne se lasse d’entendre. 9 Ce qui a été c’est ce qui sera; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera: il n’y a rien de nouveau sous le soleil! 10 Il est telle chose dont on dirait volontiers: « Voyez, ceci est nouveau » Eh bien! Cette chose a déjà existé dans les temps qui nous ont précédés. 11 Nul souvenir ne subsiste des anciens, de même de leurs plus récents successeurs il ne demeurera aucun souvenir chez ceux qui viendront plus tard. 12 Moi, Kohélet, je suis devenu roi d’Israël, à Jérusalem. 13 Et j’ai pris à cœur d’étudier, d’examiner avec sagacité tout ce qui se passe sous le soleil: c’est une triste besogne que Dieu a offerte aux fils d’Adam pour s’en tracasser. 14 J’ai donc observé toutes les œuvres qui s’accomplissent sous le soleil: eh bien! Tout est vanité et pâture de vent. 15 Ce qui est tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne peut entrer en compte. 16 Je me suis dit en moi-même: « Voilà que j’ai, moi, accumulé et amassé plus de sagesse que tous ceux qui m’ont précédé à Jérusalem; mon cœur a acquis un grand fonds de discernement et d’expérience. » 17 J’avais en effet appliqué mon attention à connaître la sagesse et à discerner la folie et la sottise, et je me suis aperçu que cela aussi était pâture de vent; 18 car, abondance de sagesse, abondance de chagrin, et accroître sa science, c’est accroître sa peine.

II-1 Je me suis dit à moi-même: « Allons! Je veux te faire faire l’expérience de la joie, te donner du bon temps. » Eh bien! Cela aussi est vanité! 2 A la gaîté j’ai dit: « Tu es folie! Et à la joie: « A quoi sers-tu? » 3 Je résolus, à part moi, de prodiguer à mon corps les plaisirs du vin et, tout en restant attaché de cœur à la sagesse, de faire une place à la folie, de façon à voir quel est le meilleur parti que puissent suivre les fils d’Adam sous le ciel, au cours de leur existence. 4 J’entrepris de grandes choses: je me bâtis des palais, je me plantai des vignes. 5 Je me fis des jardins et des parcs, et j’y plantai toutes sortes d’arbres fruitiers. 6 Je me construisis des réservoirs d’eau, pour arroser des forêts riches en arbres. 7 J’acquis des esclaves et des servantes, j’eus un nombreux personnel domestique; mes troupeaux de bœufs et de brebis dépassaient de loin ceux de tous mes prédécesseurs à Jérusalem. 8 Je m’amassai aussi de l’argent et de l’or, les trésors précieux des rois et des provinces; je me procurai des chanteurs et des chanteuses, ce qui fait les délices des fils d’Adam, de nombreuses odalisques. 9 Je surpassai ainsi en faste et en richesse tous ceux qui m’avaient précédé à Jérusalem; en même temps ma sagesse me restait comme appui. 10 Rien de ce que mes yeux pouvaient désirer ne leur était refusé par moi; je n’interdis aucun plaisir à mon cœur. Mon cœur, en effet, n’eut qu’à s’applaudir des soins que je prenais, et telle fut la récompense de toutes mes peines. 11 Mais quand je me mis à considérer toutes les œuvres accomplies par mes mains et tous les tracas que je m’étais imposés, je constatai que tout était vanité et pâture de vent, et qu’il n’est point d’avantage durable sous le soleil. 12 Puis, je me mis à passer en revue sagesse, folie et sottise: « Car, me disais-je, que [pourra faire] l’homme qui viendra après le roi? Celui-ci aura déjà tout fait. » 13 Je m’aperçus que la sagesse est supérieure à la folie autant que la lumière est supérieure aux ténèbres: 14 Le sage a ses yeux dans la tête, et le sot chemine dans les ténèbres. Mais je reconnus aussi qu’un même sort est réservé à l’un et à l’autre. 15 Alors je dis en mon cœur: « Le sort du fou est le même qui m’attend, moi; dès lors, à quoi bon avoir acquis tant de sagesse? » Et je m’avouai à moi-même que cela encore est vanité. 16 En effet, le souvenir du sage n’est pas plus durable que celui du fou; car viennent les temps futurs, tout tombera dans l’oubli! Et comment se fait-il que le sage meure à l’égal du fou? 17 Aussi ai-je pris la vie en haine, car je regardai comme mauvais tout ce qui se passe sous le soleil, tout n’étant que vanité et pâture de vent. 18 Je finis aussi par détester tout le labeur auquel je m’étais adonné sous le soleil, et dont je dois laisser les fruits à quelqu’un qui me succédera. 19 Or, qui sait s’il sera sage ou sot? Et pourtant il sera maître de tout ce que j’aurai acquis sous le soleil par mon travail et mon ingéniosité. Cela aussi est vanité. 20 Je me laissai donc aller à prendre en aversion tout le labeur pour lequel j’avais peiné sous le soleil. 21 Car voilà un homme qui a travaillé avec sagesse, réflexion et succès, et il doit tout laisser en propriété à quelqu’un qui ne s’est donné aucun mal! Cela aussi est vanité et souverainement mauvais. 22 Qu’est-ce qui revient donc à l’homme de tout son labeur et de toutes les combinaisons de son esprit, pour lesquelles il se tracasse sous le soleil? 23 En effet, tous ses jours sont pénibles, son activité est une source de chagrin; même la nuit son cœur n’a point de repos. Cela encore est vanité. 24 Ne vaut-il pas mieux pour l’homme de manger, de boire et de se donner du plaisir pour prix de son labeur? Cela aussi, je l’ai constaté, émane de Dieu. 25 Car qui peut manger et jouir en dehors de sa volonté? 26 C’est à l’homme qui lui plait qu’il donne sagesse, intelligence et joie; tandis qu’au pécheur il impose la corvée de recueillir et d’entasser [des biens], qu’il fait passer ensuite à celui qui jouit de la faveur divine. Cela est également vanité et pâture de vent.

