Paracha Vayikra : comment éviter de se sacrifier ?

Ouvrons le sefer Vayikra, le Lévitique, troisième des cinq livres de la Torah.

Ce livre doit son nom à Lévi, fils de Jacob, fondateur de l’une des douze Tribus d’Israël dont les descendants, les Lévites, avaient la charge du service du Temple. Les prêtres, les Cohanim, étaient tous issus de la Tribu de Lévi et les premiers d’entre eux furent Aaron et ses fils.

Le Lévitique est composé de 27 chapitres qui relatent l’exposé des lois et des rites formulé par l’Éternel. La première paracha, la paracha Vayikra, nous présente les prescriptions de l’offrande et du sacrifice.

Comment éviter de se sacrifier ? Dévoilons cette expression énigmatique en nous concentrant sur ce passage du Lévitique.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Vayikra du sefer Vayikra (Lévitique) 1:1 à 5:26 et le sens des korbanot

Vayikra (וַיִּקְרָא) signifie : « et il appela ».

Abordons les deux premiers versets de la paracha.

Vayikra 1:1 à 1:2. Et l‘Éternel appela Moïse depuis la tente de réunion et lui parla en ces termes:…« Parle aux enfants d’Israël et dis-leur… »

Dieu interpelle Moïse afin de lui signifier un événement majeur dans la vie du peuple juif : le cadre de la pratique du Judaïsme est mis en place et des règles importantes sont instituées.

Nous pourrions commencer simplement par détailler ces règles, cependant l’appel que nous venons de citer est emblématique des rapports entre Dieu et Moïse.

Selon Rachi, avant même qu’il y ait la parole il faut qu’il y ait l’appel; et cet appel est un signe d’amour. Il marque la bienveillance que Dieu témoigne à Moïse. Moïse est capable de comprendre la parole de Dieu. Le langage entre Dieu et Moïse est un langage de relation intime, un langage d’amour.

De la part de Rachi, il s’agit également d’une allusion à ce qui se passe entre les anges, à ce qui est relaté dans la Kédoucha (קְדֻשָּׁה), cette partie de la Amida nécessitant le minian, soit un minimum de dix personnes priant ensemble. Dans la Kédoucha nous nous tournons les uns vers les autres et de cette manière nous nous interpellons d’un même langage. L’autre peut alors nous amener à envisager le changement dans notre vie.

En hébreu le même mot traduit « lecture » et « appel ». C’est ainsi que lorsque nous lisons le Chéma Israël, nous appelons le Chéma Israël. Quand nous lisons la Torah, nous appelons la Torah et nous sommes interpellés par ce texte.

Maïmonide fait le lien entre le langage de l’appel et celui de l’enseignement dans « Le Guide des égarés », en particulier de l’enseignement des offrandes (korbanot) et des sacrifices. À noter que l’ensemble de cet enseignement se trouve dans le Lévitique.

Vayikra 1:3. « Si son offrande (korban) est un holocauste pris dans le gros bétail, se sera un mâle en parfait état. Il le présentera de son plein gré devant l’Éternel, au seuil de la tente de réunion. »

Korban/קרבן, au pluriel korbanot/קרבנות, a pour racine karov/קרב qui veut dire « approcher, apporter ». Korban, improprement traduit par « sacrifice », signifie « offrande rituelle ».

L’Éternel exigeait que les enfants d’Israël se rapprochent des Cohanim à travers les korbanot.

À l’époque du Temple, il existait divers types de korbanot. Il s’agissait le plus souvent d’animaux de petit ou de gros bétail qui étaient abattus rituellement, cuits au feu et consommés par les personnes qui les avaient apportés, à l’exception des parts qui revenaient de droit aux Cohanim et de ce qui était interdit à la consommation (sang, graisse…). À défaut de bovin, de mouton ou de chèvre, il était possible d’apporter au Temple des tourterelles, des pigeons, du pain non levé ou les prémices de la récolte.

Maïmonide nous dit aussi que les enfants d’Israël ont besoin d’exprimer leur relation à Dieu à l’aide d’éléments concrets et matériels. Sinon, ils risquent de se tourner vers l’idolâtrie, comme cela a été le cas lors de la faute du veau d’or. Il a donc été nécessaire de matérialiser le culte au moyen du Sanctuaire et des korbanot.

Revenons au terme « sacrifice ». Comme nous l’avons dit « korbanot » ne veut pas dire « sacrifice ». Sacrifier signifie étymologiquement « rendre sacré », mais souvent ce mot renvoi à un type de dévouement qui implique l’oubli de soi, l’abandon de ses propres besoins. En ce sens, se sacrifier, c’est s’éloigner. Quand nous nous sacrifions pour l’autre, des attentes non exprimées perturbent nos relations avec l’autre et nous éloignent de lui.

