Tou Bishevat : l’occasion de rencontrer la nature et la terre d’Israël

A l’occasion de tou bishevat, le MJLF-est Surmelin vous propose un tou bichevat en collaboration avec Arzenou, avancé à ce vendredi, le 3 février.
Nous voyagerons dans l’histoire de tou bichevat, le nouvel an des arbres, pour mieux comprendre les racines et nourrir les branches et les fleurs de notre compréhension de l’identité juive et de celle de notre lien à Israël.
Ce voyage se fera en texte et en chanson, voici quelques vidéos pour vous préparer, avec des chants anciens, et des chants nouveaux…

Pour participer, merci de vous inscrire auprès de Catherine Klein et de lui communiquer quel plat vous amènerez (cacher, sans viande, si possible à base de fruits et des fruits de la terre d’Israël, raisons, dates, orge, froment, figue, grenade, olives).

Quand? Office:18h45, dîner : 19h45
où? à Surmelin

A très bientôt!

la hatikva, avec hébreu, traduction et translittération https://www.youtube.com/watch?v=1DPqNHkm1bM

Tsadik katamar IfraH https://www.youtube.com/watch?v=F0HDKA3IaKs

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Paracha Bo : quand commence le temps ?

Compter le temps, encore une particularité de l’espèce humaine ! Comment vivrions-nous s’il n’en était pas ainsi, si nous ne connaissions même pas notre âge exact ? Le compte du temps a certainement une très forte influence sur notre comportement et nos valeurs morales.

Ne nous égarons pas, et revenons à l’interprétation de la paracha Bo.

Dans cette paracha, nous sommes au point de départ de la sortie du peuple hébreu d’Égypte. Le compte du temps y est traité sous la forme de la révélation d’une réalité.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Bo du sefer Chémot (Éxode) 10:1 à 13:16 et la révélation du temps particulier

Le temps suit son cours et les jours se succèdent. Ces jours, qui défilent sans cesse, sont-ils absolument tous semblables ? Certainement pas. Le temps qui passe est jalonné d’événements heureux et d’événements douloureux. Ces évènements difficiles nous permettent par contraste d’apprécier toute la saveur des bons moments.

Le temps qui passe est également jalonné d’événements marquants, qui transforment le cours des choses, qui sont de véritables points d’inflexion de nos parcours de vie.

Pour l’être humain, pourvu de l’intelligence et de la conscience, il paraît essentiel d’avoir la notion de la mesure du temps, de pouvoir se situer soi-même dans le temps. Mesurer le temps ne peut se faire sans un référentiel doté d’un zéro et d’une unité. L’être humain, selon sa culture, a la liberté de choix du référentiel et de ses composantes.

Pour les chrétiens, le zéro du référentiel correspond traditionnellement à la naissance de Jésus. Chez les musulmans, le compte du temps commence avec l’Hégire (départ de Mahomet et de ses disciples de La Mecque vers Médine, après la proclamation de l’islam en 622 aprJC).

En ce qui concerne les Juifs, c’est plus compliqué, nous avons affaire à deux types de temps, le temps universel et le temps particulier. Le temps universel, fêté à Roch Hachana, débute par la création biblique du monde et de l’humanité il y a 5777 années. Le temps particulier, lui, commence par la sortie d’Égypte, la liberté des hébreux reconquise et le premier PessaH, il y a environ 3300 ans (datation en cours d’étude). Le temps particulier, pour beaucoup de commentateurs, devrait être considéré comme le véritable référentiel de temps du peuple Juif.

Cependant, une nuance est à prendre en considération. Le temps particulier débute, en fait, 14 jours avant la sortie d’Égypte.

Chémot 12:1 à 12:3. L’Éternel dit à Moïse et à Aaron, dans le pays d’Égypte:…« Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l’année…Parlez à tout le peuple d’Israël en ces termes: au dixième jour de ce mois-ci, que chacun se procure un agneau pour sa famille paternelle, un agneau par maison. »

Le premier jour du « premier des mois de l’année », cité dans le verset, est le premier Nissan (ניסן). Il ne s’agit donc pas du premier tichri, de Roch Hachana, qui est aujourd’hui le premier jour de l’année juive. La première année juive, en tant que telle, devrait être celle de la sortie des hébreux d’Égypte.

Le 1° Nissan est le jour du commandement de Dieu, à Moïse et Aaron, de faire sortir le peuple hébreu d’Égypte à la date du 14 Nissan. L’acquisition d’un agneau par chaque famille juive, et sa consommation le 10 Nissan, est en relation directe avec ce projet de sortie d’Égypte, elle fait partie de la préparation de cet événement à venir.

La sortie d’Égypte a été prévue et organisée 14 jours à l’avance, alors pour quelle raison les hébreux sont-ils partis avec du pain non levé ? Sans doute a-t-il fallu du temps aux hébreux pour avoir pleinement conscience de la prise de décision de Moïse, dictée par Dieu. Les hébreux se trouvaient en Égypte depuis plus de 400 ans. Ils avaient du mal à croire en la réalité d’un tel fait. Du reste, la sortie d’Égypte s’est faite dans la précipitation, sous la poussée de la population égyptienne.

Chémot 12:33 à 12:34. Les égyptiens firent violence au peuple [hébreu], en se hâtant de le repousser du pays, car ils disaient: « Nous périssons tous »…Et le peuple emporta sa pâte non encore levée, les pétrins sur l’épaule, enveloppés dans les manteaux.