IX – 1 Tout cela, je l’ai noté dans mon esprit et cherché à le tirer au clair: les justes, les sages et ce qu’ils font sont dans la main de Dieu; les hommes ne se rendent compte ni de l’amour ni de la haine; tout leur échappe. 2 Tous sont soumis à des accidents pareils; un même sort attend le juste et le méchant, l’homme bon et pur et l’impur, celui qui sacrifie et celui qui ne sacrifie point; l’homme de bien est comme le pécheur, celui qui prête des serments comme celui qui craint de jurer. 3 C’est là le défaut de tout ce qui s’accomplit sous le soleil, qu’une même destinée y soit réservée à tous; aussi le cœur des hommes déborde-t-il de méchanceté, la folie emplit leur âme leur vie durant; après cela… [en route] vers les morts! 4 Or, qui demeure dans la société des vivants peut avoir quelque espoir, car un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. 5 Les vivants savent du moins qu’ils mourront, tandis que les morts ne savent quoi que ce soit; pour eux plus de récompense, car leur souvenir même s’efface, 6 leur amour, leur haine, leur jalousie, tout s’est évanoui ils n’ont plus désormais aucune part à ce qui se passe sous le soleil. 7 Va donc, mange ton pain allègrement et bois ton vin d’un cœur joyeux; car dès longtemps Dieu a pris plaisir à tes œuvres. 8 Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne cesse de parfumer ta tête. 9 Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, tous les jours de l’existence éphémère qu’on t’accorde sous le soleil, oui, de ton existence fugitive car c’est là ta meilleure part dans la vie et dans le labeur que tu t’imposes sous le soleil. 10 Tout ce que tes propres moyens permettent à ta main de faire, fais-le; car il n’y aura ni activité, ni projet, ni science, ni sagesse dans le Cheol, vers lequel tu te diriges. 11 J’ai encore observé sous le soleil que le prix de la course n’est pas assuré aux plus légers, ni la victoire dans les combats aux plus forts, ni le pain aux gens intelligents, ni la richesse aux sages, ni la faveur à ceux qui savent; car mêmes destinées et mêmes accidents sont le lot de tous.

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -2 Ecclesiaste

 

Pourquoi Dieu n’utilise-t-il pas la violence contre les « fausses religions » ?

Avoda zara 54b

Dieu semble se compliquer la vie. S’il n’aime pas les cultes idolâtres, pourquoi ne pas tout simplement les détruire ? Pourquoi ne pas détruire ceux qui le défient ouvertement ? Telle est la question posée par les sages des nations à Israël d’après le Talmud.

C’est une bonne question. Pourquoi Dieu n’utilise pas lui-même la violence ? La violence peut-elle résoudre les conflits religieux ? Est-il légitime de s’approprier la « volonté de dieu » pour défendre l’un ou l’autre culte ?

