Paracha Tazria : alors, fille ou garçon ?

Malgré les apparences, la Torah n’est pas un ouvrage d’accès facile. Parmi les complexités à relever dans sa lecture, se trouve l’exposé du rôle des femmes.

Plusieurs femmes ont fortement marqué le parcours des hébreux et du peuple juif. Citons, entre autres, Sarah, Rebecca et Myriam. La Torah les présente de façon très honorable et leur comportement est décrit avec précision.

Cependant, la Torah met-t-elle les hommes et les femmes sur le même pied d’égalité ? Ce n’est pas certain. Les livres de la Torah offrent une place réduite aux personnalités féminines, au regard de la répercussion de leurs actes.

Mais pourquoi parlons-nous de la condition féminine dans la Torah ?

Tout simplement parce que la paracha Tazria nous en offre l’occasion. Celle-ci débute par les prescriptions de l’Éternel concernant la mise au monde des enfants d’Israël.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Tazria du sefer Vayikra (Lévitique) 12:1 à 13:59 et l’égalité homme-femme

Vayikra 12:1 à 12:4. L’Eternel s’adressa à Moïse en ces termes: « Parle ainsi aux enfants d’Israël: lorsqu’une femme, ayant conçu, enfantera d’un mâle, elle sera impure durant sept jours, comme lorsqu’elle est isolée à cause de ses règles…Au huitième jour, on circoncira le prépuce de l’enfant…Puis, trente-trois jours durant, la femme restera dans le sang de purification. Elle ne devra toucher à rien de consacré et elle n’entrera pas dans le lieu saint avant que les jours de sa purification ne soient accomplis. »

Vayikra 12:5 à 12:6. Si c’est une fille qu’elle met au monde, elle sera impure pendant quatorze jours, comme lors de ses règles. Puis, durant soixante-six jours, elle restera avec le sang de purification…Quand sera achevé le temps de sa purification, pour un garçon comme pour une fille, elle apportera un agneau d’un an comme holocauste et un pigeon mâle ou une tourterelle comme offrande expiatoire, à l’entrée de la Tente d’assignation, et les remettra au prêtre. »

Les versets précédents nous laissent perplexes. Un effort de réflexion est nécessaire pour les interpréter et déterminer leur bien-fondé.

Ainsi, après qu’une femme ait accouché, se passe une période de transition, de repos, de retour à la vie normale; et la durée de cette période est différente selon le sexe du nouveau-né. Elle est au total de 40 jours pour un garçon et de 80 jours pour une fille, soit le double.

Cette période de repos est indispensable. L’accouchement nécessite un grand effort physique et mental pour la femme. Il est une épreuve pénible pour le corps et délicate pour l’esprit. Le risque de mourir des suites d’un accouchement était élevé à l’époque de l’écriture de la Torah; et était encore élevé, chez nous, dans un passé relativement récent. Mais cela n’explique pas la différence de durée de récupération en fonction du sexe de l’enfant.

Alors, où se trouve l’explication ? Est-elle liée à la déception d’avoir accouché d’une fille ? C’était le cas au temps de l’écriture de la Torah et c’est encore le cas dans de nombreux pays aujourd’hui. Cette explication est possible mais nous semble insuffisante.

Une théorie intéressante a été mise en avant. La condition féminine est problématique depuis toujours. En tant que femme, la mère est consciente des difficultés que son enfant aura à affronter tout au long de sa vie, s’il est de sexe féminin. Le retient-elle auprès d’elle, le plus longtemps possible, pour cette simple raison ? Pourquoi-pas ?

C’est une des réponses plausibles à ce doublement du temps par le doublement du nombre 40 (7+33). Le nombre 40 est un nombre de transition. Il est le nombre de jours de déluge à l’époque de Noé, le nombre de jours passés par Moïse sur le Mont Sinaï afin de préparer la naissance du peuple juif par le don de la Torah, le nombre de jours passés par les explorateurs en Canaan, le nombre d’années passées dans le désert par les enfants d’Israël avant qu’ils se risquent à conquérir la terre promise.

Le doublement du temps de retour à la vie normale, après la naissance d’une fille, a certainement une origine culturelle très ancienne.

Afin de donner une explication à l’inégalité homme-femme, présente dès la naissance, le Midrach fait une comparaison entre la lune et le soleil, la lune représentant la condition féminine et le soleil, la condition masculine.