Korban signifie le contraire puisque sa racine karov/קרב se traduit par « approcher ». Une offrande, un korban, nous permet de nous rapprocher de nous-même, et peut-être de nous rapprocher de Dieu.

En fait, Maïmonide nous dit que Dieu s’adresse aux êtres humains dans leur langage, en tenant compte de l’époque de leur existence; et l’époque des korbanot, au sens d’offrandes, est maintenant dépassée.

Moïse Nahmanide, rabbin du XIIIᵉ siècle, pense autrement. Pousser les gens à apporter des offrandes dans un sanctuaire pour se racheter n’est pas la bonne méthode. Il vaut mieux qu’un maître du culte aide ces personnes, au cas par cas, à mesurer l’étendue de leurs fautes et à les dépasser.

Alors, comment éviter de nous sacrifier et d’espérer vainement la récompense de notre sacrifice? 

Éviter de nous sacrifier c’est voir le korban autrement qu’une offrande, l’appréhender sous la forme d’un rapprochement. Cette manière de traiter la question est celle qui a cours aujourd’hui. La démarche de rapprochement est soit individuelle, soit collective.

La démarche individuelle :

Le korban est l’acte de nous rapprocher du Rabbin, qui a succédé au Cohen, pour lui exprimer nos difficultés et lui demander de nous aider à les traiter de façon positive et constructive. Si les difficultés sont des fautes, ce rapprochement devient l’équivalent d’un korban de réparation.

La démarche collective :

C’est une démarche de rapprochement dans le lieu de culte, une démarche de prière, de réflexion et de recueillement collectifs. Avec le Rabbin nous abordons l’Avodat Halev, la prière du cœur. Nous récitons la Kédoucha en nous interpellant les uns les autres, d’un même langage, en essayant de saisir au vol un quelconque message précieux.

La récompense du rapprochement, c’est le bonheur immédiat qu’il apporte aux deux parties, et c’est à cette récompense que nous souhaitons accéder dans notre investissement communautaire, amical et familial.

L’interdit du « Meurtre Virtuel » dans le Talmud

Talmud Babylonien AraHin 15b – « Une atteinte aussi puissante que le meurtre lui-même  »

Le tabou du meurtre est bien ancré dans nos sociétés, alors que le langage de dénigrement fleurit partout. Les « assassinats abstraits » que représente la médisance n’est pourtant pas moins grave selon les sages du Talmud. On a en tête les suicides d’acteurs du monde politique ou économique, de victimes de harcèlement moral au travail, ou de jeunes après des campagnes de dénigrement à l’école ou sur les réseaux sociaux.

Déjà à l’époque du Talmud, nos sages se battaient pour nous faire comprendre l’extrême gravité des « assassinats virtuels » que représente la dégradation d’une réputation.

(Attention, le texte suivant est traduit à dessein d’une façon proche du texte, pour inviter à participer à l’étude juive dans le respect de sa nature : en face à face, en Hévrouta, avec la compagnie d’un maître. Vous pouvez préparer le texte à l’avance, mais ne restez pas dans cette étape solitaire source de mécompréhension. Merci.)

 Pour étudier avec nous au café des Psaumes ce mercredi de 12h30 (accueil à 12h) à 14h, contactez Paule sur facebook ou répondez à cet article en commentaire.

 

On a enseigné de la maison de Rabbi Ichmaël tout raconteur de lachon hara agrandit les fautes au niveau des trois transgression le service des étoiles et la révélation des impudeurs et répandre les sangs il est écrit ici les lèvres qui parlent des grandes choses[1] et il est écrit à propos du service des étoiles Hélas! Ce peuple est coupable d’un grand péché[2] pour la révélation des impudeurs il est écrit et comment ferais-je ce grand mal et pour répandre les sangs il est écrit ma faute est trop grande pour que je la porte je pourrais dire deux laquelle d’entre-elles tu exclus à l’ouest on dit la langue triplée détruit trois elle assassine celui qui raconte et celui qui reçois et celui de qui on parle. Rabi Hama a dit au nom de Rabbi Hanina que signifie qu’il est écrit la mort et la vie sont dans la main de la langue et est-ce que la langue a une main c’est pour te dire que de même que la main fait mourir la langue également fait mourir si comme la main ne tue qu’à proximité la langue ne tue qu’à proximité c’est pour cela qu’on dit leur langue est une flèche aiguisée si comme la flèche jusqu’à 45 ama de même la langue jusqu’à 45 ama c’est pour cela qu’on enseigne Leur bouche s’attaque au ciel, leur langue promène ses ravages sur la terre et si du fait qu’est écrit leur bouche s’attaque au ciel une flèche aiguisée est leur langue à quoi sert-il pour te faire entendre qu’il détruit comme une flèche et du fait qu’il est écrit leur langue est une flèche aiguisée la mort et la vie sont dans les mains de la langue à quoi sert-il pour ceux qui sont comme Rabba car Rabba a dit celui qui veut vivre, c’est par la langue, celui qui veut mourir c’est par la langue à quoi ressemble la langue mauvaise comme celui qui dit il y a un feu dans la maison d’untel Abbayé lui a dit qu’a-t-il fait il a révélé une chose générale mais c’est qu’il la dit dans un mauvais langage car il a dit comment y aurait-il un feu si ce n’est dans la maison d’un tel où il y a toujours de la viande et du poisson…