Pour les sages du Talmud, Dieu lui-même s’interdit la violence, et respecte la liberté de croyance de chacun. Le monde poursuit son cours, à charge pour nous de le rendre aussi bien que possible. Voilà en tout cas l’une des réponses apportées par notre sougia ce mercredi.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour nous rejoindre au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h , contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

On enseigne dans la michna on a demandé aux anciens à Rome s’il n’aime pas le service des étoiles pourquoi ne l’annule-t-il pas ils leur ont dit si ils servaient des choses dont le monde n’a pas besoin il l’annulerait voici qu’ils servent le soleil et la lune et les étoiles et les constellations il va détruire son monde à cause des fous ils leur dirent si c’est ainsi qu’il détruire les choses dont le monde n’a pas besoin et qu’il laisse les choses dont le monde a besoin ils leur dirent et aussi nous soutenons les mains de ceux qui disent ce sont des divinités puisque elles n’ont pas été détruites

 

Guémara les sages ont enseigné les sages des nations ont demandé aux anciens à Rome si leurs dieu ne désire pas le service des étoiles pour quelle raison ne l’annule-t-il pas ils leur dire si ils servaient une chose une chose dont le monde n’a pas besoin il l’annulerait or ils servent le soleil et la lune et les étoiles et les constellations il va détruire le monde à cause des fous mais le monde se conduit selon sa conduite et les fous qui le détruisent finiront par être jugés autre chose voici qu’il a volé un séa de blé et l’a planté dans le sol est-ce justice qu’il ne pousse pas mais le monde se conduit selon sa conduite et continue et les fous qui le détruisent finiront par être jugés autre chose voici celui qui a des relations avec la femme de son prochain est-ce justice qu’elle ne tombe pas enceinte mais le monde se conduit selon sa conduite et continue et les fous qui le détruisent finiront par être jugés et c’est ce qu’a dit rech lakich le saint béni soit-il a dit je ne juge pas les méchants qui rendent mon effigie sans valeur mais qui m’oppressent et s’attribuent ma signature sans mon accord.

מתני’ שאלו את הזקנים ברומי אם אין רצונו בעבודת כוכבים למה אינו מבטלה אמרו להן אילו לדבר שאין צורך לעולם בו היו עובדין היה מבטלו הרי הן עובדין לחמה וללבנה ולכוכבים ולמזלות יאבד עולמו מפני השוטים אמרו להן א »כ יאבד דבר שאין צורך לעולם בו ויניח דבר שצורך העולם בו אמרו להן אף אנו מחזיקין ידי עובדיהן של אלו שאומרים תדעו שהן אלוהות שהרי הן לא בטלו:

גמ ת »ר שאלו פלוסופין את הזקנים ברומי אם אלהיכם אין רצונו בעבודת כוכבים מפני מה אינו מבטלה אמרו להם אילו לדבר שאין העולם צורך לו היו עובדין הרי הוא מבטלה הרי הן עובדין לחמה וללבנה ולכוכבים ולמזלות יאבד עולם מפני השוטים אלא עולם כמנהגו נוהג ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין דבר אחר הרי שגזל סאה של חטים [והלך] וזרעה בקרקע דין הוא שלא תצמח אלא עולם כמנהגו נוהג והולך ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין דבר אחר הרי שבא על אשת חבירו דין הוא שלא תתעבר אלא עולם כמנהגו נוהג והולך ושוטים שקלקלו עתידין ליתן את הדין והיינו דאמר ריש לקיש אמר הקב »ה לא דיין לרשעים שעושין סלע שלי פומבי אלא שמטריחין אותי ומחתימין אותי בעל כרחי

 

 

Quelle vision a-t-on ici du « miracle » ? Qu’apprenons-nous sur la liberté de croyance de l’homme ? Sur l’intervention de dieu ou non dans le quotidien humain ? La violence est-elle un moyen légitime de faire avancer une cause ?

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -1 Avoda zara 54b

Jonas, le gentil prophète désobéissant

Le livre de Jonas: approche pédagogique de l’obéissance relative – Bible et Pédagogie 1, c’est déjà dimanche prochain, à Nation/Ganénou. Pour les parents et tous ceux qui aiment la pédagogie.