La Torah nous dit que Dieu, au cours de la genèse de l’univers, a créé deux grands luminaires. Le plus petit pour la nuit et le plus grand pour le jour. Pourquoi deux luminaires, et deux luminaires différents ?

D’après le Midrach, ces deux luminaires, la lune et le soleil, étaient initialement de même taille, comme l’étaient au départ la condition féminine et la condition masculine. Cependant, la lune a supposé que dans un univers d’autorité, deux rois de même niveau ne peuvent pas s’asseoir sur le même trône; et la lune s’est tournée vers Dieu pour lui faire part de son avis. Dieu lui a répondu, comme parfois on répond aux femmes, qu’elle n’avait qu’à se réduire pour régler ce problème. Ce que la lune à fait.

Néanmoins, la lune bénéficie de compensations aujourd’hui encore. La fête de Roch Hodech (début de mois) est dédiée à la lune et celle-ci, dès qu’elle apparaît, est consolée au moyen d’une bénédiction spéciale lui confirmant qu’elle ne sera jamais oubliée.

Dans les pays où l’égalité homme-femme est loin d’être parfaite, la coutume veut que soit apportée une attention particulière à la place de la femme dans la société. Les exemples ne manquent pas. Mais cela ne règle en rien le problème du déséquilibre selon le sexe.

Soulignons que ce déséquilibre n’a rien d’inéluctable et que les différences naturelles entre hommes et femmes peuvent facilement être surmontées. Ce n’est qu’une question d’adaptation.

Travaillons à cela dès maintenant, sans attendre l’ère messianique qui fera peut-être reprendre la même taille aux deux grands luminaires. Nous ne serons plus alors dans un paradigme de concurrence. Nous serons dans un paradigme de collaboration équilibrée où deux forces équivalentes coexisteront et formeront un ensemble à haut potentiel.

Nous conseillons aux gens en manque de passion de s’investir dans la création de structures à égalité homme-femme parfaite. L’évidence les rattrapera. Ils seront tout étonnés de ne pas avoir à demander aux femmes ce qui leur manque et seront peut-être déçus de trouver cette mission trop facile concrètement. Si obstacle il y a, il sera culturel.

Quand ‘Dieu n’aime pas ceux qui l’aiment… La haine gratuite et la destruction du Temple

Talmud Babylonien Yoma 9b – « Quand ‘Dieu n’aime pas ceux qui l’aiment  »

Les deux temples ont été détruits, et ce, par la volonté de ‘Dieu lui-même. Pourquoi ‘Dieu voudrait-il faire disparaitre son temple ? Parfois, certains se réclament du ‘divin tout en s’éloignant de l’obligation première : l’amour du prochain. Le deuxième temple a été détruit en raison de la haine gratuite, sinat Hinam. Cette faute est donc considérée comme aussi grave que les trois fautes ayant conduit à la destruction du premier temple : l’idolâtrie, l’abus sexuel et le meurtre. Elle est si sérieuse que même la pratique de la Torah, des commandements et de la générosité vis-à-vis du prochain ne peuvent la contrebalancer. Avoir « la foi », ce n’est pas un gage valable aux yeux de ‘Dieu, l’amour du prochain passe avant tout. Le reste est important, mais l’inversion des valeurs est une trahison.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour étudier avec nous au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h, contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

Le premier temple pour quoi a-t-il été détruit à cause de trois choses qui s’y sont produites le service étranger et la révélation des impudeurs et répandre les sangs

le service étranger car il est écrit Trop courte sera la couche pour s’y étendre que signifie Trop courte sera la couche pour s’y étendre Rabbi Yonatan a dit Trop courte sera cette couche pour s’étendre que deux s’étendent dessus ensemble et trop étroite la couverture pour s’y envelopper Rabbi Chémouel Bar NaHmani a dit quand Rabbi Yonatan arrivait à cet écrit il pleurait et disait ce qui est écrit à ce sujet Il amoncelle comme une digue les eaux de la mer la couverture/l’idole s’est faite étroite/rivale