תנא דבי רבי ישמעאל כל המספר לשון הרע מגדיל עונות כנגד שלש עבירות עבודת כוכבים וגילוי עריות ושפיכות דמים כתיב הכא לשון מדברת גדולות וכתיב בעבודת כוכבים (שמות לב, לא) אנא חטא העם הזה חטאה גדולה בגילוי עריות כתיב (בראשית לט, ט) ואיך אעשה הרעה הגדולה הזאת בשפיכות דמים כתיב (בראשית ד, יג) גדול עוני מנשוא גדולות

אימא תרתי הי מינייהו מפקא במערבא אמרי לשון תליתאי קטיל תליתאי הורג למספרו ולמקבלו ולאומרו א »ר חמא ברבי חנינא מאי דכתיב (משלי יח, כא) מות וחיים ביד לשון וכי יש יד ללשון לומר לך מה יד ממיתה אף לשון ממיתה אי מה יד אינה ממיתה אלא בסמוך לה אף לשון אינה ממיתה אלא בסמוך לה ת »ל חץ שחוט לשונם אי מה חץ עד ארבעים וחמשים אמה אף לשון עד ארבעים וחמשים אמה תלמוד לומר שתו בשמים פיהם ולשונם תהלך בארץ וכי מאחר דכתיב שתו בשמים פיהם חץ שחוט לשונם למה לי הא קמשמע לן דקטיל כחץ וכי מאחר דכתיב חץ שחוט לשונם מות וחיים ביד לשון למה לי לכדרבא דאמר רבא דבעי חיים בלישניה דבעי מיתה בלישניה היכי דמי לישנא בישא (רבא אמר) כגון דאמר איכא נורא בי פלניא אמר ליה אביי מאי קא עביד גלויי מילתא בעלמא הוא אלא דמפיק בלישנא בישא דאמר היכא משתכח נורא אלא בי פלניא [דאיכא בשרא וכוורי]

Texte à télécharger en cliquant sur le lien suivant: talmud 5777 -6 AraHin 15b – Ichmaël Rabba Abbayé

[1] les lèvres qui s’expriment avec arrogance

[2] Moïse retourna vers le Seigneur et dit: « Hélas! Ce peuple est coupable d’un grand péché, ils se sont fait un dieu d’or; 32 et pourtant, si tu voulais pardonner à leur faute!… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit.

Erev Shel Yéladim! Rendez-vous des enfants ce vendredi à Surmelin

La chanson « Erev Shel Yeladim » nous accompagne depuis déjà deux ans.

Sur le très bel air du chant « Erev shel Shoshanim« , « soirée des fleurs », nous avons composé notre « Erev Shel Yéladim », « soirée des enfants », qui reprend le vocabulaire de base du chabbat.

Chant en français pour tous, jeux pour les enfants, éléments d’étude pour les adultes, notre office du vendredi soir sera spécialement accueillant pour les familles.

Prenez-le temps de revisionner notre petite vidéo, pour profiter au maximum de nos jeux et apprentissages de ce Chabbat.

Le rendez-vous pour les familles est à 18h20.

Les parents de très jeunes enfants (1 /4 ans) et de jeunes ado (14/17 ans) qui voudraient un programme spécialement adaptés sont invités à prendre contact avec le Rabbin.

Au plaisir de partager encore une fois cette belle aventure!

Prochains rendez-vous:

6 – 21/04 Allumons des bougies – léhadlik ner                          ברוך  אתה

7 – 26/05 Nétilat Yadaïm et Motsi – Manger ensemble!       אלהינו מלך            

Paracha Pékoudé : à qui appartient le sacré ?

Quel est le sens du sacré ?