On pourrait s’imaginer qu’il faut être parfait, qu’il faut être obéissant, qu’il faut vouloir le bien des autres toujours et qu’il faut faire son devoir. Si tel est le cas, que fait le prophète Jonas dans la Bible ? Et pourquoi lit-on son histoire à Kipour ? Est-ce que nous nous identifions au Ninvéens qui réussissent finalement à faire téchouva, à comprendre leur erreur et à changer ? Ou bien nous identifions-nous à Jonas, qui refuse sa mission, et progresse cahin-caha en réussissant malgré lui ?

L’histoire de Jonas est l’occasion de dévoiler nos sentiments face au « devoir d’obéissance » que nous nous imposons à nous-mêmes et à nos enfants, et à évaluer notre « pouvoir de bienveillance » pour accueillir avec douceur les manquements des uns et des autres, ce qui reste la meilleure façon d’accompagner un changement vers le mieux.

Quelles sont les tâches que nous fuyons ? Qui nous les a commandées ? Où fuyons-nous pour y échapper ? Qui nous rappelle à notre devoir ? La suite tourne-t-elle comme nous l’avions prévu ? Mieux ou moins bien ? Sommes-nous finalement satisfaits du résultat final ? Si nous faisions un parallèle entre Jonas et nous, à quoi chacunes de ces péripéties correspondrait-elle dans notre histoire personnelle ?

(Attention, le texte suivant est repris de la traduction en français par le rabbinat. Le texte biblique ne doit pas être statique et les traductions ont tendance à appauvrir. Nous vous invitons à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître.  Merci.)

Pour étudier avec nous à Ganénou-Nation ce dimanche de 10h (accueil à 9h30) à 11h15, contactez Raffaela ou répondez à cet article en commentaire.

1 La parole de l’Eternel fut adressée à Jonas, fils d’Amittaï, en ces termes: 2 « Lève-toi! Va à Ninive, la grande ville, et prophétise contre elle; car leur iniquité est arrivée jusqu’à moi. » 3 Mais Jonas se leva pour fuir à Tarsis, hors de la présence de l’Eternel; il se rendit à Jaffa, où il trouva un vaisseau en partance pour Tarsis. II paya le passage et s’y embarqua pour aller avec eux à Tarsis, loin de la présence de l’Eternel. 4 Or, l’Eternel suscita un vent violent sur la mer et une grande tempête s’y éleva; le vaisseau pensa se briser. 5 Les matelots prirent peur, et chacun d’invoquer son Dieu. Ils jetèrent à la mer les objets qui se trouvaient sur le vaisseau afin de l’alléger. Pour Jonas, il était descendu au fond du navire, s’y était couché et profondément endormi. 6 Le commandant de l’équipage s’approcha de lui et lui dit: « Que fais-tu là, dormeur? Debout! Invoque ton Dieu, peut-être ce Dieu-là s’ingéniera-t-il en notre faveur, de sorte que nous ne périrons pas. » 7 Cependant les matelots se disaient l’un à l’autre: « Voyons, tirons au sort, afin de connaître celui qui nous attire ce malheur. » Ils tirèrent au sort, et le sort désigna Jonas. 8 Ils lui dirent: Apprends-nous donc puisque c’est toi qui nous attires ce malheur quelle est ta profession et d’où tu viens; quel est ton pays et à quel peuple tu appartiens. » 9 Il leur répondit: « Je suis Hébreu; j’adore l’Eternel, Dieu du ciel, qui a créé la mer et la terre ferme. » 10 Ces hommes, saisis d’une grande terreur, lui dirent: « Qu’as-tu fait là! » Car ils surent alors qu’il s’enfuyait de devant l’Eternel, Jonas le leur ayant appris. 11 Ils ajoutèrent: « Que devons-nous faire de toi pour que la mer se calme autour de nous? Car la mer devient de plus en plus furieuse. » 12 Il leur répondit: « Prenez-moi et jetez-moi à la mer, vous la verrez s’apaiser, car je reconnais que c’est par mon fait que vous essuyez cette violente tempête. » 13 Ces hommes firent force de rames pour regagner la côte, mais ils ne purent, tant la mer orageuse continuait à les assaillir! 14 Ils invoquèrent donc l’Eternel en disant: « De grâce, ô Eternel, ne nous fais point périr à cause de cet homme, et ne fais pas retomber sur nous le sang innocent! Car c’est toi-même qui as fait ce que tu as voulu. » 15 Puis ils saisirent Jonas et le jetèrent à la mer. Aussitôt la fureur de la mer se calma. 16 Et ces hommes conçurent une vénération profonde pour l’Eternel; ils lui offrirent des sacrifices et firent des vœux en son honneur.