la révélation des impudeurs car il est écrit Puisque les filles de Sion sont si arrogantes, s’avançant le cou dressé, lançant des regards provocants, puisqu’elles marchent à pas mesurés et font sonner les clochettes de leurs pieds Puisque les filles de Sion sont si arrogantes elles marchaient avec un port hautain s’avançant le cou dressé elles marchaient de toute leur hauteur lançant des regards provocants elles mettaient du noir à leurs yeux puisqu’elles marchent à pas mesurés elles allaient le talon touchant l’orteil, et font sonner les clochettes de leurs pieds Rabbi ItsHak dit qu’elles apportaient de ma myrrhe et du baume qu’elles mettaient dans leurs chaussures et quand elles arrivaient chez les jeunes hommes d’Israël elles tapaient du pied et projetaient sur elles et faisaient entrer en eux le mauvais penchant comme un venin furieux

et répandre les sangs car il est écrit Manassé répandit aussi le sang innocent en si grande abondance que Jérusalem en était remplie d’une extrémité à l’autre Mais le deuxième temple où ils s’occupaient de Torah et de Mitsvot et de Générosité gracieuse pour quelle raison a-t-il été détruit à cause du fait qu’il y avait en lui de la haine gratuite pour t’apprendre que la haine gratuite est équivalente aux trois transgressions le service étranger la révélation des impudeurs et répandre les sangs

Ils étaient mauvais mais ils attachaient leur sécurité à HKBH c’est la même chose pour le premier temple comme il est écrit Ses chefs rendent la justice pour des présents, ses prêtres donnent leur enseignement pour un salaire, ses prophètes prononcent des oracles à prix d’argent, et ils osent s’appuyer sur l’Eternel et dire: « Certes l’Eternel est au milieu de nous, aucun mal ne nous atteindra! Pour cette raison HKBH a fait venir sur eux trois décrets correspondant aux trois transgressions qu’ils avaient dans leurs mains comme il est dit Eh bien! à cause de vous Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra un monceau de ruines, et la montagne du temple une hauteur boisée (et dans le premier temple, il n’y avait pas de haine gratuite ?…)

מקדש ראשון מפני מה חרב מפני ג’ דברים שהיו בו ע »ז וגלוי עריות ושפיכות דמים

ע »ז דכתיב (ישעיהו כח, כ) כי קצר המצע מהשתרע מאי קצר המצע מהשתרע א »ר יונתן קצר מצע זה מהשתרר עליו שני רעים כאחד (ישעיהו כח, כ) והמסכה צרה כהתכנס א »ר שמואל בר נחמני כי מטי רבי יונתן להאי קרא בכי אמר מאן דכתיב ביה (תהלים לג, ז) כונס כנד מי הים נעשית לו מסכה צרה

גלוי עריות דכתיב (ישעיהו ג, טז) ויאמר ה’ יען כי גבהו בנות ציון ותלכנה נטויות גרון ומשקרות עינים הלוך וטפוף תלכנה וברגליהן תעכסנה

יען כי גבהו בנות ציון שהיו מהלכות ארוכה בצד קצרה ותלכנה נטויות גרון שהיו מהלכות בקומה זקופה ומשקרות עינים דהוו מליין כוחלא עיניהן הלוך וטפוף תלכנה שהיו מהלכות עקב בצד גודל וברגליהן תעכסנה א »ר יצחק שהיו מביאות מור ואפרסמון ומניחות במנעליהן וכשמגיעות אצל בחורי ישראל בועטות ומתיזות עליהן ומכניסין בהן יצה »ר כארס בכעוס

שפיכות דמים דכתיב (מלכים ב כא, טז) וגם דם נקי שפך מנשה [הרבה מאד] עד אשר מלא את ירושלם פה לפה

אבל מקדש שני שהיו עוסקין בתורה ובמצות וגמילות חסדים מפני מה חרב מפני שהיתה בו שנאת חנם ללמדך ששקולה שנאת חנם כנגד שלש עבירות ע »ז גלוי עריות ושפיכות דמים

רשעים היו אלא שתלו בטחונם בהקב »ה

אתאן למקדש ראשון דכתיב (מיכה ג, יא) ראשיה בשוחד ישפוטו וכהניה במחיר יורו ונביאיה בכסף יקסומו ועל ה’ ישענו לאמר הלא ה’ בקרבנו לא תבוא עלינו רעה לפיכך הביא עליהן הקב »ה ג’ גזרות כנגד ג’ עבירות שבידם שנאמר (מיכה ג, יב) לכן בגללכם ציון שדה תחרש וירושלים עיין תהיה והר

הבית לבמות יער

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 – 7 Yoma 9b

Paracha Chémini : comment éviter les dangers du faux sacré ?