Le temps juif a donc commencé le premier Nissan, le jour de prise de décision de sortie d’Égypte, donc le premier jour d’espoir de liberté. Selon Rachi, c’est quand l’espoir commence, que le temps juif débute. Le premier jour d’un mois est un jour de renouveau. Dieu aurait, de son doigt, désigné la lune à Moïse en lui disant : quand la lune a cet aspect de renouvellement, le mois et l’espoir se renouvellent aussi.

Au même moment, Rachi a déclaré qu’il est essentiel de faire la part des choses entre les commentaires et les réalités auxquelles ils se rapportent. Le début du compte du temps est une réalité beaucoup plus importante que les commentaires dont elle a été l’objet. Rachi a dit aussi, à propos de la paracha Béréchit, que la Torah aurait dû commencer par la paracha Bo, puisque l’existence du peuple Juif a pris forme le jour du commandement de Dieu de sa libération d’Égypte. Qu’en aurait-il été alors du temps universel, qui commence par la création de tous les éléments de l’univers ?

La sagesse juive et l’écoulement du temps

Ouvrons le livre des Lamentations (Méguila EiHa). Il y est écrit au chapitre 5:21 : « Ramène-nous vers toi, Éternel, nous voulons te revenir; renouvelle nos jours comme tu le faisais avant. » .הֲשִׁיבֵנוּ יְהוָה אֵלֶיךָ ונשוב (וְנָשׁוּבָה), חַדֵּשׁ יָמֵינוּ כְּקֶדֶם.

Nous percevons ici un désir de renouveau dans la continuité.

En tant que Juifs, nous souhaitons qu’à travers l’écoulement des jours et des changements d’époque, notre identité puisse continuer à s’affirmer dans la quiétude et la sagesse. Chaque Pessah et chaque Chabbat marquent la fin et le renouvellement d’une période de notre vie. Gardons en mémoire cette phrase de LeHa Dodi : « nous irons au devant du Chabbat,… terme de la création, présent en pensée dès le commencement. »

Paracha Vaéra : Dieu est-il Dieu ?

L’être humain est doté d’un cerveau particulièrement développé. Nous appartenons sûrement à l’espèce animale la plus intelligente de la planète Terre. Notre pouvoir sur les éléments matériels progresse de plus en plus. Mais se pose une question cruciale : où se situent les limites de nos capacités intellectuelles ?

Nous comprenons aisément diverses choses, alors que la compréhension d’autres sujets nous demande un parcours de formation préalable, souvent difficile. Cependant, l’entendement de certaines questions nous dépasse totalement. Quel que soit notre degré d’intelligence et de connaissance, des notions telles que l’infini, l’éternité, la connaissance de ce que sera l’avenir, sont au-delà de notre portée.

Des questions qui semblaient invraisemblables, inexplicables ou surnaturelles il y a quelques siècles, paraissent banales aujourd’hui. En est-il de même pour tout ? Sûrement pas ! L’inconcevable existera toujours. Comment pourrait-on affirmer le contraire ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Vaéra du sefer Chémot (Éxode) 6:2 à 9:35 et Moïse devenu ‘Dieu’

Dans la paracha Vaéra, Dieu se révèle à Moïse et lui demande d’intervenir, en son nom, pour délivrer les enfants d’Israël d’Égypte.

Dieu représente l’inconcevable qui nous échappera toujours. Il est l’entité transcendante de l’humanité.

Le terme « Dieu » dérive de « Zeus ». La croyance en Dieu est primordiale pour les chrétiens, les musulmans et pour d’autres. Dans la religion juive, elle n’est pas aussi centrale. Pour nous, Dieu est difficile à définir, à cerner et impossible à décrire. Heureusement, notre croyance est conciliante.

La première lettre de la Torah est « beit » בְּ), la lettre de la dualité, du dialogue, de la recherche. Ce n’est pas « aleph » (א) qui est la première lettre de l’alphabet hébraïque et qui signifie unité, totalité. Le terme « totalité » est à relier au principe d’une vérité unique, à laquelle les autres vérités doivent se soumettre. Ce qui n’est pas du tout le cas de la foi juive. Nous sommes conscients des limites de notre possibilité d’appréhender la vérité. Nous ne détenons pas tout le savoir, et encore moins l’entièreté de la parole divine.

Le nom commun de Dieu est « el » (אֱלֹ) en hébreu. Ce mot désigne la direction à prendre et laisse les portes ouvertes. Un des noms propres de Dieu en est dérivé : « Élohim » (אֱלֹהִים). Élohim, c’est « el » accompagné d’un pluriel. Ceci paraît paradoxal au regard du monothéisme juif. Le pluriel de Élohim pourrait-être un lointain souvenir du paganisme ou du polythéisme de nos ancêtres antérieurs à Abraham, ou bien une marque de respect envers Dieu. Le Midrach nous dit qu’il s’agirait plutôt de l’expression de la pluralité de nos perceptions du divin.

Un autre terme est utilisé couramment pour nommer Dieu, le terme « Adonaï ». Adonaï se rapporte à l’idée de « raHamim » (רחמים), la bienveillance, alors que Élohim se rapporte plutôt à la notion de justice. Adonaï s’écrit au moyen du Tétragramme (יְהוָה) qui, comme son nom l’indique, est composé de quatre lettres. Le Tétragramme se nomme aussi « Chèm haméfourach » (שם המפורש), le « Nom Explicite »; un nom très peu explicite, en fait, puisqu’il n’est prononcé par personne aujourd’hui. Les chrétiens nomment souvent le Tétragramme, « Jéhovah ». Les juifs croyants n’utilisent jamais ce nom. Ils se contentent simplement de regarder le Tétragramme sans le nommer, ou bien, ils disent « Adonaï » pour le désigner.