1 L’Eternel suscita un énorme poisson, qui engloutit Jonas; celui-ci resta dans les entrailles du poisson trois jours et trois nuits. 2 Dans les entrailles mêmes de ce poisson, Jonas adressa une prière à l’Eternel, son Dieu, 3 et il dit: « Dans ma détresse j’ai invoqué l’Eternel, il m’a répondu : du sein du Cheol je t’ai imploré, tu as entendu ma voix. 4 Le flot me ballottait au cœur des mers, et les courants m’enveloppaient; toutes tes vagues et toutes tes lames passaient sur moi. 5 Déjà je me disais: « Je suis repoussé loin de tes regards! » Mais non, je veux contempler encore ton temple saint. 6 Les eaux m’investissaient, menaçant ma vie, j’étais cerné par l’Abîme, les algues étreignaient ma tête. 7 Précipité jusqu’à la racine des montagnes, la terre me fermait ses barrières pour toujours… Tu as sauvé ma vie de la perdition, Eternel, mon Dieu. 8 Quand mon âme, dans mon sein, allait défaillir, je me suis ressouvenu de l’Eternel, et ma prière a monté vers toi, vers ton sanctuaire auguste. 9 Ceux qui révèrent des idoles menteuses, ceux-là font bon marché de leur salut. 10 Pour moi, c’est en te rendant hautement grâce, que je t’offrirai des sacrifices; j’accomplirai les vœux que j’ai prononcés: le secours vient du Seigneur! » 11 L’Eternel ordonna au poisson de rejeter Jonas sur la côte.

1 La parole de l’Eternel fut adressée une seconde fois à Jonas, en ces termes: 2 « Lève-toi, va à Ninive la grande ville, et fais-y la publication que je te dicterai. » 3 Jonas se leva et se rendit à Ninive, selon l’ordre du Seigneur. Or, Ninive était une ville puissamment grande: [il fallait] trois jours pour la parcourir. 4 Jonas commença à parcourir la ville l’espace d’une journée, et publia cette annonce: « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite! » 5 Les habitants de Ninive crurent en Dieu; ils proclamèrent un jeûne, et tous, grands et petits, se vêtirent de cilices. 6 Le bruit étant parvenu jusqu’au roi de Ninive, il se leva de son trône, jeta bas son manteau, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre. 7 Et il fit publier dans Ninive comme décret du roi et de ses dignitaires ce qui suit: « Que ni homme ni bête, ni gros ni menu bétail ne goûtent quoi que ce soit; qu’on ne les laisse pâturer ni boire de l’eau. 8 Que les hommes et le bétail soient enveloppés de cilices; que chacun invoque Dieu avec force, qu’il renonce à sa mauvaise conduite et à la rapine qui est dans ses mains! 9 Qui sait? Peut-être Dieu, se ravisant, révoquera-t-il son arrêt et se départira-t-il de son courroux, pour que nous ne périssions pas. » 10 Dieu, en effet, considérant leur conduite, voyant qu’ils avaient abandonné leur mauvaise voie, revint sur la calamité qu’il leur avait annoncée et n’accomplit pas sa menace.

1 Jonas en conçut un grand déplaisir et se mit en colère. 2 Et il adressa à l’Eternel cette prière: « Hélas! Seigneur, n’est-ce pas là ce que je disais étant encore dans mon pays? Aussi m’étais-je empressé de fuir à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu clément et miséricordieux, plein de longanimité et de bienveillance, prompt à revenir sur les menaces. 3 Et maintenant, ô Eternel, de grâce, ôte-moi la vie; car la mort pour moi est préférable à la vie. » 4 L’Eternel répondit: « Est-ce à bon droit que tu t’affliges? » 5 Jonas, étant sorti de Ninive, s’était établi à l’orient de la ville; là il s’était dressé une cabane sous laquelle il s’était assis à l’ombre, dans l’attente de ce qui se passerait dans la ville. 6 Or, le Seigneur Dieu fit pousser un ricin qui s’éleva au-dessus de Jonas pour ombrager sa tête et le consoler de sa douleur. Jonas ressentit une grande joie au sujet du ricin. 7 Mais dès l’aube du lendemain, ce même Dieu suscita un ver qui rongea le ricin, de sorte qu’il se dessécha. 8 Puis, quand le soleil fut levé, Dieu fit souffler un vent d’Est étouffant, et le soleil darda ses feux sur la tête de Jonas, qui en fut accablé. Alors il se souhaita la mort à lui-même, et il dit: « La mort vaudrait mieux pour moi que la vie. » 9 Et Dieu dit à Jonas: « Est-ce à bon droit que tu te chagrines à cause de ce ricin? » Il répondit: « Je m’en chagrine à bon droit, au point de désirer la mort. » 10 L’Eternel répliqua: « Quoi! tu as souci de ce ricin qui ne t’a coûté aucune peine, que tu n’as point fait pousser, qu’une nuit a vu naître, qu’une nuit a vu périr: 11 et moi je n’épargnerais pas Ninive, cette grande ville, qui renferme plus de douze myriades d’êtres humains, incapables de distinguer leur main droite de leur main gauche, et un bétail considérable! »