L’expression « faux sacré » nous fait penser à la connivence très répandue du pouvoir et du sacré pour diriger une nation et un peuple.

Il n’y a pas de pouvoir possible sur un peuple sans un large déploiement de symboles abstraits ou concrets et sans un style de gouvernance qui se donne, sous certains aspects, l’apparence du sacré.

Abordons la paracha Chémini.

Le Judaïsme voit le jour. Le sacré tangible apparaît avec le Sanctuaire, les Cohanim et le rite officiel. Le faux sacré apparaît aussi, comme nous le verrons. Quels dangers présente ce faux sacré? Comment les éviter?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Chémini du sefer Vayikra (Lévitique) 9:1 à 11:47 et la crainte du faux sacré

Nous sommes au huitième jour. Et c’est là, le commencement de notre histoire. « Chémini », le nom de la paracha, signifie « huitième ».

L’édification du Sanctuaire est achevée, les sept jours de consécration de Aaron et de ses quatre fils sont révolus. Le protocole rituel est établi. Les Cohanim peuvent maintenant officier.

Vayikra 9:1. Et il advint, le huitième jour, que Moïse interpella Aaron et ses fils, ainsi que les anciens d’Israël.

Tout débute à merveille. Les offrandes sont présentées à l’Éternel devant la Tente d’assignation. Moïse et Aaron bénissent le peuple puis, soudain, un éclair fulgurant jaillit et enflamme les offrandes.

Vayikra 9:23 à 9:24. Moïse et Aaron entrèrent dans la Tente d’assignation. Ils ressortirent et bénirent le peuple; alors la gloire de l’Eternel se manifesta à tout le peuple…Un feu s’élança de devant l’Eternel et consuma, sur l’autel, l’holocauste et les graisses. A cette vue, tous les membres du peuple crièrent de joie et tombèrent sur leur face.

Peu après, deux fils d’Aaron, Nadab et Abihou, interviennent et présentent sur l’autel un autre feu; acte non prescrit par le rite. Ils sont aussitôt terrassés par un éclair venu des cieux.

Vayikra 10:1 à 10:2. Puis les fils d’Aaron, Nadab et Abihou, prenant chacun leur encensoir, y mirent du feu sur lequel ils jetèrent de l’encens, et apportèrent devant l’Eternel un feu profane sans qu’il le leur eût commandé…Alors un feu s’élança de devant l’Eternel et les dévora, et ils moururent devant l’Eternel.

Pour quelle raison Nadab et Abihou ont-ils agi ainsi ? Se sont-ils emparés du sacré pour s’en glorifier, pour se mettre au premier plan, pour revendiquer un certain pouvoir ? Pourquoi ont-ils apporté sur l’autel du faux sacré à la place du feu sacré ?

Cet événement nous amène donc à nous interroger sur le sens du sacré, sur ce qui est authentiquement sacré et sur l’objet de l’appropriation du sacré. Questions à se poser sur un plan général, au delà du cas particulier de notre paracha.

Après la mort de Nadab et Abihou c’est la consternation. Moïse tente de réconforter Aaron, de le consoler de la perte de ses deux fils.

Vayikra 10:3. Moïse dit alors à Aaron: « C’est là ce qu’avait déclaré l’Eternel en disant: Je veux être sanctifié par ceux qui me sont proches et glorifié devant la face de tout le peuple ! » Et Aaron garda le silence.

Aaron s’abstient de tout commentaire parce qu’il ne comprend pas bien en quoi ses deux fils ont fauté. La mort de Nadab et Abihou rachète-elle leur faute à travers le fait qu’elle sanctifie Dieu ? La mort d’êtres humains peut-elle faire partie de la sanctification de Dieu ?

Ce qui suit est l’interdiction, faite à tous les Cohanim, de consommer des boissons alcoolisées juste avant d’assurer le service du Temple. Les Cohanim doivent rester pleinement lucides dans l’exercice de leur fonction et entièrement conscients de leurs responsabilités.

Vayikra 10:8 à 10:11. L’Eternel parla ainsi à Aaron:…« Tu ne boiras ni vin ni boisson enivrante, toi comme tes fils, quand vous aurez à entrer dans la Tente d’assignation…afin de pouvoir distinguer le sacré du profane et l’impur de ce qui est pur…et afin d’instruire les enfants d’Israël dans toutes les lois que l’Eternel leur a transmises par Moïse. »

La sanction par la mort de Nadab et Abihou nous paraît à priori inacceptable. Néanmoins, elle nous conduit à donner un avis sur le faux sacré et le sacré.