Le Tétragramme est composé de quatre lettres que l’on retrouve dans le verbe « être » à tous les temps : hayah était (היה) , hoveh est (הוֹוֶה) , yihyeh sera (יִהְיֶה). Ici, se perçoivent la permanence, l’éternité et le principe  de transcendance.

Remontons le temps. À l’époque du premier et du second Temple de Jérusalem, le Tétragramme n’était explicité que par une seule personne, le Grand Prêtre. Il en était ainsi un seul jour dans l’année, le jour de Yom Kipour, au cœur du Temple, dans le Saint des Saints (קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים‎).

De ce qui précède, nous entrevoyons l’approche juive du divin.

Replongeons-nous dans la paracha Vaéra :

Chémot 6:2 à 6:5. Dieu continua à parler à Moïse et dit: « Je suis l’Éternel ( יהוה )…Je suis apparu à Abraham, à Isaac, à Jacob, comme Dieu puissant et généreux. ( אֵל שַׁדָּי   ) Mais ce n’est pas en mon Nom « Eternel » יהוה   que je me suis manifesté à eux… De plus, j’avais établi mon alliance avec eux en leur faisant don du pays de Canaan, la terre de leurs pérégrinations où ils vécurent étrangers…Enfin, j’ai entendu les gémissements des enfants d’Israël, asservis par les Égyptiens, et je me suis souvenu de mon alliance.

Dans ce texte, divers termes tels que Élohim, Chaday (שַׁדָּי), Adonaï, sont employés selon les versets. L’Éternel se présente d’abord à Moïse sous le nom du tétragramme, symbole de la bienveillance. Auparavant, il s’était révélé aux Patriarches sous le nom de Chaday, Dieu de la générosité. C’est Adonaï, Dieu tout-puissant, dont la parole ne peut être mise en doute, qui s’exprime pour annoncer qu’il ira au secours des enfants d’Israël, par l’intermédiaire de Moïse.

Un verset du chapitre 7 nous interpelle :

Chémot 7:1. Alors l’Éternel dit à Moïse : « Maintenant, je fais de toi un dieu [Élohim אֱלֹהִים] à l’égard de Pharaon, et Aaron ton frère sera ton prophète. »

Ce verset prête à confusion. Élohim (Dieu) est unique. Nous savons que le mot élohim signifie aussi responsables, chefs, forces. Mais ici, Dieu utilise des êtres humains, Moïse et Aaron, pour remplir une fonction divine, et ceci est typique de la pensée juive: c’est aux humains d’exercer la solidarité et la bienveillance. Mais n’est-il pas blasphématoire d’affirmer que l’homme est « comme un dieu »?

Nous avons l’impression d’être revenus au chapitre 3 de la Genèse, quand le serpent dit à Ève : le jour où vous mangerez ce fruit, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme Dieu, vous connaîtrez le bien et le mal. Être comme Dieu signifie-t-il, simplement, avoir la connaissance du bien et du mal et y avoir accès ? Soyons quand même perplexes ! « Vous serez comme Dieu » est justement le titre d’un ouvrage rédigé par Erich Fromm en 1975, dont la lecture nous permettra d’y voir plus clair.

Récapitulons. Dieu, tel qu’il est présenté dans la paracha Vaéra, est bien le Dieu mentionné dans le livre des Nombres (Bamidbar) et dans le Chéma Israël. Dieu, pour les juifs, est l’ensemble unique de ce qui transcende l’être humain, tout en l’obligeant à progresser, à toujours tenter de faire bien et mieux, à se dépasser.

Dieu est au-delà de la perception de l’être humain, qui ne doit l’invoquer en aucune façon, surtout pas dans le but de satisfaire des désirs terrestres.

Avant de se dire croyant, ou athée, il est nécessaire de se poser la question suivante : qui est Dieu ? Question sans réponse facile, à se poser sans se décourager.

Bien parler est-il un devoir ‘religieux’?

Talmud Babylonien AraHin 15b – « Le devoir ‘religieux’ de parler pour le bien  »

Entretenir de bonnes relations avec son prochain n’est pas une entreprise facile. Hillel dit « Ne fais pas à ton prochain ce que tu ne voudrais pas subir toi-même, voici toute la Torah dans son entier, le restant, ce sont des commentaires, maintenant va les étudier. »

L’interdit du « langage de tromperie », du « mauvais langage », du « langage triangulaire » est un élément essentiel du respect de l’autre et de sa dignité, et également du respect de soi-même.

Nous étudierons ce mercredi un passage du Talmud qui souligne l’importance cruciale du « langage direct » qui permet de régler les questions relationnelles, par opposition au « langage détourné », dont la gravité va jusqu’à participer d’un conflit ouvert avec ‘Dieu ‘lui-même.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

Pour étudier avec nous au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h, contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

 

Rabbi YoHanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra que signifie le fait qu’est écrit quel profit te donnera-t-elle, quel avantage, cette langue perfide HKBH a dit à la langue tous les organes du Adam sont tendus et tu es posé tous les organes de l’Adam sont à l’extérieur et tu es à l’intérieur et non seulement cela mais je t’ai entouré de deux remparts l’un d’os et l’un de chair quel profit te donnera-t-elle, quel avantage, cette langue perfide Rabbi YoHanan a dit au nom de Rabbi Yossi ben Zimra tout raconteur de lachon hara c’est comme s’il reniait l’essentiel comme il est dit ceux qui disent: Par notre langue nous triomphons, nos lèvres sont notre force: qui serait notre maître?