(texte tiré de http://sefarim.fr/)

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: pedagogie 5777 -1 jonas

Paracha Ekev : à quoi ça nous sert d’être honnête ?

Selon Jean Piaget (1896-1980), théoricien de la psychologie du développement, l’enfant se développe en explorant le monde. L’enfant se livre spontanément à des tentatives qui réussissent ou échouent. Il en déduit de lui-même ce qu’il faut faire et ne pas faire.

Il en est de même pour nous. Parfois, notre réussite relève de circonstances hasardeuses. Nous nous posons alors une question déterminante pour l’avenir : à quels actes, à quels facteurs devons-nous attribuer cette réussite ?

D’autres questions s’enchaînent : en pratique, comment faut-il s’y prendre pour être sûr de réussir ? Bien agir ou bien se comporter permet-il de toujours réussir ? Faut-il être parfaitement honnête pour réussir ? Ne peut-on pas tricher un peu ? Comment faire pour pérenniser notre réussite ? Comment faire pour que la réussite se transforme en bonheur ?

Notre paracha semble nous promettre la réussite si nous obéissons aux injonctions divines. Qu’est-ce que cela peut bien signifier?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Ekev du sefer Devarim (7:12 à 11:25) nous parles des principes du bien agir et de la recherche du bonheur 

Ekev (עקב), second mot de la paracha, signifie « en raison de » et indique une causalité.

Devarim 7:12 à 7:15. « En raison de votre obéissance à ces lois et de votre fidélité à les accomplir, l’Éternel, votre Dieu, sera fidèle au pacte de bienveillance qu’il a juré à vos pères… Il t’aimera, te bénira, te multipliera, il bénira le fruit de tes entrailles et le fruit de ton sol…dans le pays qu’il a juré à tes pères de te donner. Tu seras béni entre tous les peuples…L’Éternel écartera de toi tout fléau… »

Moïse poursuit ses déclarations aux enfants d’Israël : ceux-ci doivent être totalement et à jamais fidèles à l’alliance contractée avec Dieu. En conséquence de cela, tout se passera bien pour eux et leur avenir sera assuré.

Le fait que tout acte ait des conséquences est une notion capitale. Cette notion est en relation avec l’idée de justice immanente : si nous agissons bien ou mal, nous sommes récompensés ou punis à coup sûr. Elle est également en relation avec le concept du karma, le karma étant constitué à travers l’ensemble de nos actes prêtant à conséquences, actes passés, actuels et futurs.

Sur ce plan, tout n’est pas aussi simple. Parfois, nous nous comportons bien moralement, nous accomplissons de notre mieux certains actes, et les conséquences positives de nos actes ne sont pas au rendez-vous. Pourquoi en est-il ainsi ?

Nous sommes en droit de nous poser cette question. Moïse l’a posée à l’Éternel (Elle est citée dans un midrach du Traité BraHot du talmud) :  » Comment se fait-il que des personnes justes échouent alors que des personnes se comportant mal réussissent ?  » Cette anomalie apparente se retrouve dans le Livre de Job : Job est une personne juste et il lui arrive néanmoins les pires ennuis.

Afin de clarifier ce problème, analysons le principe de récompense du « bien agir ». Raisonnons de façon statistique : les conséquences de nos bonnes actions ne sont pas positives en permanence, dans certains cas elles sont négatives (la justice n’est pas totalement immanente). C’est la tendance moyenne qui est à prendre en considération. Si de façon constante nous agissons bien, la moyenne des conséquences à long terme est nettement positive et le bonheur commence à transparaître. Des fruits commencent à naître de ce que nous avons planté et, en un temps ultérieur, le bonheur durable s’établit.