En théorie, le sacré s’oppose au profane défini comme étant la réalité ordinaire. L’adjectif « sacré » a été largement vulgarisé mais, dans son sens premier, il qualifie ce qui appartient intimement au domaine religieux, donc ce qui est à l’écart de la réalité ordinaire.

Que représente le sacré dans le Judaïsme ? Citons quelques exemples : des textes religieux tels que la Torah, des lieux de culte tels que le Tabernacle, les Temples de Jérusalem, les Synagogues, un territoire tel que la Terre d’Israël, des objets symboliques tels que la Ménorah, les téfilines…

D’autres questions se posent à propos du sacré dans le Judaïsme. Qui est à l’origine du sacré ? À qui appartient le sacré ? La paracha Pékoudé donne des éléments de réponse à soumettre à notre réflexion.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Pékoudé du sefer Chémot (Éxode) 38:21 à 40:38 et le sens du sacré dans le Judaïsme

Le sacré est-il l’affaire de personnages éminents, dotés d’un savoir particulier, détenant la vérité suprême et devant lesquels il faudrait s’incliner ? Ou bien, la création du sacré, l’expression du sacré sont-elles à la portée de chacun d’entre nous ?

L’Éternel a donné des instructions très précises à Moïse au sujet de la fabrication du premier temple juif, le Tabernacle, et de ses accessoires. Un personnage prend en charge la responsabilité de la construction de ce premier temple. Ce n’est ni Moïse, ni Aaron. C’est un expert en la matière. Il appartient à la Tribu de Juda et se nomme Betsalel.

Nous constatons ici que la création du sacré n’est pas réservée aux interlocuteurs de l’Éternel. Elle est déléguée à un spécialiste de la construction; un homme qualifié mais un homme comme les autres.

Un verset de la paracha est à lire avec attention :

Chémot 38:22. Et Betsalel, fils d’Uri, fils de Hur, de la Tribu de Juda, fit tout ce que l’Éternel avait ordonné à Moïse.

Betsalel ne fait pas ce que Moïse lui dit de faire. Il fait ce que Dieu a demandé de faire à Moïse. Rachi nous invite à bien comprendre cette nuance. Selon le Midrach, Moïse a fait une erreur. Il a demandé à Betsalel de fabriquer les accessoires et ustensiles du Temple (le Tabernacle) et ensuite, de construire le Temple. Betsalel lui a indiqué qu’il serait mieux de faire l’inverse pour des raisons techniques. Moïse aurait pu s’indigner de cette objection. Au contraire, il a approuvé la remarque pleine de bon sens de Betsalel et lui a répondu : « Tu as raison. »

Le Talmud BraHot commente l’incident  en se référant au nom du bâtisseur : « Tu as été appelé Betsalel parce que tu es dans (bé) l’ombre ( tsel) de Dieu (el) et que tu sais par toi-même ce que tu dois faire. »

Dans le Judaïsme, de façon générale, il n’est pas question d’obéir à une exigence avant de s’interroger sur sa justification. Rappelons-nous qu’un des grands principes de la Halakha est la logique.

Betsalel se charge donc de la construction du Temple, secondé par Oholiab de la Tribu de Dan, dont la spécialité est le travail du tissu. Ensuite, le chapitre 39 de la paracha nous décrit la réalisation des habits des maîtres du culte : Aaron, le Grand Prêtre, et ses fils qui devront l’assister.

Deux particularités de l’habit du Grand Prêtre ont beaucoup d’importance :

– La représentativité de l’ensemble du peuple d’Israël est symbolisée au niveau des épaulières et du pectoral. Deux pierres de choham (Agate ou Onyx), sur lesquelles sont gravées les noms des douze Tribus d’Israël, sont implantées sur les épaulières. Sur le pectoral, sont enchâssées douze pierres précieuses représentant chacune l’une de ces Tribus.

– Sur la coiffe du Grand Prêtre est fixé un fronteau d’or portant la mention « Consacré à l’Éternel » (Kadoch la Adonaï / קֹדֶשׁ לַיהוָה).

Chémot 39:30 à 39:31. Finalement on fit la plaque sacrée en or pur, et l’on y traça cette inscription gravée comme sur un sceau: « Consacré à l’Éternel »…On y fixa un cordonnet bleu pour la mettre tout en haut de la coiffe, comme l’Éternel l’avait ordonné à Moïse.

Les téfilines que l’on met le matin, et qui renferment des textes sacrés, ont pour origine ce fronteau d’or. Elles sont citées par le Chéma Israël dont une des sources est le Deutéronome (Devarim).