Et Rabbi Yossi ben Zimra a dit tout raconteur de lachon hara des plaies viennent sur lui comme il est dit quiconque, dans l’ombre, calomnie son prochain, je l’anéantirai et il est écrit par ailleurs pour toujours et on traduit totalement et on enseigne dans une source michnaïque il n’y a rien entre la lèpre fermée et la lèpre complète si ce n’est les cheveux négligés et les vêtements loués Rech Lakich a dit que signifie qu’il est écrit ceci sera l’enseignement relatif à la lèpre ceci sera l’enseignement de celui qui sort un mauvais nom et Rech Lakich a dit que signifie qu’il est écrit Si le serpent mord faute d’incantations, il n’y a point de profit pour le charmeur dans le monde à venir se rassemblent tous les animaux et viennent chez le serpent et disent le lion écrase et mange le loup met en pièces et mange toi quel profit as-tu il leur dit et quel profit a celui qui possède une langue et Rech Lakich a dit tout raconteur de lachon hara agrandit ses fautes jusqu’aux cieux comme il est dit Leur bouche s’attaque au ciel, leur langue promène ses ravages sur la terre

דכתיב (תהלים קכ, ג) מה יתן לך ומה יוסיף לך לשון רמיה אמר לו הקב »ה ללשון כל אבריו של אדם זקופים ואתה מוטל כל אבריו של אדם מבחוץ ואתה מבפנים ולא עוד אלא שהקפתי לך שתי חומות אחת של עצם ואחת של בשר מה יתן לך ומה יוסיף לך לשון רמיה אמר ר’ יוחנן משום ר’ יוסי בן זימרא כל המספר לשון הרע כאילו כפר בעיקר שנאמר (תהלים יב, ה) אשר אמרו ללשוננו נגביר שפתינו אתנו מי אדון לנו

 ואמר ר’ יוסי בן זימרא כל המספר לשון הרע נגעים באים עליו שנאמר (תהלים קא, ה) מלשני בסתר רעהו אותו אצמית וכתיב התם {ויקרא כה :ל}לצמיתות ומתרגמינן לחלוטין ותנן אין בין מצורע מוסגר למצורע מוחלט אלא פריעה ופרימה אמר ריש לקיש מאי דכתיב (ויקרא יד, ב) זאת תהיה תורת המצורע זאת תהיה תורתו של מוציא שם רע ואמר ריש לקיש מאי דכתיב (קהלת י, יא) אם ישוך הנחש בלא לחש ואין יתרון לבעל הלשון לעתיד לבא מתקבצות כל החיות ובאות אצל נחש ואומרות ארי דורס ואוכל זאב טורף ואוכל אתה מה הנאה יש לך אומר להם וכי מה יתרון לבעל הלשון ואמר ריש לקיש כל המספר לשון הרע מגדיל עונות עד לשמים שנאמר (תהלים עג, ט) שתו בשמים פיהם ולשונם תהלך בארץ

Quel rôle particulier joue la langue ? Quel est le sens du langage dans la société humaine ? Dans la tradition juive, quel rôle joue le langage ? A quoi est comparé le mauvais langage ? Que lui reproche-t-on ? Laquelle de ces comparaisons préférez-vous ?

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -4 AraHin 15b – YoHanan Ben Zimra Rech lakich

Paracha Chémot : l’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Nous ouvrons le deuxième livre de la Torah, le livre de l’Éxode, sefer Chémot en hébreu. Chémot (שְׁמוֹת) signifie les noms, les sens, les lignées, les recensements; en particulier les recensements des personnes qui ont contribué, de façon remarquable, à la constitution du peuple Juif.

Le livre de l’Éxode décrit trois grands événements : la sortie d’Égypte des enfants d’Israël, l’Alliance scellée entre Dieu et son peuple et la construction du Sanctuaire.

Sa première paracha, la paracha Chémot, aborde la question de l’esclavage des hébreux, la tyrannie de Pharaon, et l’apparition de Moïse dans des circonstances très singulières.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Chémot du sefer Chémot (Éxode) 1:1 à 6:1 et la puissance des alliances féminines

Les recensements des grandes figures de l’Alliance et de l’histoire d’Israël citent surtout des personnages masculins. Pourtant, de nombreuses femmes ont joué un rôle décisif en ce domaine. La paracha Chémot en fait la démonstration.

Cette paracha nous présente un Pharaon, successeur de celui qui a accueilli Joseph et sa famille avec bienveillance, qui condamne les hébreux aux travaux  forcés puis tente de les détruire, en tant que peuple, par l’élimination des nouveaux-nés mâles, dès leur venue au monde.

Chémot 1:11 à 1:16. Et on imposa à ce peuple des chefs de travail forcé afin de l’accabler de labeur. Il dut bâtir pour Pharaon des villes d’entreposage, Pithom et Ramsès…Mais, plus on opprimait ce peuple, plus il se multipliait…et les Égyptiens éprouvèrent pour lui de l’aversion…Alors, le roi d’Égypte  fit venir les accoucheuses hébreues qui se nommaient, l’une Chifrah, l’autre Pouah…Il leur dit: « Lorsque vous accoucherez les femmes hébreues, vous regarderez le sexe de l’enfant: si c’est un garçon, faites-le mourir, si c’est une fille, laissez-la vivre. »

Ces versets citent deux personnages féminins, les sages-femmes hébreues, dont nous reparlerons.