Le thème de la continuité (fidélité) dans la conduite à tenir, est traité dans la paracha :

Devarim 8:6. « Et tu devras toujours garder les commandements de l’Éternel, ton Dieu, en marchant dans ses voies et en le révérant. »

En pratique, comment assurer cette continuité ?

Devarim 8:18. « C’est de l’Éternel, ton Dieu, que tu dois te souvenir, car c’est lui qui t’aura donné la force d’arriver [dans la continuité] à cette prospérité. »

Pour réussir véritablement, il nous faut respecter en permanence la ligne de conduite dans laquelle nous nous sommes engagés. Malgré tout, des échecs occasionnels surviendront, les aléas de la vie nous feront douter.

Nous ne devons pas tomber dans le piège des succès occasionnels qui nous feront magnifier des qualités superficielles ou factices, ne croire qu’en nous, et nous pousseront à abandonner nos engagements.

(Un exemple très prosaïque : nous commettons un petit vol dans un supermarché sans nous faire arrêter. Nous avons ainsi réussi à gagner quelque chose en nous étant mal conduits. Dans ce cas, allons-nous attribuer cette réussite à notre maigre talent de voleur à la sauvette, ou bien allons nous faire amende honorable et vite revenir sur la ligne du véritable succès ?)

La paracha nous met en garde en évoquant l’idolâtrie :

Devarim 8:19. « Et, si jamais vous oubliez l’Éternel, votre Dieu, si vous vous attachez à des dieux étrangers, que vous les servez et que vous leur rendez hommage, je vous le déclare en ce jour, vous périrez! »

Question cruciale : en pratique, comment rester fidèles à nos engagements à long terme ? Comment surmonter les accidents de parcours ?

Il est nécessaire d’appartenir à un groupe humain soudé pour permettre au long terme d’exister. C’est notre cas : nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes membres d’un peuple dont nous partageons les valeurs fondamentales. De génération en génération, nous restons intégrés à ce peuple.

Si la réalité des événements n’est pas à même de nous montrer que nous sommes sur la bonne voie, la tradition de solidarité et d’entraide  de notre peuple se charge, sur le moment, de nous le montrer à sa place. De la sorte, cela nous aura servi d’être honnête aux yeux de notre peuple.

Que notre recherche éthique nous soit au maximum source de bonheur!

 

Paracha VaétHanan : 10 commandements – à chacun sa version !

Le sefer Devarim (le Deutéronome) est le livre de la répétition. Son contenu, selon la tradition, a été énoncé par Moïse durant les 37 derniers jours de sa vie, peu de temps avant l’entrée du peuple hébreu en terre de Canaan.

Moïse s’exprime face aux enfants d’Israël. Il révèle les fondements de leur alliance avec Dieu à la nouvelle génération, il leur raconte les péripéties de l’épopée de leurs pères. Le rapprochement du sefer Chemot (l’Exode) et du sefer Devarim (le Deutéronome) dévoile des différences textuelles. Que certains événements et propos soient présentés de manière sensiblement différente nous interpelle.

Dans la Torah, il y aurait donc plusieurs façons, cohérentes mais quand même différentes, de traiter les mêmes sujets ? La paracha VaétHanan en est un extrait représentatif.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

Ce que nous dit la paracha VaétHanan du sefer Devarim (3:23 à 7:11)

Devarim 5:1 à 5:3. « Moïse fit appel à tout Israël, et dit: Ecoute, Israël, les lois et les statuts que je vous fais entendre aujourd’hui; étudiez les et appliquez vous à les suivre. L’Éternel, notre Dieu, a contracté avec nous une alliance en Horeb. Ce n’est pas avec nos pères que l’Éternel a contracté cette alliance, c’est avec nous-mêmes, nous qui sommes ici, aujourd’hui, tous vivants. »

Moïse rappelle aux enfants d’Israël leur engagement dans l’alliance; puis leur remet en mémoire les 10 paroles, (nommées également 10 commandements), en particulier le commandement du chabbat.

Devarim 5:11 à 5:14. « Observe le jour du chabbat pour le sanctifier, comme te l’a prescrit l’Éternel, ton Dieu. Durant six jours tu travailleras et t’occuperas de toutes tes affaires; mais le septième jour est la trêve de l’Éternel, ton Dieu. Tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ni ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l’étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d’Égypte, et que l’Éternel, ton Dieu, t’en a fait sortir d’une main puissante et d’un bras étendu; c’est pourquoi l’Éternel, ton Dieu, t’a prescrit d’observer le jour du chabbat. »

Le commandement du chabbat est intéressant car il est présenté sous 2 versions.

