Rester vraiment vivants

Comme le dit Boris Cyrulnik, la cause du traumatisme des enfants, ce n’est pas les attentats. Les bombes provoquent des morts, mais c’est la désorganisation sociale et émotionnelle qui provoque des traumatismes. Il poursuit en soulignant que l’ « attachement secure » (le fait de se sentir en sécurité dans une relation humaine) et la possibilité de verbaliser sont les clefs de la résilience.

Certains d’entre nous, la police, l’armée, s’occupent du danger au niveau collectif. D’autres, les médecins, les infirmiers, prennent en charge les blessures du corps. Certains sont des spécialistes des soins de l’âme, ce sont des psychologues, des thérapeutes. L’amitié et la chaleur d’être ensemble, nous aident à surmonter certains traumatismes. Nos traditions spirituelles, religieuses ou laïques, nous aident à renouer avec le sens de nos vies.

Notre tradition, le judaïsme, nous contraint à prendre toute la mesure de notre devoir de « protéger nos âmes ». Nous devons nous défendre si nous sommes attaqués. Nous devons chercher la paix et la poursuivre sans cesse. Nous devons aussi être là pour nos sœurs et frères juifs et nos sœurs et frères humains.

Dans le cadre de notre synagogue, nous cherchons des moyens d’être présents à notre identité humaine et à la solidarité « inter-familles » qui s’impose en ces circonstances. Comme Dieu le dit à Avraham dans la paracha leH léHa : « Par toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Si vous êtes intéressés par des actions interconvictionnelles, je vous invite à prendre contact avec moi.

D’une façon plus centrée, nous sommes également tenus par un certain nombre de commandements, qui nous enjoignent de prendre soin les uns des autres et de prendre soin de nous-mêmes dans le cadre spécifique de notre tradition.

Je voudrais en mentionner trois : La bénédiction de la générosité, la bénédiction des miracles et le commandement de profiter de chaque instant de la vie. En hébreu : Birkat hagomel, birkat hanissim et mitsvat véassou lahem. Ceux qui savent ce dont je parle, me pardonneront je l’espère la liberté de ma traduction, ils admettront peut-être que ces mots sont difficilement traduisibles.

Nous allons nous concentrer aujourd’hui sur birkat hagomel, la bénédiction de la générosité.

Cette bénédiction doit être prononcée en présence d’un minian, lorsqu’on a échappé à un danger grave. On a coutume de la dire après être monté à la Torah, à l’occasion de l’office du samedi matin. Le Talmud BeraHot 54b enseigne : « Quatre types de personnes doivent dire cette bénédiction : Ceux qui ont voyagé en mer, ceux qui ont traversé des déserts, ceux qui étaient malades et ont guéri, ceux qui ont été emprisonnés puis libérés. »

ארבעה צריכים להודות – יורדי ים, הולכי מדבריות, מי שהיה חולה ונתרפא, ומי שהיה חבוש בבית האסורים ויצא

Le choulHan arouH souligne que les quatre initiales Havouch (prisonnier) Yssourin (souffrance) Yam (mer) et Midbar (désert) forment le mot « Haym » qui signifie la vie.

Nous pouvons considérer que le fait d’être en vie est un miracle, nous le répétons tous les jours dans la amida, et nous ne savons pas à chaque instant à quoi nous devons notre salut. Nous devons d’être vivants aujoud’hui à des miracles de la médecine, des miracles de la nature, au mérite de notre organisation sociale, à la chaleur de nos amis, à la bienveillance de celui-ci ou de celle-là qui nous a tendu la main au bon moment. Combien de dangers connus et inconnus de nous avons-nous traversés pour être encore en vie, ici, ensemble, ainsi que nous le disons avant la lecture de la Torah : « ואתם הדבקים בה’ אלהיכם חיים כולכם היום »., et vous qui vous attachés à l’Eternel votre dieu, vous êtes tous en vie aujourd’hui, en vie, c’est-à-dire en pleine conscience de notre présence ici et maintenant.

Nous disons Birakat hagomel, la bénédiction de la générosité, lorsque nous avons échappé à un danger. Cela nous donne l’occasion de repenser au danger dans le cadre le plus sûr, le cadre de la synagogue qui est notre maison, le cadre de la synagogue qui est notre famille.

Nous disons :

בָּרוּךְ אַתָּה ה’ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַגּוֹמֵל לְחַיָּבִים טוֹבוֹת, שֶׁגְּמָלַנִי כָּל טוּב

Tu es une bénédiction Eternel notre dieu , roi du monde, qui distribue généreusement ses bienfaits à ceux qui sont sans mérite, et qui m’a généreusement distribué tout ce qui est bon.

BarouH ata adonaï hagomel laHayavim tovot

En effet, vivre n’est pas tellement un droit, c’est surtout un privilège, rien ne nous est dû, mais au contraire nous avons le devoir d’employer nos vies de la meilleure façon.

L’assemblée nous répond :

אָמֵן, מִי שֶׁגְּמַלְּךָ‏ כָּל טוּב, הוּא יִגְמָלְךָ כָּל טוּב סֶּלָה

Je place ma confiance dans ce fait, Celui qui t’a généreusement distribué toutes ses bontés continuera à te donner généreusement tout ce qui est bon, un point c’est tout.

Amen, michégmaleH(Ha) kol touv hou YgmaleH(Ha) kol touv sela

 

Nous avons confiance dans le fait que nos vies ont un sens. Le fait d’être en vie nous oblige, en tant qu’humains, de même que le fait d’être sortis de l’esclavage nous oblige, en tant que juifs. Nous ne saurons pas comment il se fait que nous sommes en vie aujourd’hui, nous et pas d’autres, mais nous savons que c’est à nous de tirer le meilleur des opportunités qui se présentent à nous, et à la première de nos chances qui est celle d’être là, actifs, dans ce monde.

Un autre privilège, c’est celui d’appartenir à des familles génétiques et à des familles d’idées qui nous apportent le sentiment de chaleur humaine qui permet de surmonter les épreuves.

Il est de notre devoir de venir prononcer Birkat hagomel lorsqu’on a échappé à un danger, et aussi de notre devoir d’entourer les « rescapés de la vie » quand ils ont échappé à un danger. Les rescapés de la vie, c’est nous tous, tôt ou tard, lorsque l’occasion se présente.

Nous pourrons commencer par prononcer cette bénédiction tous ensemble ce chabbat.

Que nos synagogues soient pour nous des lieux d’attachement en toute confiance, que nos relations communautaires soient des occasions de verbalisation, pour que nous restions entiers, vraiment vivants, à travers les épreuves d’aujourd’hui, mais aussi à travers les complications personnelles.

Amen

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