Devarim 11:18. « Et vous devrez mettre mes paroles sur votre cœur et dans vos pensées. Attachez-les sur votre bras comme un symbole et portez-les en fronteau entre vos yeux. »

Le mot « tsits » (צִיץ), du verset 39:30 de la paracha, nous fait penser à « tsitsit » (צִיצִת), les franges, terme cité dans le livre des Nombres (Bamidbar) et repris également par le Chéma Israël.

Bamidbar 15:38 à 15:39. « Parle aux enfants d’Israël, et dis-leur qu’ils devront se faire des franges [tsitsit] aux coins de leurs vêtements, dans toutes leurs générations, et ajouter à la frange de chaque coin un cordon d’azur…Cela formera pour vous des franges dont la vue vous rappellera tous les commandements de l’Éternel… »

Les dignitaires de la Perse antique portaient des vêtements ornés de franges, et le nombre de franges croissait selon leur niveau de respectabilité et de notoriété. Les hébreux ont peut-être été influencés par cette coutume qui en tout cas apporte un éclairage intéressant. En portant tous des vêtements à 4 franges, nous proclamons notre égalité.

Aujourd’hui comme hier, le port du talit à quatre coins, orné de franges symbolisant les commandements, traduit notre sens du respect, de la dignité et de l’engagement.

Les livres de la Torah nous décrivent sans mystère, et avec précision, comment le sacré a été créé et ce qu’il signifie. Est-ce pour nous indiquer que la création du sacré n’est pas achevée et que chacun a toujours sa place, en fonction de son savoir-faire, dans la progression du Judaïsme ?

La lecture de la Torah nous apprend que le sacré peut être créé directement ou indirectement par chacun d’entre nous, dans la solidarité. Elle nous fait comprendre aussi, que nous sommes tous responsables de sa sauvegarde et de son expression.

Par ailleurs, les rabbins nous montrent que le savoir appartient à tous, que l’approche du sacré est permise à toute personne sincère; en particulier quand ils nous désignent avec précision, lors de certains offices, les versets de la Torah en cours de lecture.

Comment conclure ? Peut-être en écrivant que le sacré appartient à toutes les personnes qui le comprennent, le le respectent, et participent à son renouvellement permanent.

Paracha Vayakel : faut-il parfois s’écarter pour mieux se voir ?

La paracha Vayakel est la paracha du rassemblement. Voyons dans quel contexte elle se situe, pour bien la comprendre.

Moïse a repris son peuple en main après la faute du veau d’or. Les Tables de la Loi ont été gravées une seconde fois en haut du Mont Sinaï, mais cette fois-ci de façon définitive.

Le Tabernacle, le Michkan, est totalement conçu. Il faut, à présent, confectionner les pièces qui le composent et les assembler.

Le Grand Prêtre et ses assistants, désignés par l’Éternel, sont sur le point d’entrer en action. Le rituel, ainsi que les tenues qu’ils devront porter, ont été clairement définis.

Ainsi, les enfants d’Israël se rassemblent pour entrer dans la phase active de constitution du peuple Juif et de la religion juive.

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Vayakel du sefer Chémot (Éxode) 35:1 à 38:20 et le paradoxe du rassemblement par la séparation

De façon générale, il est agréable et bénéfique d’être à deux, ou en groupe, à condition que chacun ait suffisamment d’espace pour s’épanouir. L’être humain a toujours besoin d’un minimum d’intimité et d’autonomie dans son comportement et sa pensée.

Pourquoi parlons-nous des conditions d’un rassemblement fructueux ?

La réponse est dans la paracha Ki Tissa. Les enfants d’Israël se sont mis à douter. Ils sont partis à la recherche de l’épanouissement et de la cohésion communautaire par le chemin de l’idolâtrie. Ils ont cru les trouver en s’inclinant autour d’un veau de métal.

Ils se sont ainsi écartés brutalement de l’Éternel, leur créateur et leur libérateur. Cependant, Moïse est venu les remettre sur le droit chemin; ceci de façon très énergique, afin de dissiper tous leurs doutes.

C’est cet écart qui leur fait prendre pleinement conscience de leur erreur et leur montre la voie à suivre. Cet écart les pousse, maintenant, à se retrouver tous ensemble dans la construction du judaïsme.

La première étape de cette construction est le respect du Chabbat en commun; le Chabbat qui permet de reprendre des forces, de consacrer du temps à ses proches et de se retrouver soi-même.