Parlons, pour commencer, du cantique du chabbat, LeHa dodi : « Chamor (observe) et zaHor (souviens-toi) ne sont qu’une seule parole, que nous fit entendre Dieu… » Chamor et zaHor sont des termes extraits de la Torah. Véritablement, Dieu a t-t’il dit « chamor » ou bien a-t’il dit « zaHor » ? Pourquoi deux versions différentes dans ces deux livres de notre Torah ?

Continuons sur le thème du chabbat. La version de l’Exode est la suivante : il faut respecter le chabbat car Dieu a créé le monde en 6 jours et s’est reposé le 7ième jour. La version du Deutéronome est : « Observe le jour du chabbat…tu n’y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ni ton esclave mâle ou femelle…car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. » Par ailleurs, la version du Deutéronome rappelle au peuple l’esclavage en Égypte. Ce rappel est absent dans la version de l’Exode.

Ensuite, la paracha devient une paracha pédagogique. Moïse donne une succession d’instructions  et de conseils précis au peuple d’Israël. Y est inséré un sermon qui deviendra le Chema Israël.

Devarim 6:4 à 6:9. « Écoute, Israël: l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est un ! Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur…Ces devoirs que je t’impose aujourd’hui seront gravés dans ton cœur… Tu les inscriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »

Dans la haggada de PessaH, quatre enfants posent des questions à propos du Seder. Ces quatre enfants ont des personnalités différentes: l’un est « sage », l’autre « rebelle », le troisième est « simple » et le quatrième est « celui qui ne sait pas poser les questions ». La question de l’enfant « sage » est la suivante : « Quels sont ces statuts, ces lois, ces commandements que votre Dieu vous a imposés ? » La même question se trouve telle qu’elle dans la paracha VaétHanan :

Devarim 6:20 à 6:21. « Quand ton fils t’interrogera un jour, disant: Qu’est-ce que ces statuts, ces lois, ces commandements, que l’Éternel, notre Dieu, vous a imposés? Tu répondras à ton fils: Nous étions asservis à Pharaon, en Égypte, et l’Éternel nous en fit sortir d’une main puissante. »

La valeur spirituelle et sociale des 10 commandements (les 10 « paroles »)

Les 10 commandements sont la base spirituelle de la religion juive et sont le noyau de son code moral et rituel. A savoir que le christianisme et l’islam leur accordent beaucoup d’importance, mais ne les considèrent pas comme un fondement religieux.

Cependant, les 10 commandements ont étés repris par une grande part de l’humanité comme commandements universels. Ils ont inspiré les législateurs et sont à l’origine de nombreuses règles de vie en collectivité. De façon générale, leur valeur sociétale a pris le pas sur leur valeur religieuse.

A chacun sa version ?

La paracha VaétHanan nous incite à nous poser beaucoup de questions concernant la Torah. Pourquoi ces différences d’un sefer (livre) à l’autre ? Quelle est la version à retenir ? Les différentes versions sont-t-elles compatibles ? La vérité est-elle dans le texte ? La Torah a-t-elle eu un seul ou plusieurs auteurs ? Est-ce une évolution normale et logique de l’écriture de la Torah dans le temps ?

A deux moments différents de l’histoire du peuple, les dix commandements sont exprimés de façons différentes. Au moment de la sortie d’Egypte, on insiste sur le rappel de la création du monde, et au moment de l’entrée en Canaan, on insiste sur la mention de la sortie d’Egypte. Ainsi, ces deux événements fondamentaux sont tous deux représentés par notre pratique du chabbat. le « Chamor » et le « ZaHor » sont tous deux nécessaires et complémentaires. La raison « divine » ( Dieu s’est arrêté le 7e jour) et la raison « sociale » ( tes employés doivent se reposer un jour par semaine) du chabbat sont toutes deux exprimées.

Le traité Erouvin du Talmud nous aide à conclure : « Ces paroles ci, comme ces paroles là, sont les paroles du Dieu vivant. »

Les différentes versions, d’un livre à l’autre, seraient donc toutes vraies. Elles seraient là pour nous pousser à la réflexion, nous permettre d’identifier les messages transmis par la Torah et de bien comprendre le sens de ces messages.