L’invention du faux sacré est dangereuse en elle-même. Elle est une façon d’abuser les gens. Le faux sacré est une arme illégitime de prise de pouvoir. Cependant, le sacré authentique est-il totalement vertueux ? Mourir pour le sacré, comme mourir pour Dieu, est sans fondement dans le Judaïsme. Le Lévitique nous dit bien que l’homme fera les commandements et qu’il vivra grâce à eux.

Dans le Talmud Yoma nous trouvons la règle de PikouaH néfech (פיקוח נפש) qui donne la priorité à la vie humaine. Un verset du Deutéronome (Devarim) va dans ce sens :

Devarim 30:19. « Je prends à témoin, en ce jour, le ciel et la terre: j’ai placé devant toi la vie et la mort, le bonheur et le malheur. Tu devras choisir la vie ! Et tu vivras alors, toi et ta postérité. »

La vie a la préséance. Nous ne pouvons honorer Dieu qu’en étant vivants. C’est ce qui est dit au cours de l’office du matin : « l’âme de tout vivant peut louer Dieu ». C’est ce qui est dit également dans le Hallel : « ce ne sont pas les morts qui peuvent louer Dieu ».

Par défaut, comme l’a sans doute fait Moïse pour consoler Aaron, nous disons parfois que certains sont morts « al kiddouch hachem », « pour sanctifier le nom », c’est à dire le nom de Dieu.Cela ne signifie pas qu’il fallait qu’ils meurent « au nom de Dieu » mais simplement que la façon dont ils se sont confrontés à la mort est une éloge héroïque à la vie. C’est une façon de dire que leur assassinat, inacceptable, n’enlève pas le sens profond de ce qu’ils ont été.

A notre avis, ce qui sanctifie réellement le nom divin est d’aimer la vie constamment, de la trouver toujours belle, malgré les obstacles de son parcours et les moments pénibles qu’elle nous réserve.

C’est un défi de percevoir la valeur de la tradition juive et l’élan de vie qu’elle porte en elle. La vie sous toutes ses formes est le summum du sacré authentique. Lorsque nous traversons des moments difficiles, le faux sacré peut être une tentation, mais lorsqu’on s’est créé une vie pleine de sens, insérée dans un réseau social qui nous soutient, nous avons les outils pour lui résister.

Constituer ce réseau est le défi permanent de chacune et de chacun, le cadre de notre tradition est une façon de relever ce défi.

 

Paracha Tsav : que symbolise le sang ?

Dans la tradition juive, le sang représente l’âme de la vie, et la vie est sacrée. Ceci explique pourquoi il nous est rigoureusement interdit de consommer le sang de tout être vivant.

Cette interdiction est incluse dans les lois NoaHides, dans la Loi Mosaïque, et dans la Halakha, la Loi juive dans ses évolutions historiques et actuelles.

Le sang représente la vie, et pourtant le sang inspire très souvent de la répulsion. Est-ce parce que l’écoulement de sang est en rapport avec la mort, ou pour d’autres raisons ?

Par ailleurs, le sang ne symbolise-t-il que la vie biologique dans la tradition juive ?

 Réfléchissons à ces questions en lisant la paracha Tsav.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La Paracha Tsav du sefer Vayikra (Lévitique) 6:1 à 8:36 et la symbolique du sang

Notre paracha décrit l’utilisation du sang dans la consécration du Temple (le michkan), et des prêtres (les Cohanim), que sont Aaron et ses fils.

Vayikra 8:30. Alors Moïse prit de l’huile d’onction et du sang qui était près de l’autel et en fit l’aspersion sur Aaron et sur ses vêtements, puis sur ses fils et sur les vêtements de ses fils. Ainsi il consacra Aaron et ses vêtements, et avec lui ses fils et les vêtements de ses fils.

Que signifie l’utilisation du sang dans cette consécration ? Que signifie-t-elle dans la tradition juive et pour l’humanité toute entière ?

Il y a une notion d’interdit autour du sang. Le sang est associé à la vie, mais aussi à la mort. Rappelons que dans les textes bibliques, le mot « sang » est souvent utilisé pour désigner le « meurtre »; une métonymie qui prend sa source dans le récit de l’assassinat de Abel par Caïn.