Chémot 35:1 à 35:3. Moïse convoqua toute la communauté des enfants d’Israël et leur dit: « Voici les paroles que l’Éternel a ordonné d’observer…Pendant six jours on pourra travailler, mais le septième jour sera quelque chose de saint, un Chabbat de repos absolu en l’honneur de l’Éternel. Quiconque travaillera ce jour là sera mis à mort…Vous ne devrez allumer aucun feu, en ce jour de repos, dans aucune de vos demeures. »

Immédiatement après, la générosité par le don (teroumah/תְּרוּמָה) et l’investissement personnel deviennent l’objet d’un élan unanime.

L’objectif est la réalisation du Michkan (le Tabernacle), dans toute sa grandeur; le Michkan qui est en lui-même un lieu de rassemblement, de réflexion et de prière ouvert à tous, comme on le dira plus tard à propos du Temple de Jérusalem.

Chémot 35:4 à 35:6. Puis Moïse dit à l’ensemble des enfants d’Israël: « Voici ce que l’Éternel m’a ordonné de vous dire:…‘Prélevez sur vos biens un don pour Dieu. Que toute personne dont le cœur l’y invite apporte sa contribution à l’Éternel: de l’or, de l’argent, du cuivre…et du fil bleu, et de la laine teinte…' »

Tout le monde apporte ce qu’il peut apporter, et après cet élan de générosité sans limite, arrive le moment de mettre un frein à la fourniture d’offrandes.

Chémot 36:4 à 36:7. Tous les artisans qui travaillaient aux diverses parties de la tâche sacrée, revinrent l’un après l’autre de leur travail…et dirent à Moïse: « Le peuple apporte beaucoup plus que ce qu’exige l’ouvrage que l’Éternel a ordonné de faire »…Sur l’ordre de Moïse, on fit circuler dans le camp cet avis: « hommes et femmes n’apportez plus de matériaux pour la sainte contribution. » Et le peuple s’abstint de faire des offrandes…Les matériaux suffirent pour l’exécution de tout l’ouvrage et furent plus que suffisants.

Mission difficile que de dire aux gens du peuple qui donnent, qu’ils donnent trop. Le peuple a besoin de comprendre pour avoir confiance et être généreux. Il a besoin de connaître les objectifs à atteindre et savoir dans quel cadre il évolue.

Ce cadre, que l’on ne désigne pas, est la relation avec Dieu. La présence d’un écran (massaH/מָסָךְ), entre le Saint des Saints et l’assemblée, le laisse deviner.

Chémot 36:37. Ensuite on fit pour l’entrée de la tente un écran protecteur de fil bleu et de laine teinte…

Pourquoi cet écran protecteur, cette séparation ? Sans doute pour apporter de la solennité et engendrer le respect. L’assemblée doit voir, mais ne doit pas tout voir.

Le rapprochement est à faire avec la structure des cabanes de Soukot. Le toit de ces cabanes est une frontière perméable. Ce toit laisse entrer un peu de clarté mais fournit suffisamment d’obscurité pour permettre la contemplation des étoiles dans les cieux. Il permet de voir au dehors, tout en protégeant.

Ce principe de frontière perméable est à rapprocher du principe de liberté encadrée.

Il est à citer en ce qui concerne l’idolâtrie : une idole, telle que le veau d’or, est un leurre qui ne laisse rien voir, qui bloque toute réflexion et toute compréhension, qui est dépourvu, justement, d’une frontière perméable.

Par ailleurs, pendant la fête de Pourim, nous nous amusons à porter des masques pour leurrer les autres, comme le ferait une idole. Nous nous donnons un autre visage pour finalement nous révéler en ôtant nos masques. Nous nous différencions pour mieux nous faire reconnaître. Nous nous écartons de nous-mêmes pour mieux être vus. Le mot masseHa qui signifie masque en hébreu est le qualificatif qui est justement appliqué aux fausses divinités: élohé masséHa: des dieux-masques.

Complétons cette image en parlant d’un élément très important du Temple, la cuve de purification. Dans notre paracha, sont citées des femmes très impatientes qui apportent des miroirs de cuivre, comme offrande, pour réaliser cette cuve.

Chémot 38:8. Puis il fabriqua la cuve en cuivre et son support, de même en cuivre, au moyen des miroirs des femmes qui s’étaient attroupées à l’entrée de la Tente de réunion.

Moïse hésite à accepter cette offrande et interroge l’Éternel. Un miroir n’est-il pas un objet futile de vanité ? Un miroir est-il compatible avec la purification, le retour vers soi-même, avant l’entrée dans le Temple ? Dieu lui répond qu’il approuve totalement l’utilisation des miroirs.

