Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression

Mes dernières paroles seront : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Si autre chose sortait de ma bouche, j’aimerais que vous entendiez quand même ces mots : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad ».

Ils signifient que je peux mourir, mais que ma foi en l’humanité ne le peut pas.

Je tiens à le dire publiquement aujourd’hui, car aujourd’hui, nous voyons ce qui se passe autour de nous et nous savons que nous pouvons mourir de façon imprévue.

Nous savons aussi que cela ne se produira sans doute pas.

Mais nous savons aussi que même si cela ne se produit pas, notre conscience du danger a un impact sur nous.

Nous voulons que cet impact soit un impact positif, qui nous rende plus sage à chaque instant et plus aptes à profiter de la vie et à agir en conformité avec nos croyances.

Le juif bien aimé d’un roi, forcé de le condamner à mort, eut la « chance » de pouvoir choisir sa mort. Il a choisi : Il voulait mourir de vieillesse.

Georges Brassens dans sa chanson « mourir pour des idées » fait le même choix : il faut défendre ses idées en vivant, s’il faut mourir, ce sera « de mort lente ».

J’espère que nous mourrons tous de vieillesse dans très longtemps.

En attendant, nous sommes vivants, comme le dit la bénédiction qui introduit la lecture de la torah : vous qui vous liez profondément à vos valeurs, à l’amour du prochain et à la justice, « vous êtes tous vivants aujourd’hui », Haïm koulHem hayom.

Nous sommes vivants, et nous partageons ce moment du chabbat, cet îlot de paix que rien ne peut atteindre.

La paix et la joie, l’amour du prochain sont nos moteurs.

Le chabbat est le moment du retour à la paix, à la joie, et à l’amour du prochain.

Bien sûr, nous avons les yeux ouverts sur le monde, nous savons que tout ceci est une utopie.

Mais cette utopie parfois se réalise, en certains moments, et nous sommes là ce soir.

Ce qui arrive en ce moment n’est pas exceptionnel.

Au vu de l’histoire en général, ce n’est que trop connu.

Au regard de l’histoire juive, il n’y a aucune surprise.

De tous temps, la dignité humaine est bafouée, « toujours debout le héros attire la foudre », comme le disait Gilles Vigneault.

De tous temps et dans toutes les civilisations, il y a des héros de l’histoire, qui tiennent haut la bannière de la liberté identitaire.

Sur la bannière de l’identité humaine figurent tous les êtres humains.

Les croyants et les laïcs, les pratiquants et les athées, ceux qui ont une large vision du bien commun, et ceux dont la vision est plus étroite, les gens forts, les gens perdus, les gens tristes, les gens heureux, les gens fédérés et les gens solitaires.

Nous sommes tous sur la bannière de la dignité humaine. Nous devons tous la tenir haut.

La dignité humaine est le symbole de la royauté divine. Ou le contraire peut-être, la royauté divine est le symbole de la dignité humaine. Prenez-le comme vous voudrez.

Le sacré, c’est l’humain, c’est les individus, c’est nous et notre capacité de faire advenir un mieux.

Que sommes-nous ? Qu’est-ce que notre vie notre sagesse, notre force ? Devant l’histoire, devant notre responsabilité, les plus sages ne sont-ils pas comme le néant, les savants comme sans intelligence ?

Mais nous sommes tes enfants, les enfants de ton alliance, nous sommes alliés au « divin » quel qu’il soit, dans la défense de la dignité humaine. Voilà ce que nous disons tous les jours dans la prière du matin et aujourd’hui plus que jamais. Car nous sommes alliés à nos frères et à nos sœurs humains, dont le corps est sacré, dont le corps physique représente l’image de dieu, car nous considérons que la vie humaine dans sa vulnérabilité, dans sa matérialité, notre corps a été créé à l’image de dieu, porter atteinte au corps, c’est le blasphème ultime, un coup fatal à l’image du créateur.