Une autre figure féminine, qui nous accompagnera tout au long de la Torah, apparaît très vite. C’est Myriam la prophétesse, sœur d’Aaron, qui réussit à convaincre ses parents, Amram et YoHéved, de concevoir un troisième enfant. Il sera nommé  » Moïse « .

Moïse n’est pas tué à sa naissance, malgré les exigences de Pharaon, car les deux sages-femmes hébreues, Chifrah et Pouah, désobéissent à ses ordres.

Chémot 1:17. Mais les sages-femmes craignaient Dieu. Elles ne firent pas ce que leur avait demandé le roi d’Égypte, et laissèrent vivre les enfants hébreux mâles.

Myriam convainct sa mère YoHéved de donner naissance à Moïse, Chifrah et Pouah l’épargnent, elles transmettent le relais à une autre héroïne de la paracha, Batiha (בִּתְיָה), la fille de Pharaon.

Chémot 2:3 à 2:6. [YoHéved] ne pouvant le cacher plus longtemps, lui prépara un berceau de papyrus qu’elle enduisit de bitume et de poix. Elle y plaça l’enfant et le déposa dans les roseaux, sur la rive du fleuve…Sa sœur [Myriam] se posta à distance pour voir ce qu’on ferait de lui…Cependant, la fille de Pharaon [Batiha] descendait pour se baigner dans le Nil, ses servantes la suivant sur la rive. Elle aperçut le berceau parmi les roseaux et envoya une servante le prendre…Elle ouvrit le berceau et y vit l’enfant qui pleurait. Elle eut de la compassion pour lui, tout en disant: « c’est l’un des enfants des hébreux. »

Batiha sauve Moïse des eaux et décide de l’adopter. Elle demande à YoHéved, par l’intermédiaire de Myriam, d’allaiter le petit garçon et de le lui rendre ensuite.

Chémot 2:7 à 2:10. Sa sœur [Myriam] dit à la fille de Pharaon: « faut-il aller trouver une nourrice, parmi les femmes hébreues, qui allaitera cet enfant? »..La fille de Pharaon lui répondit: « Va. » Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant…La fille de Pharaon dit à celle-ci: « emporte cet enfant et allaite-le moi, je t’en donnerai un salaire. » La femme prit l’enfant et l’allaita…L’enfant devenu grand, elle le rendit à la fille de Pharaon et il devint son fils. Elle lui donna le nom de Moïse en disant: « c’est que je l’ai tiré des eaux. »

Une véritable boucle d’alliances féminines s’est formée, pour donner la vie à Moïse et le prendre en charge. Ainsi, Moïse reçoit à la fois l’éducation juive par sa mère naturelle, YoHéved, et l’éducation égyptienne, qui lui sera précieuse par la suite, par la fille de Pharaon, Batiha.

Quel rôle ont joué les personnages de sexe masculin dans cet événement ? Rien de glorieux au départ. C’est d’abord Pharaon qui fait le mal et veut détruire, puis Amram, le père de Myriam, qui, selon le Talmud Sota (12b) décide de se séparer de YoHéved, peu après l’annonce des décisions de Pharaon. Pire encore : Amram est une personnalité respectée de la communauté Israélite, en conséquence tous les maris choisissent de l’imiter, et se séparent de leurs épouses. L’alliance se rompt alors entre les hommes et les femmes.

L’Alliance est-elle féminine ou masculine ?

Amram se rattrape en acceptant d’écouter sa fille, Myriam. Myriam lui dit qu’en ne voulant plus faire d’enfant, il entre dans le jeu de Pharaon : tous les nouveaux-nés disparaîtront, masculins comme féminins. Myriam le critique aussi, très fortement, en affirmant que le décret de Pharaon n’est encore qu’au stade du risque, un risque très grand, mais seulement un risque pour le moment, alors que sa décision va au-delà des espérances de Pharaon en aboutissant à l’anéantissement du peuple hébreu en Égypte.

La grandeur d’Amram est d’abord d’avoir écouté les reproches de sa fille, puis d’avoir fait preuve d’humilité en reconnaissant ses erreurs de jugement et de comportement. Au point d’aller au devant de YoHéved afin de se faire pardonner en la reprenant pour épouse. Les autres maris hébreux en feront tout autant.  L’alliance entre les hommes et les femmes Israélites est restaurée. Moïse naîtra du renouveau de ces liens dans la continuité.

La paracha Chémot nous a montré la force d’une alliance entre femmes de conditions différentes, de peuples différents et surtout de rangs sociaux différents : une princesse égyptienne, Batiha, a accepté de tendre la main à des esclaves hébreues pour sauver un enfant inconnu d’elle. La sensibilité de ces femmes a bousculé des barrières qui se révèlent être de peu de poids à posteriori.

Cette alliance féminine a permis de rétablir l’alliance hommes-femmes, nécessaire à la vie matérielle comme à la vie spirituelle du peuple.

La mise en oeuvre du concept d’alliance s’exprime dans tous les domaines: il s’agit de considérer tous les êtres humains comme nos alliés. Les discriminations hommes-femmes, riches-pauvres, élites-esclaves, ou les discriminations religieuses n’ont pas de légitimité dans cette approche, car c’est ensemble que nous pouvons « sauver Moïse » et contribuer à construire une société de liberté.