Le Midrach justifie cette approbation ainsi : le miroir permet de se voir à deux. C’est en partie grâce à des miroirs que le peuple d’Israël a pu se renouveler et survivre pendant les années d’esclavage en Égypte. Les femmes allaient rejoindre leurs époux dans les champs. Elles se faisaient admirer en posant à côté d’eux, face à leurs miroirs. De cette façon, elles les (re)séduisaient et parvenaient à éveiller leur désir.

Pour conclure, disons que très souvent, le fait de s’éloigner, de prendre ses distances pour mieux voir et mieux être vu, pour mieux comprendre aussi, permet de se retrouver avec des liens plus forts. Ce qui a été le cas des enfants d’Israël quand ils se sont écartés de l’Éternel pour adorer le veau d’or. Ils ont compris leur erreur après l’avoir commise. Ils se sont alors vite retrouvés et rassemblés autour de Moïse pour repartir sur de bonnes bases.

 

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Roger Weil, membre du MJLF-est et rédacteur des articles
Rabbin Floriane Chinsky, rédactrice des vidéos

Paracha Ki Tissa : comment triompher de la colère ?

D’après le dictionnaire Larousse, la colère est un « état affectif violent et passager, résultant du sentiment d’une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales. »

Voyons plus loin. La colère est le résultat de l’interaction entre un désir et un événement contraire à ce désir, souvent brusque et inattendu. C’est la perception de cet événement contraire qui déclenche la colère.

La personne sujette à la colère perd temporairement le sens des réalités. Elle exige que son désir soit satisfait immédiatement ou dans les plus brefs délais.

Nous parlons de la colère à l’échelle humaine. Cependant la paracha Ki Tissa nous amène sur un tout autre terrain, celui de la colère divine. Nous nous sentons un peu désarmés pour la commenter et donner un avis sur la façon d’en triompher. La colère divine est-elle comparable à la colère humaine ?

Pour approfondir ce thème, une petite vidéo et un article qui la commente, sur la paracha de la semaine !

La paracha Ki Tissa du sefer Chémot (Éxode) 30:11 à 34:35 et la colère divine

La colère est un état affectif problématique pour les colériques, comme pour leurs victimes. La paracha Ki Tissa, au cours de laquelle s’entremêlent la colère divine et la colère humaine, nous en fait la démonstration.

Qu’est-ce-que la colère divine ? Nous avons souvent le défaut de voir Dieu à l’image de l’homme, de faire de l’anthropomorphisme. Dieu peut-il réellement céder à la colère ? Colère, est-ce le mot juste à employer en ce qui concerne l’Éternel ?

L’expression « colère divine » n’a aucun sens au premier degré, si l’on se réfère à ce que représente Dieu dans le Judaïsme : une entité créatrice et maîtresse de l’univers, hors de portée de l’être humain. Et pourtant le personnage divin de la Torah se met réellement en colère, cette colère de Dieu est destructrice, et comme le dira Yeshayahou Leibowitz (1903-1994) :  Le don des Dix Commandements est au départ un échec total.

Toutefois, souvenons-nous que le texte de la Torah n’est pas à appréhender au sens propre des termes employés. Il délivre indirectement des messages à notre réflexion.

Revenons à la paracha. L’Éternel a accompli de fabuleux miracles pour que les enfants d’Israël retrouvent la liberté. Il vient de leur révéler les Dix Commandements et s’aperçoit, presque aussitôt, qu’ils n’en ont tenu aucun compte et qu’ils ont entraîné Aaron sur le terrain de l’idolâtrie en lui demandant de façonner un veau d’or.

Chémot 32:1 à 32:6. Le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’attroupa autour d’Aaron et lui dit: « Lève-toi et fais-nous un dieu qui marche à notre tête »…Aaron leur répondit: « Détachez les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les-moi »…Aaron ayant reçu cet or de leurs mains, le fit fondre en moule et en fit un veau de métal; et ils dirent: « Voilà ton Dieu, ô Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte ! »…Aaron érigea devant lui un autel et il proclama: « Demain il y aura une fête pour Dieu ! »…Ils s’empressèrent, dès le lendemain, d’offrir des holocaustes et de présenter des sacrifices de communion. Après cela, le peuple se mit à manger et à boire puis se livra à des réjouissances.

Cette vision provoque la colère de Dieu; colère qui se manifeste en plusieurs étapes.