Béréchit 4:10. Dieu dit: « Qu’as-tu fait ? Écoute ! Le sang de ton frère crie du sol vers moi. »

Il est écrit dans le Lévitique, qu’après avoir égorgé un animal nous devons mettre son sang hors de vue, l’ensevelir, le recouvrir de terre ou de sable. Le sang est un attribut particulier de l’animal que nous ne devons pas nous approprier.

Nous avons le devoir de respecter les animaux dont nous mangeons la chair. Il est prescrit dans le Judaïsme d’assurer au mieux le bien-être des animaux en cours d’élevage et de leur donner la mort en les vidant de leur sang le plus rapidement possible; le reliquat de sang étant ensuite éliminé par absorption par le sel.

Entre autres symbolisations, le sang représente la catastrophe et la mort. La première des dix plaies d’Égypte, qui a permis la fuite des hébreux soumis à l’esclavage, a été la transformation de l’eau du Nil en sang.

Chémot 7:17 à 7:18. Ainsi parle l’Éternel: « Voici qui t’apprendra que je suis l’Éternel ! Je vais frapper, de cette verge que j’ai à la main, les eaux du fleuve et elles se transformeront en sang…Les poissons du fleuve mourrons, le fleuve deviendra infect et les Égyptiens renonceront à boire de son eau. »

Toutefois, le sang ne représente pas seulement l’aspect morbide de l’existence, dont nous devrions nécessairement nous démarquer. Le sang symbolise aussi la vie, en ce qu’elle a de sacré, et la fertilité.

L’arrivée des règles chez les jeunes filles est le point de départ de l’engendrement. Lors d’un accouchement, l’enfant voit le jour pendant que le sang se répand.

Le sang évoque le passage de la vie à la mort, comme le passage de la mort à la vie. L’esclavage peut-être assimilé à la mort, et la vie à la liberté.

Peu avant leur sortie d’Égypte, les enfants d’Israël se sont différenciés de l’ensemble de la population en badigeonnant le linteau des portes de leurs demeures de sang d’agneau. C’est ainsi qu’ils ont échappé à la dixième plaie d’Égypte, l’immolation des premiers nés.

Ce sang au linteau des portes est à l’origine de la mézouzah (מזוזה) actuelle apposée à l’entrée des maisons et des pièces. Le sang a été remplacé par l’écrit, l’écrit des rouleaux de parchemin introduits dans les mézouzot.

Citons aussi la brit milah (בְרִית מִילָה), la circoncision des nouveaux nés mâles à l’âge de huit jours. Brit milah, veut dire en français « alliance par la circoncision ». Il se produit pendant cette opération un écoulement symbolique de sang qui marque l’entrée de l’enfant dans l’Alliance et l’éducation juive.

Revenons à notre paracha. Moïse a consacré Aaron et ses fils, les premiers Cohanim, par l’aspersion d’un mélange d’huile et de sang sur leurs corps et sur leurs vêtements de prêtres. Le sang apparaît ici comme un symbole de sanctification nécessaire au sacerdoce.

Lisons la suite :

Vayikra 8:33 à 8:34. « Et vous ne quitterez pas le seuil de la Tente d’assignation durant sept jours, jusqu’au terme des jours de votre installation: car votre installation doit durer sept jours…Comme on a procédé en ce jour, l’Éternel a ordonné qu’on procède encore, pour achever votre propitiation. »

Après les avoir consacrés, Moïse ordonne aux Cohanim de se tenir sept jours et sept nuits à l’entrée de la Tente d’assignation afin qu’ils se préparent à l’accomplissement de leur mission sacrée.

L’humanité, dans son ensemble, accorde beaucoup d’importance au sang sur le plan religieux, ethnique, politique, sociétal, scientifique, médical… Pour tous les peuples, le sang, qui est le vecteur de la vitalité, incite au respect.

Le sang est également une composantes des sacrifices tels qu’ils étaient pratiqués à la période de Moïse et pendant es périodes du premier et du deuxième temple. C’est ici l’occasion de parler du sacrifice d’Isaac qui a été un non-sacrifice et de souligner l’abomination que représente le sacrifice rituel humain pour les Juifs de toutes les époques.

Le sang est donc un symbole à multiples facettes. Il nous renvoie fondamentalement aux grandes transitions de nos vies et nous invite à nous souvenir que notre vie est précieuse et sacré, dans chacune des minutes qui la compose.