À l’occasion de l’entrée en scène de Myriam la prophétesse, nous vous suggérons de lire un ouvrage intitulé « Les cinq livres de Myriam » (The five books of Myriam). Ellen Frankel y met en scène des personnages féminins traditionnels et leur donne la parole pour exprimer leur compréhension de la Torah.

Feuille d’étude « La bénédiction usurpée » (Rachi, Paracha Toledot)

Notre séance Rachi n°3 n’avait pas donné lieu à un article sur le site.
Pour ceux qui souhaitaient télécharger la feuille d’étude, la voici enfin!
Merci encore pour cette nos études de textes du chabbat matin, toujours plus enrichissantes!
Chavouah tov.
rachi-5777-3-toledot

27 :1 Ses yeux étaient affaiblis Par la fumée des offrandes idolâtres de ces femmes (Midrach tan‘houma 8). Autre explication : Au moment où il avait été lié sur l’autel et où son père était sur le point de l’immoler, au même instant, les cieux s’étaient ouverts et les anges servants avaient vu cela et avaient pleuré. Leurs larmes avaient coulé et étaient tombées dans ses yeux. Voilà pourquoi ses yeux s’étaient affaiblis (Beréchith raba 65, 6). Autre explication : afin que ce soit Ya’aqov qui reçoive les bénédictions (Beréchith raba 65, 8).

27 :2 Je ne connais pas le jour de ma mort Rabi Yehochou‘a ben Qor’ha a enseigné dit : quand un homme approche de l’âge où sont morts ses parents, il doit se faire du souci cinq ans avant et cinq ans après (Beréchith raba 65, 12). Yits‘haq, qui était âgé de cent vingt-trois ans, s’est dit : « Si c’est l’âge de ma mère, qui est morte à cent vingt-sept ans, que je dois atteindre, j’ai cinq ans de moins que celui qu’elle avait à la fin de sa vie ». C’est pourquoi…

… Je ne connais pas le jour de ma mort Peut-être aura-t-elle lieu à l’âge qu’avait ma mère, peut-être à celui qu’avait mon père.

27 :7 Devant Hachem Avec Son assentiment, car Il me donnera son accord.

27 :9 Et prends-moi (littéralement : « prends de ce qui est à moi ») Ils m’appartiennent, et ils ne sont donc pas volés. Yits‘haq avait stipulé dans leur contrat de mariage qu’elle aurait le droit de prendre chaque jour deux chevreaux (Beréchith raba 65, 14).

Deux chevreaux Le repas de Yits‘haq consistait-il en deux chevreaux ? En réalité, l’un était destiné au sacrifice pascal, et l’autre devait servir au repas (Pirqé deRabi Eli‘èzèr 32).

Comme il aime Le goût du chevreau ressemble à celui du cerf.

27 :19 C’est moi, ‘Essaw, ton premier-né C’est moi qui t’apporte, et ‘Essaw est ton premier-né.

J’ai fait Beaucoup de choses… ainsi que tu m’as dit.

Assieds-toi Dans le sens de : « s’asseoir à table ». C’est pourquoi le Targoum traduit par iste‘har (« mets-toi autour de la table »).

27 :21 Approche donc que je te tâte Yits‘haq s’est dit en lui-même : « Il n’est pas dans les habitudes de ‘Essaw d’avoir à la bouche le nom de Dieu ! Or, celui-ci vient de dire : “C’est que Hachem ton Dieu m’a donné bonne chance” » (Beréchith raba 65, 19).

27 :22 C’est la voix de Ya’aqov Qui s’exprime en suppliant : « lève-toi, je te prie ! » (verset 19), alors que ‘Essaw parle durement : « que mon père se lève ! » (verset 31).

27 :24 Il dit : C’est moi Il n’a pas répondu : « c’est moi ‘Essaw ! », mais : « c’est moi ! ».

27 :29 Maudit qui te maudira, et béni qui te bénira Tandis que Bil’am dira : « béni qui te bénira, et maudit qui te maudira ! » (Bamidbar 24, 9). Les justes commencent par endurer des épreuves, et ils finissent par jouir de la paix. Aussi ceux qui les maudissent, à savoir leurs persécuteurs, précèdent-ils ceux qui les bénissent. C’est pourquoi Yits‘haq fait précéder la bénédiction de ceux qui bénissent par la malédiction de ceux qui maudissent. Les impies, bien au contraire, commencent par vivre dans la quiétude, et ils finissent accablés de souffrances. Aussi Bil’am, ce mécréant, place-t-il la bénédiction avant la malédiction (Beréchith raba 66).

וַתִּכְהֶיןָ. בַּעֲשָׁנָן שֶׁל אֵלּוּ (שֶׁהָיוּ מְעַשְׁנּוֹת וּמַקְטִירוֹת לַעֲבוֹדָת זָרָה). דָּבָר אַחֵר כְּשֶׁנֶּעֱקָד עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וְהָיָה אָבִיו רוֹצֶה לְשַׁחֲטוֹ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה נִפְתְּחוּ הַשָּׁמַיִם וְרָאוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וְהָיוּ בּוֹכִים וְיָרְדוּ דִּמְעוֹתֵיהֶם וְנָפְלוּ עַל עֵינָיו לְפִיכָךְ כָּהוּ עֵינָיו. דָּבָר אַחֵר כְּדֵי שֶׁיִּטּוֹל יַעֲקֹב אֶת הַבְּרָכוּת:

לֹא יָדַעְתִּי יוֹם מוֹתִי. אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אִם מַגִּיעַ אָדָם לְפֶרֶק אֲבוֹתָיו יִדְאָג חָמֵשׁ שָׁנִים לִפְנֵיהֶן וְחָמֵשׁ שָׁנִים לְאַחַר כֵּן וְיִצְחָק הָיָה בֶּן קכ »ג (כִּי יַעֲקֹב בֶּן ס »ג כְּשֶׁנִּתְבָּרֵךְ דּוֹק בְּרַשִׁ »י סוֹף הַסֵּדֶר) אָמַר שֶׁמָּא לְפֶרֶק אִמִּי אֲנִי מַגִּיעַ וְהִיא מֵתָה בַּת קכ »ז. וַהֲרֵנִי בֶּן חָמֵשׁ שָׁנִים סָמוּךְ לְפִרְקָהּ לְפִיכָךְ

לֹא יָדַעְתִּי יוֹם מוֹתִי : שֶׁמָּא לְפֶרֶק אִמִּי שֶׁמָּא לְפֶרֶק אַבָּא:

לִפְנֵי ה’. בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁיַּסְכִּים עַל יְדֵי:

וְקַח לִי. מִשֶּׁלִּי הֵם וְאֵינָם גָּזֵל שֶׁכָּךְ כָּתַב לָהּ יִצְחָק בִּכְתוּבָּתָהּ לִטּוֹל שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים בְּכָל יוֹם:

שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים. וְכִי שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים הָיָה מַאֲכָלוֹ שֶׁל יִצְחָק אֶלָּא פֶּסַח הָיָה. הָאֶחָד הִקְרִיב לְפִסְחוֹ וְהָאֶחָד עָשָׂה מַטְעַמִּים. בְּפִרְקֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר:

כַּאֲשֶׁר אָהֵב. כִּי טַעַם הַגְּדִי כְּטַעַם הַצְּבִי:

אָנֹכִי עֵשָׂו בְּכֹרֶךָ. אָנֹכִי הוּא הַמֵּבִיא לְךָ וְעֵשָׂו הוּא בְּכוֹרֶךָ:

עָשִׂיתִי. כַּמָּה דְּבָרִים כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ אֵלָי:

שְׁבָה. לָשׁוֹן מֵיסֶב עַל הַשֻּׁלְחָן לְכָךְ מְתוּרְגָם אִסְתַּחָר:

גְּשָׁה נָא וַאֲמֻשְּׁךָ. אָמַר יִצְחָק בְּלִבּוֹ אֵין דֶּרֶךְ עֵשָׂו לִהְיוֹת שֵׁם שָׁמַיִם שָׁגוּר בְּפִיו וְזֶה אָמַר כִּי הִקְרָה ה’ אֱלֹהֶיךָ:

קוֹל יַעֲקֹב. שֶׁמְּדַבֵּר בְּלָשׁוֹן תַּחֲנוּנִים קוּם נָא אֲבָל עֵשָׂו בְּלָשׁוֹן קַנְטוֹרְיָא דִּבֵּר יָקוּם אָבִי:

וַיֹּאמֶר אֲנִי. לֹא אָמַר אֲנִי עֵשָׂו אֶלָּא אֲנִי:

אֹרֲרֶיךָ אָרוּר וּמְבָרְכֶיךָ בָּרוּךְ. וּבְבִלְעָם הוּא אוֹמֵר מְבָרְכֶיךָ בָּרוּךְ וְאֹרֲרֶיךָ אָרוּר הַצַּדִּיקִים תְּחִלָּתָם יִסּוּרִים וְסוֹפָן שַׁלְוָה וְאוֹרְרֵיהֶם וּמְצַעֲרֵיהֶם קוֹדְמִים לִמְבָרְכֵיהֶם לְפִיכָךְ יִצְחָק הִקְדִּים קִלְלַת אוֹרְרִים לְבִרְכַת מְבָרְכִים וְהָרְשָׁעִים תְּחִלָּתָן שַׁלְוָה וְסוֹפָן יִסּוּרִין לְפִיכָךְ בִּלְעָם הִקְדִּים בְּרָכָה לִקְלָלָה:

Paracha VayéHi : comment dépasser la mort ?

Tout a un début puis une fin, et tout se renouvelle. Le livre de la Genèse (Béréchit, בְּרֵאשִׁית, au commencement) s’achève avec la paracha VayéHi. Débute ensuite le livre de l’Éxode (Chémot, שְׁמוֹת, les noms) dans la continuité de la Torah.

Comme nous l’avons vu, la Genèse comporte trois parties : la création de l’univers, incluant l’humanité, avec ce qui en résulte, puis l’histoire des Patriarches et des Matriarches et enfin, le récit de la vie de Joseph. Par ailleurs, la Genèse nous révèle l’origine des Israélites en tant qu’individus et familles, alors que l’Éxode décrit plutôt la création d’un peuple, le peuple d’Israël.

A la fin de la Genèse, les hébreux (les Israélites de l’époque) se trouvent, dans leur majorité, en Égypte, rassemblés autour de Joseph et de Jacob; Jacob dont la vie s’achève.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha VayéHi du sefer Béréchit (Genèse) 47:28 à 50:26 et le dépassement de la mort de Jacob

Le sefer Béréchit s’achève avec la paracha VayéHi qui débute par : « Et Jacob vécut… » (וַיְחִי יַעֲקֹב). Cette Paracha nous parle de la vie et de la mort. La mort est liée à la vie. Elle n’est pas véritablement une disparition, au sens propre du terme. Elle est donc dépassée.