Nous sommes les enfants de l’alliance. Nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles.

L’histoire a prouvé qu’on pouvait tuer les juifs, tuer beaucoup de juifs, mais qu’on ne pouvait pas tuer nos idéaux.

Et cela est valable pour toute personne, pour tout héros de l’histoire, et pour toute héroïne, de l’histoire juive et de l’histoire universelle, pour tous les personnages qui nous inspirent et dont nous transmettons la mémoire aux générations futures.

C’est cela que nous raconte l’histoire de rabbi Akiva.

Alors qu’il était supplicié par les romains, sa peau arrachée à l’aide de peignes, il s’approchait de sa fin. Mais le soir tombait, il était temps de dire le chéma. Il prononça alors la première phrase du chéma : chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute Israël l’eternel est notre dieu l’eternel est un.

L’histoire pourrait s’arrêter là. La morale serait : soyez héroïques comme Rabbi Akiva et respectez les commandements.

Mais l’histoire continue.

Car les élèves de rabbi Akiva s’insurgent. Ils l’interpellent. Comment ! Il faut aller jusque là ?! Il faut dire le chéma israel sous la torture !? Ce serait inhumain d’exiger une chose pareille !

Rabbi Akiva leur répond. Il ne dit pas que c’est obligatoire, il dit que telle est sa volonté. Pendant des années il a répété matin et soir, répété que sa dignité d’être humain était plus forte que toutes les atteintes, répété qu’il ne trahirait pas ses valeurs, même au péril de sa vie. Mais il ne savait pas si c’était vrai.

Comment savoir si nous serons à la hauteur à nos derniers moments ?

Alors pour rabbi Akiva, ces derniers moments sont venus, et il était capable de prononcer ces mots puissants, plus puissants que toutes les armées romaines.

C’est cela qu’il répond à ses élèves.

Une voix descend du ciel et annonce : rabbi Akiva a accédé à la vie éternelle.

Car aujourd’hui encore il est notre exemple et notre référence, au même titre que tous les héros de l’histoire.

Rabbi est tombé.

Mais quand un ami tombe, un ami sort de l’ombre à sa place.

Comme le dit le chant des partisans : rabbi si tu tombes un rabbi sort de l’ombre à ta place.

Seuls, nous sommes impuissants et vulnérables, mais ensembles, nous sommes puissants et invincibles.

Alors soyons ensemble, avec nos frères et sœurs proches et éloignés, avec nos alliés de ce temps et ceux des temps passés, et comme au Sinaï, convoquons avec nous les générations futures.

Que les générations futures, la pensée de notre responsabilité vis-à-vis de l’avenir nous protège des erreurs, du repli, de céder à la peur.

J’ai parfois peur et parfois je suis juste insensible à la peur comme anesthésiée.

Je sais que je vais mourir un jour, et j’espère que ce sera dans longtemps.

J’ai un très fort sentiment du privilège qui est le nôtre, d’être porteuse avec chacun de vous de valeurs qui nous sont chères.

Si je devais mourir misérablement, alors considérez plutôt que mes derniers mots seront chéma israel adonai élohénou adonai éHad, écoute israel la vérité sacré de la dignité humaine est unique dans le temps et l’espace.

Seuls, nous sommes faibles et vulnérables, mais ensemble, nous sommes puissants et invincibles. Soyons ensemble.

Allumons la poudre qui enflammera l’identité citoyenne, car les militants de l’identité humaine peuvent se multiplier bien plus vite que les exactions terroristes.

Voilà mon testament : « chéma israel adonai élohénou adonai éHad »

Il n’y a qu’un seul dieu, celui qui exige que chaque être humain puisse VIVRE pour ses idées, celui qui nous demande d’être bons avec nous-mêmes et avec notre prochain, c’est le même pour tous les défenseurs de la liberté.

Vive la France, vive la liberté d’identité, vive la liberté d’expression.

Rabbin Floriane Chinsky – MJLF Surmelin

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