D’abord, l’accusation brutale :

Chémot 32:7. Alors l’Éternel dit à Moïse: « Va ! Descends, car ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte, agit d’une manière désastreuse. »

Ensuite, le jugement et l’argumentation :

Chémot 32:8. « Ils se sont rapidement écartés de la voie que je leur avais prescrite. Ils se sont fait un veau de métal et se prosternent devant lui. Ils lui sacrifient et disent: ‘Voilà ton dieu, ô Israël, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte !’ »

Puis, la critique acerbe du peuple d’Israël :

Chémot 32:9. L’Éternel dit ensuite à Moïse: « Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. »

Et enfin, une menace qui pourrait sembler rageuse (le texte écrit ne permet pas de connaître la tonalité de voix des personnages, le qualificatif de « rageux » est donc une supposition) :

Chémot 32:10. Maintenant, laisse-moi faire, laisse s’allumer contre eux ma colère, et que je les anéantisse tandis que je ferai de toi une grande nation ! »

Nous découvrons la gradation de la colère divine; gradation qui suit les paliers de la colère humaine. Se pose maintenant une grave question : comment faire retomber cette colère très problématique, puisqu’elle menace l’Alliance entre Dieu et le peuple élu ?

Moïse a le choix : laisser la colère divine prendre le dessus, ou bien tenter de la contrer. Il décide d’intervenir et de s’interposer en tant que médiateur. Ce qui montre l’influence légendaire de Moïse sur l’Éternel et ses qualités hors du commun.

Quand Dieu lui dit « laisse-moi faire », nous avons l’impression d’assister à une discussion entre deux associés, entre deux êtres humains. L’expression « laisse-moi faire » indique que Dieu n’est pas convaincu de devoir détruire son peuple et cherche une échappatoire. Dieu fait-il en réalité appel à Moïse pour tester ses qualités de « défenseur d’Israël » ?

Moïse s’emploie alors à triompher de la colère de Dieu. Peu-importe qu’elle soit éventuellement calculée.

Chémot 32:11 à 32:13. Et Moïse demanda à l’Éternel son Dieu: « Pourquoi, Seigneur, ton courroux menace-t-il ton peuple, que tu as tiré du pays d’Égypte avec une grande force et d’une main puissante?…Faut-il que les Égyptiens disent: ‘C’est avec une mauvaise intention qu’il les a fait sortir, pour les faire mourir dans les montagnes et les anéantir de la surface de la terre !’ Reviens de ta colère ardente et aie regret du mal contre ton peuple…Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, à qui tu as juré par toi-même en leur disant: Je ferai votre postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel; et tout ce pays que j’ai désigné, je le donnerai à votre postérité, qui le possédera à jamais ! »

Les versets précédents nous montrent Moïse pratiquant une tactique adroite, commentée dans le Traité Avodah Zarah du Talmud.

Moïse a commencé par s’étonner de voir l’Éternel céder à la colère, à une pulsion affective qui n’est pas de son niveau et qui le rabaisse. Ensuite, il a joué sur la fibre de l’orgueil en faisant allusion à ce que pourraient en dire les égyptiens. C’est presque amusant quand on sait que Moïse s’adresse à Dieu. Puis, c’est l’appel à la raison, à la congruence et aux bons sentiments, quand Moïse rappelle à l’Éternel les promesses faites aux Patriarches hébreux.

Moïse veut que Dieu permette aux enfants d’Israël de se racheter; et Dieu n’est pas insensible à sa plaidoirie.

Chémot 32:14. Alors, l‘Éternel eut regret du malheur qu’il avait voulu infliger à son peuple.

Moïse descend du Mont Sinaï et constate les faits. À son tour, il est saisi d’un courroux terrible envers Aaron et le peuple. Il prend des mesures énergiques, puis il met son engagement personnel en jeu afin de stopper complètement la colère divine.

Chémot 32:31 à 32:32. Moïse retourna vers l’Éternel et dit: « Hélas, ce peuple est coupable d’un grand péché en ce qu’ils se sont fait un dieu d’or…Et pourtant, si tu voulais pardonner leur péché… Sinon efface-moi du livre que tu as écrit. »

Moïse obtiendra finalement satisfaction. Ainsi, il a triomphé de la colère de Dieu et triomphé, lui-même, de sa propre colère. Comme il est dit dans les Pirkei Avot : « le héros est celui qui réussit à conquérir ses pulsions et à conquérir son instinct. »

Retenons que l’idolâtrie des enfants d’Israël, se prosternant devant le veau d’or, a failli dériver vers un autre type d’idolâtrie, l’idolâtrie de la colère.

Nous avons dit, en introduction, qu’il paraît difficile de comparer la colère divine à la colère humaine. Cependant, dans notre paracha, la colère du dieu de la Torah semble avoir été calquée sur la colère humaine.

De la sorte, la paracha Ki Tissa peut servir de support d’analyse de la colère humaine et de support de réflexion sur la façon d’en triompher. N’oublions pas que la Torah a été écrite par un, ou plusieurs, êtres humains.