Citons un midrach du Talmud Taanit (5b) : deux Rabbins discutent de façon conviviale, en prenant ensemble leur repas. Rabbi NaHman demande à Rabbi Yitzak de lui raconter une histoire intéressante. Rabbi Yitzak répond :  » Je ne vais rien te raconter maintenant, parce que Rabbi NaHman a dit qu’il n’est pas prudent de parler en mangeant, car en parlant on risque de s’étouffer. » Rabbi NaHman acquiesce. À la fin du repas Rabbi Yitzak reprend la conversation et, en guise d’histoire, cite une parole de Rabbi YoHanan :  » Jacob, notre père, n’est pas mort ». Rabbi NaHman répond :  » Qu’est-ce-cela signifie ? Te moques-tu de moi ? Jacob est bien mort ! Il a eu son éloge funèbre, puis a été embaumé et inhumé. » Rabbi Yitzak dit alors :  » Je ne nie pas cela. Je parle d’un verset du livre de Jérémie qui dit : n’aie pas peur, mon fils Jacob, car aujourd’hui je te délivre et aujourd’hui tes enfants reviennent. »

Commentons cette phrase du livre de Jérémie. Jacob est Israël. Il est délivré et revit du fait de la délivrance et du retour de ses enfants, les enfants d’Israël. Cela signifie que Jacob, d’une certaine façon, est encore vivant maintenant. Il vit encore, de par ses enfants d’aujourd’hui, les membres du peuple Juif.

Nous en déduisons que nous tous vivons à travers nos enfants, de notre vivant comme après notre mort. Nos enfants et nos descendants, biologiques ou affectifs, sont porteurs à l’infini d’une partie de nous-même, partie de nous-même pas forcément tangible. Ce principe s’apparente à la notion de pérennité du Judaïsme par la transmission, de génération en génération.

Jacob, avant de s’éteindre, souhaite bénir ses enfants et petits enfants. Il bénit tout particulièrement Joseph par l’intermédiaire de ses deux fils, Manassé et Éphraïm. Jacob décide ainsi de placer les deux enfants de Joseph, nés avant son arrivée en Égypte, au rang d’enfants d’Israël, comme ses autres enfants :

Béréchit 48:5. « Et maintenant, tes deux fils qui te sont nés au pays d’Égypte avant que je vienne auprès de toi en Égypte, deviennent miens. Tout autant que Ruben et Siméon, Éphraïm et Manassé sont miens. »

Béréchit 48:20. Il les bénit alors et dit: « Israël te nommera dans ses bénédictions, en disant: que Dieu te fasse devenir comme Éphraïm et Manassé! » Il plaça ainsi Éphraïm avant Manassé.

Depuis des siècles nous continuons à nous appeler « les enfants d’Israël » ( Béné Israël – בְּנֵי יִשְׂרָאֵל), ou encore « les enfants de Jacob ». Notre vie est ainsi un prolongement de la vie de Jacob.

La transmission du Judaïsme est en relation étroite avec la bénédiction des enfants par leurs parents. Le vendredi soir, quand nous pratiquons la bénédiction des garçons nous apposons nos mains sur leurs têtes, et nous prononçons ces paroles : « que l’Éternel te mette au même niveau que Éphraïm et Manassé ». Ce qui signifie que nous mettons directement nos fils en relation avec Jacob, sans nous préoccuper de la longueur du temps passé. En ce qui concerne nos filles, nous les bénissons de la même façon, en disant : « que l’Éternel te mette au même niveau que Sarah, Rébecca, Léa et Rachel. »

La braHa (bénédiction) des enfants, renouvelée en permanence, est à l’image d’une source intarissable de sagesse recueillie puis transmise sans cesse. Cette notion de temps sans limite nous fait penser au verset 7:9 du Deutéronome : « Tu sais bien que l’Éternel, ton Dieu, est le vrai Dieu, fidèle au pacte d’alliance et bienveillant envers ceux qui l’aiment et qui accomplissent ses commandements, jusqu’à la millième génération. »

La paracha VayéHi cite également la mort de Joseph.

Béréchit 50:24 à 50:26. Joseph dit à ses frères: « Je vais mourir. Sachez que l’Éternel se tournera vers vous. Il vous fera quitter ce pays pour celui qu’il a promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob »…Alors Joseph fit jurer les fils d’Israël pour leur dire: « Oui, l’Éternel se tournera vers vous, alors vous devrez faire remonter d’ici mes ossements. » Joseph mourut âgé de cent dix ans. Il fut embaumé puis fut déposé dans un cercueil en Égypte.

Joseph fait une requête à transmettre de génération en génération. Il  demande aux futurs Béné Israël d’emporter ses ossements avec eux quand ils quitteront l’Égypte pour gagner la terre de Canaan. Joseph pressent que l’avenir s’ouvrira aux enfants d’Israël, après une longue période de tourment.

Le transfert des ossements de Joseph, comme ceux de Jacob, a pour but de préserver le lien physique entre les générations fondatrices du monothéisme hébreu, et les générations qui tentent de vivre paisiblement dans leur terre promise, le pays de Canaan, qui deviendra après le retour de 2000 ans d’exil, l’État d’Israël.

La transmission se poursuit. Ainsi que l’énonçait Rabbi ItsHak avec provocation, Jacob, notre ancêtre, n’est pas mort. A nous de continuer son enseignement, de d’être digne d’ « Israël ».